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Juan Manuel Santos, un président obstinément en quête de paix

Bogota (AFP) – Le président colombien Juan Manuel Santos, à qui a été attribué vendredi le prix Nobel de la Paix, a risqué tout son capital politique pour mettre fin à un demi-siècle de guerre fratricide, un rêve qu’il s’est engagé à ne jamais abandonner.

Après l’attribution du Nobel, il a dédié ce prix « à tous les Colombiens, et en particulier aux millions de victimes » du conflit armé qui déchire son pays depuis plus d’un demi-siècle.

« Colombiens, ce prix est le vôtre. C’est pour les victimes, et pour qu’il n’y ait pas une victime de plus, un mort de plus, que nous devons nous réconcilier et nous unir pour terminer ce processus et commencer à construire une paix stable et durable », a ajouté M. Santos lors d’une allocution, arborant sa boutonnière son éternelle petite colombe blanche

Dimanche encore, ce chef d’Etat élu en 2010 puis réélu en 2014 déclarait encore qu’il continuerait « à rechercher la paix jusqu’à la dernière minute de (son) mandat parce que c’est le chemin à suivre pour laisser un pays meilleur à nos enfants ».

Les Colombiens venaient de rejeter majoritairement par référendum l’accord de paix avec la guérilla des Farc, le jugeant trop favorable pour les guérilleros.

« Le président a fait preuve d’un leadership courageux. Courageux car il a préféré la paix à l’inertie de la guerre. Courageux parce qu’il s’est soumis à la décision des citoyens », soulignait en début de semaine Humberto de la Calle, chef des négociateurs avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc).

– « Courage, audace, persévérance » –

L’accord historique qu’il a obtenu est le résultat de près de quatre années de pourparlers délocalisés à Cuba avec la plus ancienne et plus importante guérilla du pays. 

Il a été signé à La Havane le 24 août, une réussite saluée par la communauté internationale.

Faire la paix avec les Farc « demandait courage, audace, persévérance et beaucoup de stratégie : qualités et points forts de Santos », a déclaré à l’AFP Mauricio Rodriguez, son beau-frère et conseiller depuis plus de vingt ans.

Dimanche, il avait twitté: « Les grands leaders travaillent pour la paix, contre vents et marées, jusqu’au dernier jour de leur vie ! »

Juan Manuel Santos, 65 ans, issu d’une famille de la haute société de Bogota, a débuté en politique en 1991.

D’abord journaliste, il avait remporté le prix du roi d’Espagne pour ses chroniques sur la révolution sandiniste au Nicaragua. Ce travail « nous a profondément marqués », a-t-il dit un jour à propos de cette investigation menée avec son frère Enrique, autre acteur clé du processus de paix entamé officiellement avec les Farc en 2012, mais secrètement dès l’accession au pouvoir de M. Santos en 2010.

– Faire la guerre pour la paix –

Lorsqu’il a fait son entrée au palais présidentiel Casa de Nariño, ce politique qui se définit comme d' »extrême centre » avait déjà poursuivi la guérilla, lors d’une implacable croisade menée alors qu’il était ministre de la Défense de son prédécesseur de droite Alvaro Uribe. Le but: affaiblir les Farc pour les contraindre à négocier.

Il a ainsi fait la guerre pour parvenir à la paix, notaient des analystes.

Le président a toujours affirmé qu’il ne cherchait pas une récompense pour son combat pour la réconciliation de la Colombie, déchirée par des décennies d’une confrontation entre guérillas d’extrême gauche, paramilitaires d’extrême droite et forces armées, qui a fait plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.

« Je ne cherche pas les applaudissements. Je veux faire ce qui est correct », déclarait lors d’une interview à l’AFP cet homme décrit comme très rationnel et parfois critiqué pour sa froideur apparente.

L’attribution du Nobel vendredi lui apporte toutefois un soutien personnel de premier plan pour la suite de ses efforts.

Admirateur de Winston Churchill, Franklin D. Roosevelt et Nelson Mandela, lecteur vorace et cinéphile, M. Santos a toujours dit que sa force venait de sa famille, fondée en 1988 avec Maria Clemencia Rodriguez, surnommée « Tutina » et mère de leurs trois enfants.

Le président colombien  Juan Manuel Santos, le 29 juillet 2016 lors d'un discours à Cali pour promouvoir la paix entre le gouvernement et les Farc. © AFP

© AFP/Archives LUIS ROBAYO
Le président colombien Juan Manuel Santos, le 29 juillet 2016 lors d’un discours à Cali pour promouvoir la paix entre le gouvernement et les Farc

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