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Islande: les Pirates à l'assaut du pouvoir

Reykjavik (AFP) – Les Islandais votaient samedi pour des législatives anticipées qui pourraient ouvrir la voie à une coalition inédite emmenée par le parti Pirate, formation hétéroclite d’inspiration libertaire bien décidée à en finir avec le népotisme.

Si, comme l’anticipent les sondages, la coalition gouvernementale de droite sortante était battue, sanctionnée pour son implication dans la crise financière de 2008 et le scandale des Panama Papers, l’Islande aura connu le troisième virage politique depuis 2009, les électeurs jouant depuis l’alternance.

« J’attends un changement. J’espère bien que le gouvernement actuel ne va pas pouvoir établir une majorité. Nous avons besoin d’un nouveau départ », déclarait Johanna, 53 ans, une salariée travaillant dans le domaine culturel qui dit avoir donné sa voix aux Pirates.

Ancrée à droite, la petite île volcanique isolée des confins de l’Arctique ne serait alors gouvernée par une majorité de centre gauche que pour la seconde fois depuis la proclamation de la République en 1944, après la parenthèse sociaux-démocrates/Gauche-Verts de 2009-2013.

Les bureaux de vote ont ouvert à 09H00 locales (09H00 GMT) à Reykjavik, une heure plus tard dans les campagnes. Le scrutin s’achève à 22H00.

La météo pourrait jouer sur la participation, l’Islande étant battue par la pluie et des vents glacials qui ne facilitent pas les déplacements alors que les Islandais votent généralement aux beaux jours de juin.

Le Premier ministre Sigurdur Johannsson, président du Parti du progrès, a voté aux alentours de midi dans son village de Fludir, à deux heures de route à l’est de la capitale.

« Je suis optimiste. Ces derniers jours beaucoup de gens sont venus nous voir pour nous dire qu’ils voulaient construire l’avenir (avec nous) », a-t-il déclaré à une journaliste de l’AFP alors que sa formation pourrait perdre la moitié de ses députés à l’Althingi.

Les résultats seront connus peu après la fermeture des bureaux de vote mais le mode de scrutin à un tour ne permet pas de dégager de majorité.

Les Pirates, donnés autour de 20% derrière le Parti de l’indépendance (droite sortante) mais devant le mouvement Gauche-Verts, pourraient, pour la première fois, avoir les cartes en main pour négocier la constitution d’un exécutif.

Emmenée par une militante de WikiLeaks, Birgitta Jonsdottir, les Pirates ont scellé à cette fin un accord pré-électoral avec trois partis de l’opposition de la gauche et du centre (Gauche-Verts, sociaux-démocrates et Avenir radieux).

Encore faut-il que tous les partenaires passent la barre des 5% indispensable pour être représenté au Parlement.

Les Pirates ont eux-mêmes vu leur crédit fondre de moitié depuis la crise des Panama Papers en avril en raison de « conflits internes à répétition », relève samedi le quotidien de référence Morgunbladid.

– Sentiment ‘anti-establishment’ –

Traditionnellement, le président confie au dirigeant du parti arrivé en tête le soin de négocier une coalition mais les deux partenaires de la coalition sortante (Parti de l’indépendance et Parti du progrès) ne recueilleraient que jusqu’à 36% et le chef de l’État pourrait directement sonder l’alliance annoncée par les Pirates.

Pour Birgir Armannsson, député du Parti de l’Indépendance, la sanction des urnes ne fait aucun doute compte tenu du « sentiment anti-establishment » que ne compense pas plus le soutien des milieux d’affaires, des gros patrons-pêcheurs, des retraités et des eurosceptiques.

Car si l’île de 332.000 habitants a renoué avec la prospérité (plus de 4% de croissance attendue cette année) grâce au tourisme et à un système financier redressé, les Islandais, surtout les plus jeunes, n’ont plus que méfiance envers leurs élites.

Après la crise financière de 2008 qui a brutalement mis au jour la gestion cavalière des banquiers et de l’élite politique, le scandale des Panama Papers révélé en avril a porté l’exaspération des Islandais à son paroxysme.

Sur ces documents émanant d’un cabinet panaméen figuraient les noms de 600 Islandais titulaires d’un compte offshore, dont celui du Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson (Parti du progrès).

Malgré sa démission et l’implication de plusieurs ministres dans ce scandale, le gouvernement de centre droit s’était maintenu au prix d’un remaniement cosmétique et d’une promesse de convoquer des élections six mois avant la fin de la mandature au printemps 2017.

Larus, directeur financier de 47 ans, reconnaît « la colère » d’une partie des Islandais envers leurs édiles. Mais l’Islande a besoin de « stabilité », selon lui. « C’est bien mieux qu’un putsch gauchiste », assène-t-il.

Birgitta Jonsdottir du parti Pirate participe à un débat à Reykjavik, en Islande, le 24 octobre 2016. © AFP

© AFP Halldor KOLBEINS
Birgitta Jonsdottir du parti Pirate participe à un débat à Reykjavik, en Islande, le 24 octobre 2016

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