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La Colombie signe la paix et met fin à la guerre avec les Farc

Carthagène (Colombie) (AFP) – La Colombie franchit une étape clé de son histoire en signant lundi un accord de paix avec la guérilla des Farc pour clore un demi-siècle de conflit armé, qui a fait des centaines de milliers de morts et des millions de déplacés.

L’accord de paix va être signé par d’anciens faucons qui ont fait de la paix leur fer de lance: le président Juan Manuel Santos et le chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc, marxistes), Rodrigo Londoño, plus connu sous ses noms de guerre de Timoleon Jimenez et de Timochenko.

« Aujourd’hui, je peux vous dire que nous vivons #LaFeliSIdad (le bonheur) d’une nouvelle aube pour la Colombie, une nouvelle étape de notre histoire, celle d’UN PAYS EN PAIX », a twitté M. Santos, remplaçant le c de felicidad par un s pour former un SI (OUI) à la paix, avant la signature prévue à partir de 17h00 (22h00 GMT).

« La guerre est terminée, nous allons tous et toutes bâtir la paix ! Tout est prêt pour la #FirmaDeLaPaz (signature de la paix) », ont de leur côté proclamé les Farc sur leur compte Twitter dédié aux pourparlers de paix.    

Quelque 2.500 personnes, vêtues de blanc, dont 250 victimes du conflit, assisteront à la cérémonie organisée à Carthagène des Indes (nord) et au cours de laquelle seuls M. Santos et Timochenko prendront la parole

– Ne plus « se battre pour des idées » –

« La base de tout cela est que nous ne nous battions pas pour des idées », a déclaré à l’AFP le chef des négociateurs de paix du gouvernement, Humberto de La Calle, qui a parlementé pendant près de quatre ans avec les Farc et estimé que « c’est le meilleur accord possible ».

Sous le soleil, entre deux orages, Carthagène, perle des Caraïbes, était parée de colombes de la paix, portant en leur bec le rameau d’olivier et un ruban aux couleurs jaune, bleu, rouge du drapeau colombien.

Quinze chefs d’Etat latino-américains sont présents, à commencer par le Cubain Raul Castro, dont le pays a accueilli les négociations ayant abouti le 24 août à cet accord avec les Farc, sous les auspices aussi de la Norvège, du Venezuela et du Chili.

Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est également à Carthagène, ainsi que le secrétaire d’Etat américain John Kerry. « Ce pas que votre pays s’apprête à franchir aujourd’hui est un pas de géant », a déclaré ce dernier à des victimes de mines anti-personnel, qui ont fait près de 11.000 morts et blessés depuis 1990 en Colombie. 

La présidente du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a pour sa part salué « le début d’un chemin. Un chemin de paix et de développement économique du pays ».

Parmi les 27 ministres des Affaires étrangères présents, le Norvégien Borge Brende, dont le pays a été facilitateur de la paix, a salué, dans un entretien avec l’AFP, cet « accord historique », mais averti que sa mise en œuvre « va demander beaucoup de leadership ».

La Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) a appelé à l’instauration « de l’équité et de la justice qui restent à bâtir en Colombie ».

De son côté, l’Union européenne a décidé de « suspendre » les Farc de sa liste des organisations terroristes « après la signature de l’accord de paix ».

– La paix à la pointe d’un « baligrafo » –

Tôt lundi, M. Santos a rendu hommage aux forces de l’ordre « pour avoir atteint ce point d’inflexion (…) qui consiste à signer la fin du conflit avec les Farc ». Il a ensuite participé à « une prière pour la réconciliation de tous les Colombiens », menée par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’Etat du Vatican.

Le président va signer l’accord de 297 pages avec un « baligrafo », un stylo fabriqué à partir d’une balle du conflit et dont il offrira un exemplaire à ses invités prestigieux.

Les Farc, issues en 1964 d’une insurrection paysanne et qui comptent encore quelque 7.000 combattants armés, ont ratifié l’accord vendredi pendant leur conférence nationale.

Le complexe conflit colombien a fait plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés. Il a impliqué plusieurs guérillas d’extrême gauche, des paramilitaires d’extrême droite et l’armée.

Mais la paix ne sera pas complète tant que l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste), rébellion encore active avec 1.500 combattants, n’aura pas aussi dit adieu aux armes.

L’ELN et le gouvernement se sont engagés en mars à entamer des pourparlers, mais sans fixer de date. La guérilla a toutefois annoncé dimanche une trêve unilatérale, du 30 septembre au 5 octobre « pour faciliter la participation des gens » au référendum du 2 octobre, dont dépend l’entrée en vigueur de l’accord.

Ce qui a été négocié avec les Farc est fortement critiqué par l’opposition, emmenée par l’ex président Alaro Uribe. Il a participé lundi dans la cité caribéenne à une chaine humaine contre la signature. 

Quelque 2.700 policiers et militaires assurent la sécurité de Carthagène, qui, épargnée par la guerre, n’a pas de signification symbolique, mais a été choisie pour ses infrastructures plutôt que la capitale Bogota dont l’altitude (2.600 m) aurait pu incommoder certains invités.

Des personnens célèbrent l'accord de paix avec la guérilla des Farc et le gouvernement, à Bogota en Colombie le 26 septembre 2016 


à Bogot 
People gather at Bogota's Bolivar main square on September 26, 2016, to celebrate the historic peace agreement between the Colombian government and the Revolutionary Armed Forces of Colombia (FARC).Colombia will turn the page on a half-century conflict that has stained its modern history with blood when the FARC rebels and the government sign a peace deal on Monday. President Juan Manuel Santos and the leader of the FARC, Rodrigo Londono -- better known by his nom de guerre, Timoleon "Timochenko" Jimenez -- are set to sign the accord at 2200 GMT in a ceremony in the colorful colonial city of Cartagena on the Caribbean coast.. © AFP

© AFP GUILLERMO LEGARIA
Des personnens célèbrent l’accord de paix avec la guérilla des Farc et le gouvernement, à Bogota en Colombie le 26 septembre 2016

à Bogot
People gather at Bogota’s Bolivar main square on September 26, 2016, to celebrate the historic peace agreement between the Colombian government and the Revolutionary Armed Forces of Colombia (FARC).Colombia will turn the page on a half-century conflict that has stained its modern history with blood when the FARC rebels and the government sign a peace deal on Monday. President Juan Manuel Santos and the leader of the FARC, Rodrigo Londono — better known by his nom de guerre, Timoleon « Timochenko » Jimenez — are set to sign the accord at 2200 GMT in a ceremony in the colorful colonial city of Cartagena on the Caribbean coast.

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