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La Colombie signe avec les Farc un accord de paix révisé

Bogota (AFP) – La Colombie signe jeudi avec la guérilla des Farc un accord de paix mettant fin à plus de cinquante ans de conflit armé, texte renégocié pour inclure des propositions de l’opposition suite au rejet d’une première version par référendum.

L’accord, conclu le 12 novembre après six semaines de renégociations, sera à nouveau signé par le président Juan Manuel Santos et par le chef des Farc, Rodrigo Londono, plus connu sous ses noms de guerre Timoleon Jimenez ou Timochenko.

Mais la cérémonie au théâtre Colon à Bogota sera plus modeste que l’acte célébré le 26 septembre en présence de quelque 2.500 invités, dont 15 chefs d’Etat, dans la station balnéaire de Carthagène des Indes, sur la côte caraïbe.

Seuls assisteront jeudi des victimes de la guerre, d’anciens présidents colombiens, des magistrats et des représentants d’associations sociales. Le conflit fratricide qui déchire la Colombie depuis les années 60 a fait plus de 260.000 morts, 60.000 disparus et 6,9 millions de déplacés, impliquant une trentaine de guérillas de gauche, des paramilitaires d’extrême droite et l’armée.

La cérémonie, prévue à partir de 11H00 (16H00 GMT) pour une heure, sera retransmise sur un écran géant place Bolivar, au coeur historique de Bogota. Là se trouve le Congrès, qui devrait ratifier l’accord sans problème, le gouvernement détenant la majorité.

– Accès limité à la cérémonie –

Si l’opposition avait critiqué « le gaspillage » des deniers publics à Carthagène, cette fois un des chefs de la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), issue en 1964 d’une insurrection paysanne, a jugé le lieu mal choisi.

« Il y a beaucoup plus de gens, que les quelque 800 personnes entrant dans le théâtre, qui mériteraient d’y être, qui voudraient y être, qui doivent y être », a affirmé ce commandant guérillero, Marcos Calarca, membre de la délégation des Farc qui a négocié cet accord pendant près de quatre ans.

Dans la foulée de la signature, la nouvelle version de l’accord -qui prévoit désormais un inventaire des biens des Farc pour dédommager les victimes et pose des limites à la justice transitionnelle- sera transmise aux parlementaires. Ils devraient en débattre la semaine prochaine puis le ratifier, avant de légiférer sur sa mise en application.

Le président du Sénat, Mauricio Lizcano, a précisé que les discussions au Congrès débuteraient mardi, espérant qu' »un ou deux jours puissent suffire (…) pour un débat ouvert, tranquille » retransmis à la télévision et ouvert au public, y compris à ceux qui ont voté « non » au précédent accord le 2 octobre.

La ratification par le Congrès a été critiquée par les opposants. Le Centre démocratique (CD), parti de droite d’Alvaro Uribe, prédécesseur de M. Santos (2006-2010) et actuel sénateur, a dénoncé un « coup contre la démocratie », estimant que l’exécutif « ne tient pas compte du triomphe du +non+ » lors du référendum.

Faute d’explications suffisantes du contenu de l’accord face à la mobilisation des uribistes, le scrutin avait été marqué par une abstention record de plus de 62% et le « non » l’avait emporté, mais avec à peine plus de 50.000 voix d’avance.

– Début du désarmement des Farc –

L’opposition, qui agite le spectre d’un futur régime castro-chaviste inspiré de Cuba et du Venezuela, estime que le texte n’a pas été suffisamment modifié. Elle entend continuer à protester, en particulier contre la future participation à la vie politique de guérilleros responsables de crimes graves qui seront, selon elle, insuffisamment sanctionnés.

« Avec la proximité de l’élection présidentielle de 2018, il était très difficile que l’opposition s’embarque dans un grand pacte national car ses candidats sont plus intéressés à se différencier de l’impopulaire gouvernement Santos », explique la politologue Angelika Rettberg.

La signature de la paix avec les Farc marque par ailleurs le début du rassemblement des guérilleros dans des zones sous contrôle de l’ONU, qui va superviser leur désarmement, prévu sur six mois, et leur réintégration à la vie civile.

Suite à des incidents récents, dont la mort de deux rebelles dans des combats présumés avec l’armée et l’assassinat de leaders communautaires, gouvernement comme guérilla ont souligné la fragilité du cessez-le-feu en vigueur depuis fin août. « Il n’y a pas de temps à perdre », a lancé M. Santos.

Le chef de l’Etat, qui le mois dernier a reçu le prix Nobel en hommage à ses efforts pour la paix, entend ensuite engager d’autres pourparlers avec l’Armée de libération nationale (ELN), guérilla moins puissante que les Farc mais encore active et qui refuse de libérer ses otages en préalable.

  

   

   

  

Le président Juan Manuel Santos lors du sommet de l'Apec à Lima, le 19 novembre 2016. © AFP

© AFP/Archives RAFAEL ZARAUZ
Le président Juan Manuel Santos lors du sommet de l’Apec à Lima, le 19 novembre 2016

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