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Irak: les combattants progressent vers Mossoul, crainte d'un exode de civils

Qayyarah (Irak) (AFP) – Les dizaines de milliers de combattants irakiens mobilisés pour reprendre Mossoul au groupe Etat islamique (EI) gagnaient du terrain mardi au deuxième jour de cette offensive d’une ampleur sans précédent, qui fait craindre un exode de civils.

Avançant en convois de véhicules blindés à travers les plaines arides entourant la deuxième ville d’Irak et appuyées par des bombardements aériens de la coalition internationale antijihadistes, les forces irakiennes ont pénétré dans des villages où l’EI tente de résister, a constaté un journaliste de l’AFP.

 Avant d’atteindre les abords directs de Mossoul où seraient retranchés entre 3.000 et 4.500 jihadistes lourdement armés, les forces irakiennes doivent traverser des territoires contrôlés par l’EI autour de la cité.

Elles avancent sur deux axes: depuis Qayyarah, une ville située à environ 70 km au sud de Mossoul et tombée aux mains des forces irakiennes le 25 août, et depuis Khazir à l’est.

Au sud, elles remontaient mardi le long du fleuve Tigre avec en ligne de mire le village de Hamman al-Alil, et à l’est, elles se rapprochaient de Qaraqosh, une ville chrétienne prise par l’EI en 2014.

Des commandants irakiens ont indiqué que les combattants de l’EI ripostaient avec des attentats suicide mais que l’offensive se déroulait comme prévu.

« De nombreux villages ont été libérés », a affirmé à l’AFP Sabah al-Numan, le porte-parole des services de contre-terrorisme irakien, une des unités d’élite mobilisées. « Nous avons atteint nos premiers objectifs et même davantage mais nous restons prudents », a-t-il ajouté.

– « Rues vides » –

A Mossoul même, un habitant a fait état d’une atmosphère « étrange » et de rues vides. « Le ciel est en permanence obscurci par les fumées noires des pneus que les jihadistes ont enflammés », a raconté par téléphone Abou Saïf, 47 ans.

« Au fond de nous, on est contents car on est sur le point d’être secourus mais on a peur que Daech perpètre des actes de vengeance contre la population », a-t-il confié.

 La coalition internationale sous commandement américain a affirmé que 52 cibles avaient été détruites par ses avions au premier jour de l’offensive.

Le gros de l’aide de la coalition consiste en des raids aériens et l’entraînement des troupes irakiennes, mais des forces spéciales américaines, britanniques et françaises sont aussi sur le terrain dans un rôle de conseil.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian a averti que la bataille risquait de durer « plusieurs semaines », voire « des mois ».

Son homologue britannique Michael Fallon a aussi estimé que « ce ne sera pas une opération rapide », s’attendant à ce que l’EI se batte « avec acharnement ». Mais, a-t-il assuré, l’EI était « en train de perdre » en Irak.

M. Le Drian a rappelé qu’il réunirait 12 homologues de la coalition le 25 octobre à Paris pour « faire un point sur le déroulé des opérations ».

En attendant, la France et l’Irak organisent jeudi à Paris une réunion ministérielle avec une vingtaine de pays pour « préparer l’avenir politique de Mossoul ».

Située dans le nord de l’Irak et peuplée majoritairement de musulmans sunnites, Mossoul était tombée aux mains de l’EI en juin 2014. Le leader du groupe ultraradical, Abou Bakr al-Baghdadi, avait alors proclamé un « califat » sur les territoires conquis de manière éclair par les jihadistes en Irak et en Syrie.

La bataille de Mossoul, qui promet d’être particulièrement âpre, fait craindre un exode massif de population.

Quelque 1,5 million de personnes vivent encore dans la ville et pourraient se retrouver piégées par les combats ou être utilisées comme boucliers humains par les jihadistes.

Plusieurs organisations humanitaires ont réclamé l’instauration de couloirs sécurisés pour que les civils puissent fuir les combats, d’autant que la ville pourrait être assiégée par les forces irakiennes.

La coordinatrice humanitaire de l’ONU pour l’Irak, Lise Grande, a déclaré que les gens n’étaient pour l’instant pas très nombreux à fuir Mossoul mais a fait état de possibles « importants mouvements de populations (…) d’ici cinq à six jours ».

– Armes chimiques ? –

Environ 200.000 personnes pourraient être déplacées « dans les deux premières semaines », un chiffre susceptible d’augmenter de façon significative au fur et à mesure de l’avancée de l’offensive, selon l’ONU.

Pour l’instant, les camps existants ne peuvent accueillir que quelques dizaines de milliers de déplacés.

Amnesty International a par ailleurs appelé mardi Bagdad à s’assurer que les forces de sécurité irakiennes et les nombreuses milices paramilitaires ne commettent pas d’abus sur les civils.

La perte de Mossoul serait un revers très douloureux pour l’EI qui a déjà perdu beaucoup de terrain ces derniers mois en Irak et en Syrie mais continue notamment de contrôler Raqa, dans le nord de la Syrie, et de mener des attaques suicide.

Elle pourrait aussi conduire à un afflux vers l’Europe de combattants jihadistes « prêts à en découdre », a mis en garde mardi le commissaire européen pour la sécurité, Julian King, dans un entretien au quotidien allemand Die Welt.

Le Comité international de la Croix-Rouge et l’Organisation internationale pour les migrations ont indiqué de leur côté se préparer à devoir faire face à l’emploi d’armes chimiques lors de l’offensive.

Les forces irakiennes progressent dans la région d'al-Shurah, le 17 octobre 2016 lors  de l'offensive contre Mossoul . © AFP

© AFP AHMAD AL-RUBAYE
Les forces irakiennes progressent dans la région d’al-Shurah, le 17 octobre 2016 lors de l’offensive contre Mossoul

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