EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

La race des seigneurs – Edito 27/05/2019

En 2017 c’étaient les présidentielles, et l’an dernier les territoriales. Ce furent les deux périodes à l’occasion desquelles je me suis rendu compte à quel point localement la dévotion, la servilité, la fanatisation, était orchestrée à coup de promesses folles et d’instrumentalisation des peurs. Tous semblent se donner le mot pour que, selon l’expression consacrée, le fameux « petit tetuanui » reste un bétail docile et serve les desseins de celui qui le guide, le plus souvent d’ailleurs dans l’antichambre de l’abattoir plutôt que dans les verts pâturages.

Aussi lors de cette campagne des européennes j’ai préféré prendre un peu de distance, voir, écouter, sans rien dire ni écrire. Et avec le recul c’est encore plus flagrant. Je ne désignerai personne en particulier tout le monde n’est pas à mettre dans le même sac. Toutefois il y a sous nos latitudes surtout un très gros problème de maturité politique outre le non moins alarmant souci de renouvellement de la classe. L’ego paraît continuer de prendre largement le dessus sur le QI et la culture générale. Des effets de manches oratoires téléphonés et manquant cruellement de talent sont mixés à quelques blagues ou allusions graveleuses et donnent l’illusion de galvaniser les troupes. En fait quelle que soit l’époque et le type d’écran de fumée que l’on diffuse pour tromper les apparences, celles-ci sont prisonnières d’un système où comme le politique est au centre de toute décision de la vie de la, petite, cité, il est donc bon de ne pas se griller. On met sa fierté au placard, on fait bonne figure.

Le paraître prend le dessus sur l’être alors que c’est tout le contraire qui est censé faire l’essence de la politique. Les convictions et la lutte pour un idéal sociétal sont coiffées au poteau par les jeux de pouvoir. Même la scénographie est surannée, notamment lorsque des agapes servant à fédérer les troupes sont mises en scène comme un cénacle faisant face aux tables des gueux mais où tous ripaillent. Je l’ai vu de mes propres yeux et je ne pensais pas que cela existait encore ailleurs que dans ma série préférée Game of Thrones.

Il y avait aussi des braillards qui roulent des mécaniques, en tout cas qui donnent l’illusion d’avoir la carrosserie mais qui n’ont en fait pas le moteur censé aller avec, argumentent sans conviction sur le revirement des fondamentaux de leur parti et alimentent en fait un flou dans lequel finalement plus nombreux seront ceux à s’y perdre. Soit.

Mais un des pompons de cette campagne fut sans doute atteint lorsque la propagande électorale a asséné à la télévision cet argument imparable afin de nous inciter à voter dans le bon sens, je cite : « ne réfléchissez pas ». Excusez les quelques mestres restants qui s’obstineront au contraire à permettre aux manants de s’affranchir du joug de la caste des régnants en les encourageant à pratiquer leur libre arbitre.

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La race des seigneurs – Edito 27/05/2019