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Irak: nouvelle intrusion de manifestants dans la Zone verte, des dizaines de blessés

Bagdad (AFP) – Des dizaines de personnes ont été blessées vendredi dans la capitale irakienne où des partisans du dignitaire chiite Moqtada Sadr ont réussi à occuper brièvement le bureau du Premier ministre situé dans la Zone verte ultrasécurisée.

Alors que les autorités ont décrété un couvre-feu dans le capitale, l’influent chef chiite a mis en garde contre toute tentative de bloquer des « manifestations pacifiques ».

« Aucune partie n’a le droit d’empêcher ça. Sinon, la révolution prendra une autre forme », a averti Moqtada Sadr qui réclame depuis des semaines des réformes visant à lutter contre la corruption, le népotisme et le clientélisme.

Les mesures prises par les forces de sécurité pour tenter de garder les manifestants hors de la Zone verte — qui abrite les bâtiments gouvernementaux et des ambassades– ont provoqué la colère des protestataires.

« Nous sommes venus pour une manifestation pacifique mais les lâches nous ont tiré dessus », s’est exclamé un manifestant, tenant une poignée de cartouches dans sa main.

Au moins 58 personnes ont été blessées, dont des membres des forces de sécurité, selon des sources de sécurité et médicales.

Les partisans de Moqtada Sadr ont arraché les barbelés installés sur un des principaux ponts du Tigre, forçant l’entrée de la Zone verte.

Faisant fi des grenades lacrymogènes, des bombes assourdissantes et des tirs à balles réelles, des manifestants ont réussi à pénétrer dans le bureau du Premier ministre Haider al-Abadi, selon un photographe de l’AFP. Il n’était pas clair si le Premier ministre se trouvait dans le bâtiment à ce moment-là.

Certains ont posté sur les réseaux sociaux des photos du bureau du Premier ministre ainsi que de la salle de réunion du gouvernement.

– ‘Avec le peuple’ –

« Ne soyez pas du côté de l’oppresseur, mais avec le peuple », scandaient des manifestants aux membres des forces de sécurité qui gardaient le bâtiment de M. Abadi.

Les manifestants ont fini par se retirer du bureau et les forces de sécurité sont parvenues à repousser la foule vers l’un des principaux ponts de Bagdad alors que des renforts arrivaient sur place.

Un couvre-feu a été décrété à Bagdad peu après, « jusqu’à nouvel ordre », selon un communiqué diffusé par le commandement conjoint des opérations et relayé par la télévision d’Etat.

Des habitants ont indiqué à l’AFP que les forces de sécurité disaient aux véhicules de rebrousser chemin, aux magasins de fermer et bloquaient des rues avec des murs de béton.

Un colonel de la police a indiqué qu’il s’agissait essentiellement d’empêcher tout déploiement dans la ville de la milice de Moqtada Sadr, Saraya al-Salam.

Les partisans de M. Sadr avaient rencontré très peu de résistance le 30 avril quand ils s’étaient introduits dans le Parlement, situé également dans la zone verte, mais M. Abadi avait appelé à punir les fauteurs de troubles.

L’incident avait aggravé la crise politique dans laquelle est embourbé l’Irak depuis des semaines.

Le Premier ministre Haider al-Abadi tente de mettre en place un nouveau gouvernement pour remplacer les ministres affiliés aux partis par des technocrates plus à mêmes, selon lui, de mettre en oeuvre les réformes anticorruption adoptées en 2015 dans la foulée de grandes manifestations populaires contre l’incurie et le clientélisme de la classe politique.

De nombreux partis s’opposent toutefois à ce projet par peur de perdre certains de leurs privilèges.

Moqtada Sadr, descendant d’une influente famille religieuse devenu populaire après s’être rebellé contre les Américains durant l’invasion du pays, s’est réinventé comme le fer de lance des réformes en Irak et jouit d’une forte popularité auprès de milliers d’Irakiens excédés par la classe politique.

Cette crise politique survient alors que les forces de sécurité sont mobilisées dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique qui s’est emparé de larges pans du territoires en 2014. 

Des partisans du leader chiite Moqtada al-Sadr manifestent à Bagdad en Irak, le 20 mai 2016. © AFP

© AFP AHMAD AL-RUBAYE
Des partisans du leader chiite Moqtada al-Sadr manifestent à Bagdad en Irak, le 20 mai 2016

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