
Évoquée depuis 2023, promise pour 2025, la brigade spécialisée sur les violences intrafamiliales devait être opérationnelle dès le mois d’août à Faa’a. Elle réunira trois gendarmes locaux et trois recrues de l’Hexagone spécialement formées pour enquêter sur les affaires les plus graves. De quoi améliorer la prise en charge et la rapidité d’interventions. En particulier pour les victimes mineures, « une priorité » pour le général Stéphane Brunet, le commandant de la gendarmerie, qui fait aussi le lien entre ces violences familiales et la consommation de stupéfiants.
Un an après la mort d’Ayden, 7 ans, après des maltraitances graves dans sa famille d’accueil, les violences intrafamiliales sont plus que jamais une priorité des forces de sécurité intérieures en Polynésie. Pour améliorer le traitement de ces infractions et mieux prendre en charge les victimes, l’ancien ministre de l’Intérieur et aujourd’hui ministre de la Justice Gérald Darmanin, avait annoncé, dès 2023, la création d’une brigade spécialisée, la « brigade Vif » pour violences intrafamiliales. L’ancien commandant de la gendarmerie au fenua, le colonel Grégoire Demézon, espérait l’ouvrir dès 2025. Mais « ça n’a pas pu se faire », a expliqué son successeur le général Stéphane Brunet, qui était l’invité de Radio 1 et Tiare FM ce mardi matin, « des problématiques budgétaires ont retardé l’exécution de la LOPMI (loi d’orientation et de programmation du ministère de l’Intérieur) ».
« Le champ des mineurs est pour moi une priorité importante »
Mais une année plus tard, les histoires de budget sont réglées, et la brigade Vif va bel et bien ouvrir le 1er août prochain. Les effectifs ont été désignés : trois militaires déjà présents au fenua et trois autres qui arrivent de l’hexagone, qui vont être sous la direction d’une gendarme polynésienne. Le général Stéphane Brunet précise que cette brigade « ne pourra pas tout faire » mais doit s’intéresser principalement aux « affaires les plus sensibles, les plus complexes » et notamment celles impliquant des mineurs. « Le champ des mineurs est pour moi une priorité importante. Je vois bien qu’il y a un gros effort à faire sur la protection de l’enfance. »
Le personnel qui compose cette nouvelle brigade est spécialement formé dans la prise en charge de victimes mineures : le général Brunet parle de « six enquêteurs capables de traiter le flux extrêmement vite et bien ». Un travail de répression qui complètera celui de la Maison de protection des familles, une structure axée sur l’accompagnement des mineurs et les actions de prévention.
Un lien entre la consommation de drogue et les violences intrafamiliales
L’ancien commandant de la gendarmerie avait parlé de 2 000 victimes par an, en Polynésie, de violences intrafamiliales. Des chiffres encore d’actualité aujourd’hui, selon le général Stéphane Brunet, qui ne peut pas dire si c’est le résultat d’une augmentation des violences ou bien des plaintes des victimes, plus nombreuses à oser agir. « Sûrement les deux. »
La lutte contre les violences intrafamiliales se passe aussi du côté des actions contre le trafic de stupéfiants. Il y a un lien entre la consommation et la vente de drogues avec les violences intrafamiliales, confirme le commandant de la gendarmerie, « pas seulement comme un lien de cause à effet uniquement, mais comme un cercle vicieux », explique-t-il. « Quand vous subissez des traumatismes quand vous êtes enfant, vous développez une porosité aux addictions. Ce n’est pas que l’ice, c’est l’alcool, c’est le cannabis, c’est tout type de substances. Être victime de violences ou assister à des violences, amènent cette porosité aux addictions. Et quand vous consommez, vous êtes plus violent. Et donc, vous reproduisez le schéma ou vous aggravez le schéma de ces violences. » Pour le gendarme, c’est ce « cercle vicieux qu’il faut casser ».