EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

La haine du gros, ou la tendance toxique – Edito 04/03/2021

Ces derniers temps j’entends beaucoup parler de « grossophobie ». C’est sous cette appellation que l’on range tous les comportements discriminatoires envers les personnes en surpoids. Mais si on a une approche plus étymologique de ce terme, cela se traduirait plutôt par la peur des gros. Donc les kilos en trop des uns ficheraient la trouille aux autres. C’est particulier quand même non ? Ils craignent quoi en fait ? Que tel un sumotori le gars qu’on croise vous donne un coup de bedaine qui vous fait tomber du trottoir et vous fait vous fracasser contre les voitures qui passent ?

Je crois que les personnes qui ne peuvent pas s’encadrer les gros – non pas parce qu’elles manquent de place – ont l’esprit un peu tordu. C’est comme si l’image qui leur était renvoyée était celle de l’antithèse de toutes les privations qu’ils s’imposent pour rentrer dans le moule diktat de la silhouette soi-disant idéale dans la tendance du moment. Dans leur tête c’est comme si les personnes obèses les dégoûtaient car elles seraient l’incarnation de tous ces excès contre lesquels il a fallu lutter mais qui font drôlement envie quand même.

Et voyez-vous c’est là que le bât blesse. On se doute bien qu’il ne faut pas être particulièrement fute-fute pour être un grossophobe, pour préférer la haine à l’empathie et la bienveillance, car c’est fou à quel point les raccourcis sont faciles à faire. Quand ils voient un gros, ils se le figurent en train de se goinfrer de la plus sordide des manières. Comme s’il n’y avait qu’une seule manière de prendre du poids plus qu’on le souhaiterait. Comme si ceux qui luttaient au quotidien contre leurs démons intérieurs, ou autres pathologies, choisissaient délibérément d’abîmer leur corps comme s’ils étaient plongés vers un suicide organisé sur le long terme.

On atteint le pompon, une sorte de quintessence, de comble de la grossophobie, quand … ce sont des personnes elles-mêmes en surpoids qui font la fine bouche. En fonction de leur sphère de responsabilité et d’autorité, elles feront la chasse aux autres gros ou se transformeront en père ou mère la vertu. Elles oublieront qu’on les voit hein … mais vous tiendront un discours visant à vous faire comprendre que si t’es gros vaut mieux ne pas se montrer et mettre ses ambitions au placard. Là faut aller voir un psy, c’est mieux, y’a des trucs à régler.

Quand on est en surpoids, et je sais de quoi je parle, on tente de se rassurer en sortant cette expression toute faite « il vaut mieux faire envie que pitié », genre j’ai beaucoup de chair parce que j’ai les moyens de me nourrir contrairement à d’autres. Mais en vrai, ce n’est ni l’envie, ni la pitié, qu’il faut susciter, c’est l’indifférence. Les fondations du règne de la futilité et de l’apparence chancellent en fait déjà sous le poids du bon sens et de l’intelligence.

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