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Juncker promet à Strasbourg que l'Union européenne survivra au Brexit

Strasbourg (AFP) – Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a appelé mercredi à l’unité de l’UE dans son discours programme annuel sur l’état de l’Union, assurant qu’elle survivrait au choc du Brexit.

« Nous respectons la décision britannique tout en la déplorant, mais l’UE n’est pas menacée dans son existence par cette décision », a déclaré M. Juncker au Parlement européen, réuni en séance plénière à Strasbourg.

Il y a dévoilé une série de mesures, qu’il veut « concrètes », visant à ressouder une Europe divisée, à deux jours d’un sommet de chefs d’Etat et de gouvernement à 27, sans le Royaume-Uni, vendredi à Bratislava.

Parmi elles, le renforcement du plan d’investissement qui porte son nom, destiné à renforcer la croissance, et la création d’un quartier général unique dans l’Union européenne, proposition forte pour améliorer la coopération en matière de sécurité et de défense.

« Il y a des fractures, des fissures, des fragmentations qui s’expriment parfois et cela fait le lit du populisme », a estimé le dirigeant européen dans son état des lieux.

Mais « le populisme ne règle pas les problèmes, au contraire, le populisme apporte des problèmes, soyons en sûr », a-t-il dit, déclenchant des applaudissements nourris de l’hémicycle.

La députée d’extrême droite Marine Le Pen lui a répondu en lui reprochant de n’avoir « rien vu, rien entendu de l’immense aspiration des peuples à retrouver leur indépendance », une opinion partagée par le député britannique europhobe Nigel Farage.

– QG européen –

Malgré l’importance de l’exercice pour l’avenir de l’Europe, quelques-uns des 751 sièges de députés étaient vacants dans l’hémicycle strasbourgeois.

Sous pression depuis le vote sur le Brexit, Jean-Claude Juncker a commencé par évacuer la question, invitant le Royaume-Uni à demander « rapidement » sa sortie de l’UE, afin de « mettre un terme aux rumeurs et aux incertitudes ».

Son espoir: une future « relation amicale » avec Londres. Mais « le marché intérieur et la libre-circulation ne peuvent pas être à la carte », a-t-il souligné.

Ce serait une « erreur fatale » de ne pas tirer les leçons du Brexit, avait prévenu le président du Conseil de l’UE, Donald Tusk, pour qui le sommet de Bratislava, vendredi, constituera « un tournant décisif » quant à la protection des frontières extérieures européennes face aux inquiétudes nées de la crise migratoire.

L’Union européenne doit « s’affirmer davantage en matière de défense », a également déclaré Jean-Claude Juncker, qui a plaidé pour la création d’un quartier-général unique au sein de l’UE.

« Nous devons également nous orienter vers des ressources militaires communes, qui dans certains cas relèveront de l’Union en plein complémentarité avec l’Otan », a-t-il ajouté.

Sur le plan économique, Jean-Claude Juncker a réclamé une Europe plus sociale – contre le « dumping social » – et promis de continuer à lutter contre le chômage.

Il propose, pour cela, non seulement d’accélérer l’union du marchés des capitaux, mais aussi de doubler la capacité du plan d’investissement qui porte son nom, lancé en 2014 pour stimuler la croissance. Nouvel objectif: 630 milliards d’euros d’investissements dès 2022, contre 315 milliards prévus au départ.

Il a aussi annoncé deux importants projets de réforme, sur les télécoms et les droits d’auteurs, que la Commission détaillera dans l’après-midi.

– Aider l’Afrique –

Pas « fanatique du libre-échange », il a pourtant appelé à poursuivre les accords commerciaux avec des pays tiers, qui « apportent plus d’emplois », malgré l’impasse actuelle des négociations sur l’accord de libre-échange, très critiqué, avec les Etats-Unis.

Il a aussi évoqué un nouveau projet calqué sur le « plan Juncker », mais orienté vers des pays en développement, notamment africains, afin de travailler sur les racines des migrations.

L’objectif sera de lever au moins 44 milliards d’euros, chiffre qui pourra atteindre 88 milliards en fonction de la participation des Etats membres.

M. Juncker était par ailleurs attendu par les députés sur la grande affaire de la rentrée: l’évasion fiscale, après la retentissante décision de la Commission qui a contraint le géant américain Apple à rembourser à l’Irlande 13 milliards d’euros d' »avantages fiscaux indus », assimilés à des aides d’Etat.

« Chaque entreprise, peu importe sa taille, doit payer ses impôts là où sont réalisés ses profits », a-t-il dit. « En Europe, nous n’acceptons pas que des entreprises puissantes concluent des ententes secrètes sur leurs impôts ».

Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors de son discours sur l'état de l'Union Européenne devant le Parlement, le 14 septembre 2016 à Strasbourg. © AFP

© AFP FREDERICK FLORIN
Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors de son discours sur l’état de l’Union Européenne devant le Parlement, le 14 septembre 2016 à Strasbourg

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