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La FAPE et la CASCEM demandent des actes pour encadrer l’accès au foncier en Polynésie

© Cédric Valax

Chacune des institutions du Pays est interpellée au sujet de l’accès difficile à la propriété foncière en Polynésie dans un courrier adressé hier par la Fédération des associations de protection de l’environnement (FAPE) associée au Collectif des associations sportives, culturelles et environnementales de Moorea (CASCEM). Celui-ci insiste spécifiquement sur le cas de Moorea qui apparaît être en pleine transformation, alertent les associations. 

Hausse des prix de l’immobilier, nombreux projets hôteliers à Moorea, installation d’étrangers au fenua… Ce sont autant de constats qui font monter la grogne au sein de la population représentée par un ensemble d’associations qui s’adressent aux institutions dans un courrier. « On ne peut pas continuer comme ça », martèle Winiki Sage, président de la Fédération des associations de protection de l’environnement (FAPE). Il demande, au nom de toutes les associations qu’il fédère et avec le Collectif des associations sportives, culturelles et environnementales de Moorea (CASCEM), « une réflexion profonde avec toutes les institutions » autour d’un développement durable du tourisme, qui n’empiète pas sur l’accès au logement et au foncier de la population polynésienne.

Un accès au logement « de plus en plus difficile »

S’ils reconnaissent que « l’accès au logement fait partie des objectifs du Pays » en se référant à la politique publique de l’habitat, elles appellent à la vigilance face à une situation qui a empiré. « On constate aujourd’hui qu’il est de plus en plus difficile d’accéder à la propriété pour les jeunes notamment » indique Winiki Sage, président de la FAPE – Te ora naho. « Même ceux qui sont cadres, publics ou privés, sont obligés d’acheter à la presqu’île », loin des centres d’activité, souligne-t-il. Le responsable de la FAPE précise toutefois qu’il ne s’agit pas de « pointer du doigt les étrangers » qui acquièrent des biens à hauteur de leurs moyens, mais de sonner l’alarme et d’encadrer ce processus car les prix « explosent en ce moment ».

C’est devant ce manque de résultat qu’est dénoncé l’absence de « plans généraux d’urbanisation et d’aménagement pendant des décennies » qui a laissé la place aux « lois du marché qui ont structuré ce domaine » et provoqué la « flambée des prix de l’immobilier ». 

Le cas inquiétant de l’île de Moorea 

Les représentants de la FAPE et du CASCEM se rejoignent pour dénoncer les problématiques d’accès à la propriété foncière et d’accès à la mer exacerbées à Moorea. Le courrier adressé aux institutions liste en tout huit projets immobiliers dont on ne connaît pas réellement l’avancée. Ils soulèvent des questions d’approvisionnement en eau et d’assainissement mais c’est surtout l’absence de consultation et d’information de la population sur ces sujets qui inquiète : depuis plusieurs mois, le maire de la commune ne reçoit ni ne répond aux interpellations des associations de Moorea réunies au sein du CASCEM. Il est demandé au maire Evans Haumani de suspendre les autorisations des projets immobiliers en question afin d’en « évaluer l’impact sociétal, social et environnemental et d’engager un vrai dialogue avec la population ». Winiki Sage explique qu’ils « ne sont pas contre le développement mais que huit projets en même temps, ça fait beaucoup ». Beaucoup pour la population qui a déjà du mal à accéder à la propriété mais aussi à la mer. La population de Moorea est claire sur ce qu’elle souhaite : Moorea ne doit pas devenir « un gigantesque conglomérat de béton urbanisé », « appartenant à de grandes firmes ou à des propriétaires expatriés fortunés ». Mais voilà, le tourisme constitue bel et bien la source de revenus propres principale de la Polynésie. Ce qui est demandé ici, c’est que son développement soit durable : « si demain la population de Moorea est contre le tourisme, on aura tout perdu » alerte Winiki Sage.

Les institutions rappelées à leurs capacité d’action

Chacune des institutions est appelée par la FAPE et par le CASCEM, à faire ce qui est en son pouvoir en la matière. Au gouvernement il est demandé de porter une vigilance accrue « aux nouveaux projets immobiliers » et d’établir des politiques adaptées. Au président de l’assemblée, il est suggéré une « loi destinée à protéger le foncier en faveur des populations locales et à encadrer le marché de l’immobilier ». Au président du Cesec, il est proposé que le sujet face l’objet d’une auto-saisine.

Liste des projets immobiliers répertoriés dans le courrier de la FAPE et du CASCEM aux institutions du Pays

  • Projet Paetau à Teavaro (lots mis sur le marché à des prix dépassant 80 000 francs du m² avec remblai d’une zone humide en littoral)
  • Projet Temae Sofitel extension (avec acquisition d’un domaine d’accès à la plage resté public jusqu’à présent et construction de bungalows sur le lagon classé Aire Marine Protégé au PGEM de Moorea)
  • Projet Temae Golf de 153 résidences de luxe
  • Projet Tiaia à Maharepa pour 122 logements sur 4 ha de cocoteraie
  • Projet Faratea à Paopao de 38 villas de luxe en bord de route et en hauteur
  • Projet à Haapiti pour 80 villas de luxe
  • Projet à Afareaitu/ Maatea pour 40 résidences de luxe
  • Projet d’un hypermarché et centre commercial à Maharepa…

Courrier de la FAPE adressé aux institutions du Pays

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