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Islande: percée des Pirates aux législatives, mais sans majorité

Reykjavik (AFP) – Les Pirates islandais ont réalisé samedi une percée lors de législatives anticipées qui ont sanctionné la droite sortante sans assurer de majorité à l’opposition, selon des résultats partiels.

Les sondages avaient prédit une forte poussée des « Piratar » à l’issue de ce scrutin à un tour convoqué avant la fin de la mandature du fait de la démission du Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson (Parti du progrès), seul chef de gouvernement au monde victime des Panama Papers.

« Nous sommes très satisfaits », a réagi la « capitaine » des Pirates, Birgitta Jonsdottir, comparant ses supporters et militants à des « Robin des Bois » parce que « nous voulons prendre le pouvoir aux puissants pour le donner au peuple ».

Improbable casting de hackers, militants écolos ou libertaires, le parti ne fait cependant pas aussi bien que le laissaient entendre certaines enquêtes, victime de sa popularité chez les jeunes qui sont les moins enclins à aller voter.

Avec 14% des suffrages, il passerait de trois à 9 députés sur 63, devenant ainsi la troisième formation politique de cette île de l’Atlantique Nord ancrée à droite depuis l’indépendance en 1944, selon un comptage qui restait encore très partiel en milieu de nuit.

Créé en 2012, le parti Pirate, dont l’emblème est un pavillon marin floqué d’une morue salée et le quartier général un bateau ancré dans le port de Reykjavik, entend revigorer la démocratie, redistribuer le revenu des ressources naturelles, refinancer la santé et lutter contre la corruption.

Le score historique des Pirates a été accueilli par les applaudissements des militants réunis dans une brasserie envahie par les touristes et la presse étrangère, selon une journaliste de l’AFP sur place.

Ensemble, les Pirates et les trois partis de centre-gauche avec lesquels ils ont scellé un accord pré-électoral de gouvernement devraient obtenir 28 sièges sur les 32 requis pour la majorité absolue à l’Althingi, le Parlement monocaméral islandais.

Le mouvement Gauche-Verts recueillerait en effet de 10 à 11 mandats, les sociaux-démocrates quatre et Avenir radieux (centre) entre quatre et cinq sièges.

Du côté de la coalition sortante, le Parti de l’indépendance (conservateur) gagnerait deux députés par rapport à 2013 pour se placer en tête avec 21 sièges. Le Parti du progrès (centre-droit) perdrait 12 députés pour n’en conserver que sept ou huit.

Avec de sept à huit élus, le parti centriste Résurrection pourrait donc détenir les clés du scrutin en choissant de soutenir l’un ou l’autre des blocs. C’est le leader du parti de l’Indépendance, le ministre des Finances Bjarni Benediktsson, qui devrait recevoir le mandat du président de la République pour tenter de trouver une majorité.

– Congédier l’establishment –

« Il semble naturel que nous dirigions le prochain gouvernement », a commenté dans la nuit de samedi à dimanche M. Benediktsson. Mis en cause dans le scandale des Panama Papers, il se défend d’avoir voulu échapper à l’impôt en créant une société aux Seychelles, indiquant n’y avoir jamais investi une couronne.

Les tractations s’annonceraient toutefois très tendues entre la droite et Résurrection, parti créé au printemps par des dissidents pro-européens du Parti de l’indépendance qui lui reprochaient d’avoir abandonné les négociations d’adhésion à l’UE.

Le président du jeune parti, Benedikt Johannesson, s’est gardé de faire connaître sa préférence samedi soir. « Nous n’avons pas critiqué les autres partis (pendant la campagne des législatives) et ne nous sommes pas exprimés sur la couleur du futur gouvernement », s’est-il borné à déclarer.

Le Premier ministre Sigurdur Johannsson, président du Parti du progrès, a indiqué que si le score de son parti était confirmé, il remettrait dimanche sa démission au président.

Si l’Islande n’enregistre pas de montée de l’extrême droite, elle semblait mûre pour congédier « l’establishment » au bénéfice de formations issues de la société civile, sur le modèle de Podemos en Espagne ou de Syriza en Grèce.

Parmi les noms des 600 Islandais figurant dans les Panama Papers — un record mondial rapporté aux 332.000 habitants — figurent ceux de deux ministres en plus du chef du gouvernement. Ce dernier avait démissionné mais le cabinet s’était maintenu, à peine remanié, promettant des élections à l’automne six mois avant l’échéance régulière. 

Les « Panama » ont aussi emporté le président Olafur Ragnar Grimsson qui a renoncé à briguer un sixième mandat, le nom de son épouse apparaissant sur les listes. Gudni Johannesson, un universitaire au casier politique vierge, lui a succédé.

Le Parti de l’indépendance demeure toutefois populaire auprès des entreprises, des patrons-pêcheurs et des eurosceptiques.

Birgitta Jonsdottir du parti Pirate participe à un débat à Reykjavik, en Islande, le 24 octobre 2016. © AFP

© AFP Halldor KOLBEINS
Birgitta Jonsdottir du parti Pirate participe à un débat à Reykjavik, en Islande, le 24 octobre 2016

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