EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

La gentillesse est-elle devenue ringarde ? – Edito 20/04/2021

On sent bien qu’il y a quelque chose qui s’est brisé à partir du moment où le fait de recevoir une marque de sympathie spontanée induit par ricochet immédiat de se poser la question sur le caractère potentiellement moqueur de cette attention. Comme si nous ne vivions plus dans un monde ou par défaut l’humain est bienveillant, disons même gentil, pour autrui. Nous vivons aujourd’hui dans un monde où l’on s’attend d’abord à recevoir un pic, on creuse alors vite fait quand ce n’est pas le cas, avant d’être rassuré. En attendant, l’espace de quelques instants fugaces, en réalité extrêmement précieux, nous n’aurons pas apprécié à leur juste valeur ces compliments en fait sincères mais qui bruissaient telle une perfide tentative de nous tourner en ridicule.

Dans notre société dite moderne, la contemporanéité que nous avons façonnée et dans laquelle nous évoluons en ce moment implique la méfiance comme posture par défaut vis-à-vis de nos interactions sociales. C’est regrettable et dommageable.

La première raison qui me vient à l’esprit pour le justifier c’est de me dire que si le fait de complimenter a de fortes chances d’engendrer un soupçon de raillerie, notre premier réflexe est de nous imposer, inconsciemment sans doute, une posture dans laquelle on se garde d’être gentil pour autrui.

Mais ce n’est pas pour autant que c’est la neutralité de façade, dont on pourrait à la limite se contenter, qui l’emporte. La multiplication des relais d’opinions, l’avènement des réseaux sociaux au centre de nos vies de citoyens 2.0, révèle une situation peu reluisante. Celle où le commun des mortels est bien plus motivé à interagir avec autrui pour le critiquer ou le vilipender plutôt que pour le soutenir et l’encourager.

Faut-il ainsi considérer qu’on a laissé gagner la méchanceté ? Non, du moins pas encore, car à partir du moment où l’âme des humains n’est pas totalement viciée, qu’il nous est encore possible de nous réjouir de la suavité de nos congénères, c’est qu’il est encore temps d’agir. Nous sommes tellement plus efficaces les uns pour les autres lorsque nous plaçons la bienveillance au centre de nos préoccupations mutuelles. Nos mots sont comme des couteaux, ils peuvent blesser, mais choisir de les utiliser pour couper les liens qui nous retiennent d’exprimer notre plein potentiel, c’est mieux.

Aussi, parce qu’il n’y a pas de raison qui fondamentalement implique que notre évolution passe maintenant et à l’avenir par une défiance tous azimuts, mettons à jour tous ensemble notre système d’exploitation interne pour que par défaut, on n’ait plus à douter. Nos propos doivent bien d’abord avoir la douceur du miel et pas les relents du fiel, et on pourra viser le Ciel.

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