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La région Provence-Alpes-Côte-d'Azur malade de ses déchets

Marseille (AFP) – Des tonnes de plastique recyclable mais non recyclé, des déchets dangereux dans des installations non homologuées, ou encore des gravats de chantiers déversés au bord de la route: la région Provence-Alpes-Côte d’Azur est débordée par ses déchets.

Alors qu’en moyenne en France, 270 kilos de déchets par an et par habitant ne sont pas recyclés, en Paca le tas d’ordures non « valorisées » grimpe à 400 kilos par an et par habitant, selon l’Observatoire régional des déchets.

Un état des lieux constaté au quotidien par ses habitants, et confirmé par une enquête de la Dreal (Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement) fin novembre. Les services de l’Etat ont inspecté sans préavis les 15 décharges de Paca, et leur conclusion est alarmante: plus de la moitié sont en infraction. Plusieurs procès-verbaux ont été transmis aux procureurs de la République. 

« Derrière ces contrôles inopinés, l’idée était de s’assurer de la qualité des déchets admis et des contrôles d’accès », explique à l’AFP Eric Legrigeois, directeur adjoint de la Dreal. Résultat: « on a vu des bennes entières d’emballages plastique, des pneus » dans des installations de stockage qui ne doivent accueillir que des déchets dits « ultimes », qui ne peuvent pas être recyclés. 

Les contrôles d’accès sont très lacunaires: « les exploitants de décharge sont dans une logique de remplir rapidement leur installation pour le moindre coût, et une personne qui contrôle à l’entrée toute la journée représente des frais ». 

Un gâchis pour le recyclage, mais aussi un risque pour l’environnement. Des déchets dangereux (chimiques, explosifs ou infectieux) y entrent parfois sans problème.

– déchets industriels toxiques –

Sur les hauteurs de Septèmes-les-Vallons, au nord de Marseille, des nuées d’oiseaux signalent la décharge Valsud, gérée par Veolia. Depuis des années, les riverains s’inquiètent du niveau insoutenable des odeurs provenant de la décharge et du dépérissement de la végétation aux alentours. 

Un laboratoire indépendant saisi par les habitants, Analytika, a démontré « une forte pollution du site et des alentours par divers effluents toxiques gazeux et liquides, en particulier le benzène, un cancérigène humain connu ». Le laboratoire met en cause la présence sur le site de déchets industriels toxiques ainsi que des « fuites et débordements des bacs de rétention de lixiviats (eau pluviale polluée) ». Analytika a aussi constaté un dépérissement des arbres dans la partie de pinède située à proximité immédiate du site de Valsud. 

« Pas étonnant », réagit une source proche du dossier, qui relève des « problèmes de sécurité, d’accès ». La décharge, qui doit fermer en 2022, « n’a pas tout ce qu’on demande aujourd’hui » en matière d’étanchéité des sols, ajoute-t-elle.

En 2011, Valsud avait été mise en demeure car elle avait augmenté sa capacité d’accueil sans en avoir informé la Dreal. Aujourd’hui la direction de Veolia assure que le site de Valsud n’a « aucun problème d’étanchéité  » et qu' »aucun vidage n’a lieu sans la présence du contrôleur à déchets ». D’après ses propres tests, « aucune pollution n’est avérée ».

Pour Jacky Bonnemains, porte-parole de l’association écologiste « Robin des bois »: « il faut que les gens et les gestionnaires comprennent qu’en envoyant n’importe quoi dans les décharges, ils contribuent à polluer les eaux souterraines et à propager des incendies ». 

Dans certaines installations non sécurisées, la présence de déchets combustibles comme des pneus fait en effet courir des risques: « on a eu plusieurs incendies l’été dernier sur des décharges, avec le vent ça va très vite », raconte Eric Legrigeois. 

– « Pas un pour rattraper l’autre » –

Certaines décharges sont gérées par des collectivités, d’autres par des entreprises privées. Mais, comme l’a confié à l’AFP un fonctionnaire sous couvert d’anonymat, parmi ces opérateurs privés, « il n’y en a pas un pour rattraper l’autre ». Jacky Bonnemains souligne « une espèce de connivence entre collectivités et exploitants de décharges car une décharge qui se remplit rapporte beaucoup d’argent ».

Mais pour le porte-parole écologiste, le problème relève surtout d' »un laisser-aller qui commence chez les individus, se poursuit dans les déchetteries puis les décharges ». La région Paca « vient de loin », insiste Jacky Bonnemains, qui trouve une excuse à ses 5 millions d’habitants: les 30 millions de touristes par an, dont 15 millions de campeurs, « de gros producteurs de déchets ».

L’appropriation des gestes de tri, notamment du côté des jeunes, serait encore balbutiante dans la région, selon M. Bonnemains. L’association France Nature environnement (FNE) souligne aussi « un manque de clarté et d’harmonisation au niveau régional concernant la collecte: signalétique, consignes… »

Mais les plus gros producteurs de déchets restent « les industriels qui vont aller là où ça coûte le moins cher, quitte à cacher 20% de déchets dangereux au fond d’une benne de déchets ultimes », pointe du doigt le directeur adjoint de la Dreal. 

La disparité des installations sur le territoire est aussi source de mauvaises pratiques. « Il faut que chacun prenne sa part », note Eric Legrigeois. Les Alpes-Maritimes, qui ne comptent pas d’installation, continuent ainsi d’envoyer une grande partie de leurs déchets dans les Hautes-Alpes et les Bouches-du-Rhône.

« Les collectivités ont du mal à se saisir de ce sujet, qui n’est pas porteur électoralement », explique-t-il. Las de parcourir des kilomètres, certains entrepreneurs peu scrupuleux déchargent leurs gravats, bidons et ferrailles dans des terrains vagues, comme dans ce stade de Marseille, dans le quartier Saint-Menet, transformé en décharge sauvage.

Les Régions héritent avec la loi NOTRe de la compétence de programmation des équipements de regroupement, de tri, de valorisation et de traitement ultime des déchets. La Région Paca a voté un programme « Zéro plastique en décharge en 2020 », notamment à l’aide d’un bus d’éducation à l’environnement dans les communes littorales cet été.

FNE, qui déplore que l’économie circulaire n’ait pas du tout été abordée dans les plans départementaux, pour favoriser le réemploi, le recyclage, l’éco-conception, espère que la Région prendra cet aspect en compte dans son plan de gestion, et travaillera en concertation avec les associations écologistes.

A Saint-Menet, un quartier de Marseille, le 25 janvier 2017. © AFP

© AFP ANNE-CHRISTINE POUJOULAT
A Saint-Menet, un quartier de Marseille, le 25 janvier 2017

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