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Irak: la colère monte après un attentat de l'EI ayant fait 200 morts

Bagdad (AFP) – Les Irakiens rendaient hommage lundi aux plus de 200 personnes tuées dimanche à Bagdad par un attentat suicide du groupe Etat islamique (EI), et dénonçaient une fois de plus l’incapacité du gouvernement à les protéger.

Cet attentat est l’un des plus meurtriers qu’ait connu l’Irak, habitué depuis des années aux attaques visant des civils dans les lieux fréquentés comme les centres commerciaux, les marchés ou les mosquées.

Son bilan pourrait encore s’aggraver puisque les secouristes continuaient la recherche de corps au milieu des décombres des échoppes et des bâtiments détruits par l’explosion d’un véhicule piégé.

L’attentat était destiné à faire un maximum de morts puisqu’il a visé une rue bondée du quartier commerçant de Karrada, majoritairement chiite, où les badauds se pressaient pour faire leurs courses avant la fête marquant la fin du mois sacré musulman du ramadan.

Plus de 24 heures plus tard, les Irakiens exprimaient leur colère dans les rues de Bagdad face à l’incapacité de leurs responsables politiques à les protéger, même si les forces gouvernementales ont enregistré de récentes victoires contre l’organisation ultraradicale. 

« Ce gouvernement est un échec », lâche une femme se présentant comme Oum Alaa qui a perdu son appartement dans l’explosion.

« Les tactiques (de l’EI) évoluent. Pourquoi le gouvernement garde-t-il la même stratégie?, s’interroge un homme en faisant référence aux « stupides checkpoints » ou à l’utilisation de faux détecteurs de bombes. 

En première ligne, le Premier ministre Haider Al-Abadi, qui s’est rendu sur les lieux du drame dimanche, a promis d’en « punir » les responsables. Il a aussi proclamé un deuil national de trois jours.

Il a par ailleurs annoncé une modification des mesures de sécurité, notamment le retrait de détecteurs d’explosifs dont l’efficacité avait été mise en doute. Et a ordonné au ministère de l’Intérieur d’accélérer le déploiement d’un dispositif pour contrôler plus efficacement les véhicules à toutes les entrées de Bagdad, où se pressent chaque jour des milliers de poids-lourds et de voitures particulières.

– En pleine crise politique –

Dans le quartier endeuillé, un homme a déposé une bougie devant un immeuble ravagé par les flammes quand d’autres erraient au milieu des pleureuses, a constaté un journaliste de l’AFP.

Aux pieds des escaliers, des hommes déblaient des monticules de cendres à la pelle ou à la main, à la recherche des disparus. 

Des banderoles noires portant le nom des victimes — dont plusieurs membres de certaines familles — sont accrochées aux façades recouvertes de suie pour indiquer le lieu et la date de leurs funérailles.

Plus de 200 personnes ont également été blessées, selon des responsables de la sécurité.

Dans sa revendication, l’EI a indiqué que le kamikaze irakien avait visé un rassemblement de chiites, communauté musulmane majoritaire en Irak et considérée comme hérétique par le groupe ultraradical sunnite.

Cette attaque démontre que l’EI reste capable de commettre des actions très meurtrières au coeur même de Bagdad malgré les revers militaires qu’il subit sur le terrain depuis plusieurs mois. Il a ainsi perdu ses principaux bastions, dont les villes de Tikrit, Ramadi et Fallouja, cette dernière ayant été reconquise par les forces irakiennes il y a huit jours avec le soutien de la coalition internationale conduite par les Etats-Unis.

L’attentat de Bagdad a été dénoncé par de nombreux responsables étrangers, dont l’envoyé de l’ONU pour l’Irak, Jan Kubich, qui l’a qualifié d' »acte lâche et odieux aux proportions inégalées ».

Ce nouveau carnage intervient en pleine tourmente politique. M. Abadi tente depuis plusieurs mois de mettre en place les réformes réclamées par des milliers d’Irakiens à l’été 2015. Mais les partis politiques irakiens s’y opposent, redoutant la fin d’un système qui leur assure de nombreux privilèges.

L’influent chef chiite irakien Moqtada Sadr, qui avait appelé ses partisans à suspendre les protestations durant le ramadan, a brandi la menace d’une manifestation de grande ampleur à la fin du mois de jeûne.

Des Irakiens pleurent cinq de leurs parents, tués le matin même dans un attentat suicide de Bagdad, lors de leurs funérailles dans la cité sainte irakienne de Najaf le 3 juillet 2016. © AFP

© AFP Haidar HAMDANI
Des Irakiens pleurent cinq de leurs parents, tués le matin même dans un attentat suicide de Bagdad, lors de leurs funérailles dans la cité sainte irakienne de Najaf le 3 juillet 2016

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