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Kaboul enquête sur le sort du chef des talibans afghans, visé par un raid américain

Kaboul (AFP) – Les autorités afghanes tentaient dimanche de déterminer le sort du chef des talibans, le mollah Akhtar Mansour, « probablement » tué dans un raid aérien américain au Pakistan selon Washington.

Sa mort, si elle était confirmée, porterait un coup sévère au mouvement islamiste insurgé. 

Sur leur site officiel, les talibans ne faisaient aucune mention dimanche d’une quelconque frappe contre le leader qui les dirige depuis l’annonce de la mort du mollah Omar l’été dernier. 

De même, Zabiullah Moudjahid, leur porte-parole habituel, n’était pas joignable dans la matinée, un silence qui alimente les spéculations autour du sort du mollah Mansour et de son éventuelle succession.

Les autorités pakistanaises n’avaient pas réagi non plus en fin de matinée, mais le palais présidentiel afghan a confirmé qu’un raid avait été mené et qu’une enquête était en cours pour déterminer le sort du mollah Mansour.

En décembre 2015, des sources afghanes et pakistanaises avaient indiqué que ce dernier avait été grièvement blessé, voire tué, dans une fusillade lors d’une réunion de cadres talibans qui aurait dégénéré au Pakistan. Sa mort avait été démentie par le mouvement islamiste.

La désignation du mollah Mansour avait engendré de fortes dissensions en interne. Certains cadres ont fait sécession et s’opposent à sa faction les armes à la main. D’autres ont rejoint les rangs de l’organisation de l’Etat islamique, surtout présente dans l’Est de l’Afghanistan. 

Sa succession, si la question devait se poser, donnerait lieu là encore à une « lutte de pouvoir et plusieurs candidats seraient en lice », fait valoir l’analyste et journaliste pakistanais Ahmed Rashid. Et, si sa mort se confirmait, « les talibans s’éparpilleraient encore un peu plus », estime Mia Gul Wasiq, un analyste afghan.

Le bombardement de samedi a été mené à l’aide de plusieurs drones des forces spéciales américaines au Pakistan, dans une zone reculée, « au sud-ouest de la ville d’Ahmad Wal », selon un responsable américain qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat. Le chef taliban a « probablement » péri dans cette frappe, autorisée par le président Barack Obama, a poursuivi cette source.

Washington n’a informé Islamabad et Kaboul du raid qu’une fois celui-ci terminé, d’après un haut responsable de la Maison Blanche.

Le raid a « totalement détruit » la voiture dans laquelle circulaient deux individus dont les dépouilles sont « méconnaissables », a indiqué à l’AFP un responsable des services de sécurité pakistanais. 

Le raid est intervenu alors que le gouvernement afghan est mis à rude épreuve par les talibans, qui ont effectué de nombreuses avancées dans le pays depuis l’arrêt de la mission de combat des Etats-Unis et de l’Otan fin 2014. 

Et les insurgés ont multiplié les attentats ces derniers mois. Lors de la dernière attaque d’envergure, 64 personnes sont mortes dans un attentat suicide perpétré contre un bâtiment des services de renseignement à Kaboul en avril. 

 – « Obstacle à la paix »-

Sous la houlette du mollah Mansour, les talibans afghans se sont montrés rétifs à la reprise des pourparlers de paix avec Kaboul entamés l’été dernier puis suspendus à l’annonce de la mort du mollah Omar, le fondateur du mouvement.

« Le mollah Mansour était un obstacle à la paix et à la réconciliation entre le gouvernement d’Afghanistan et les talibans, interdisant aux chefs talibans de participer aux négociations de paix », a expliqué le porte-parole du Pentagone, Peter Cook.

Depuis janvier, Afghans, Chinois, Américains et Pakistanais ont organisé plusieurs réunions destinées à inciter les talibans à s’asseoir à la table des négociations. En vain. Le Pakistan a accueilli mercredi dernier une nouvelle session de pourparlers internationaux.

La frappe a été immédiatement saluée par plusieurs « faucons » de la politique étrangère américaine, dont le sénateur John McCain, l’influent président de la commission des forces armées du Sénat américain.

« J’espère que cette frappe contre le principal dirigeant des talibans va amener l’administration (Obama) à revoir sa politique d’interdire aux troupes américaines de s’en prendre aux talibans », a-t-il déclaré dans un communiqué.

De nombreuses voix dans l’armée américaine et à Washington avaient réclamé ces derniers mois que les Etats-Unis reviennent à un engagement direct contre les talibans, en particulier avec des frappes aériennes. Depuis la fin de la mission de combat de l’Otan en Afghanistan, les forces américaines n’ont plus théoriquement qu’un rôle de conseil et d’assistance auprès des forces afghanes.

« Nous devons retirer la bride des forces » américaines et de l’Otan en autorisant des frappes aériennes, a ainsi plaidé cette semaine dans une tribune dans le Wall Street Journal le prestigieux général David Petraeus, ancien commandant des forces américaines en Afghanistan.

Photo fournie par les talibans afghans et datant du 1er juin 2014 du mollah Akhtar Mansour. © AFP

© AFP/Archives HO
Photo fournie par les talibans afghans et datant du 1er juin 2014 du mollah Akhtar Mansour

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