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Jugé pour avoir aidé des migrants: huit mois avec sursis requis

Nice (AFP) – « Je le fais parce qu’il faut le faire »: jugé à Nice pour avoir aidé des migrants près de la frontière franco-italienne, Cédric Herrou, 37 ans, a assumé mercredi ses actes, pour lesquels le procureur a requis huit mois de prison avec sursis.

Devant le tribunal, l’agriculteur barbu aux fines lunettes rondes a revendiqué des actes « politiques »: « Je le fais parce qu’il y a des gens qui ont un problème, je le fais parce qu’il faut le faire. Il y a des gens qui sont morts sur l’autoroute, il y a des familles qui souffrent, il y a un Etat qui a mis des frontières en place et qui n’en gère absolument pas les conséquences ».

Le procureur Jean-Michel Prêtre a de son côté dénoncé l’usage de ce procès comme d’une « tribune politique » et requis à l’encontre de M. Herrou huit mois d’emprisonnement avec sursis mise à l’épreuve et la confiscation de son véhicule, ainsi qu’un usage limité de son permis de conduire aux besoins de sa profession.

« Nous sommes dans la situation d’un procès qui a été voulu, qui procède d’une stratégie générale de communication, de portage militant d’une cause et qui fait que la justice est saisie aujourd’hui de faits reconnus », a-t-il estimé. « Ce n’est pas à la justice de décider de changer la loi, ce n’est pas à la justice de donner une leçon de diplomatie à tel ou tel pays », a-t-il poursuivi.

La décision a été mise en délibéré au 10 février.

L’agriculteur, qui dirige une exploitation produisant des olives et des oeufs dans la vallée de la Roya, l’une des voies d’entrée vers la France des migrants venus d’Italie, est poursuivi pour aide au séjour d’étrangers en situation irrégulière. Quelque 300 personnes, dont de nombreux membres d’un collectif d’aide aux migrants Roya Citoyenne, s’étaient rassemblées devant le palais de justice pour le soutenir avant le début de l’audience.

– « Pas un sacrifice » –

La justice lui reproche l’installation en octobre 2016 sans autorisation d’une cinquantaine d’Erythréens dans un centre de vacances SNCF désaffecté à Saint-Dalmas-de-Tende. L’occupation de ce centre, dénoncée avec force par les élus locaux LR, avait pris fin avec l’intervention des forces de l’ordre au bout de trois jours.

Depuis le mois d’octobre, comment la situation a-t-elle évolué?, l’a interrogé le tribunal. « Nous avons une trentaine de mineurs hébergés à Saorge chez des particuliers, et j’ai moi-même trois mineurs hébergés chez moi, et des majeurs aussi », a répondu le prévenu, déjà inquiété en août 2016 pour avoir transporté des Erythréennes, avant que l’affaire ne soit classée sans suite. La présidente s’est étonnée que les deux procédures dont il a fait l’objet n’aient pas mis un coup d’arrêt à ses actions: « Même si vous me condamnez, le problème continuera », a asséné Cédric Herrou.

Son avocat, Zia Oloumi, a plaidé la relaxe, estimant que le délit n’était pas caractérisé faute d’éléments matériels. « Aujourd’hui on veut faire condamner Herrou pour que les autres ne recommencent pas », a-t-il également estimé.

Auparavant il était revenu sur les conditions dans lesquelles il a commencé à venir en aide aux migrants il y a un an et demi. « Au départ je voyais des gens marcher sur la route, des Noirs, alors je les emmenais à la gare de Breil-sur-Roya. Et petit à petit je me suis intéressé au problème ».

L’agriculteur a aussi évoqué la décision d’occuper l’ancienne colonie de vacances de la SNCF: « Il y avait 58 personnes chez moi. (…) Avec l’association Roya Citoyenne et avec le soutien d’autres associations humanitaires, on a décidé alors d’ouvrir un lieu pour les héberger »

Avant le début de son procès, Cédric Herrou avait déjà défendu ses actes devant la presse devant le palais de justice: « Ce que je fais n’est pas un sacrifice, c’est un honneur », avait-il déclaré, évoquant une frontière « établie au nom du terrorisme ».

Le 23 novembre, six mois de prison avec sursis ont déjà été requis à Nice contre un enseignant-chercheur du CNRS poursuivi pour avoir convoyé des Erythréennes venues d’Italie.

L'agriculteur Cédric Herrou devant le palais de justice de Nice, le 4 janvier 2017. © AFP

© AFP Yann COATSALIOU
L’agriculteur Cédric Herrou devant le palais de justice de Nice, le 4 janvier 2017

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