INTERNATIONAL

La Russie intraitable sur le départ des rebelles d'Alep

Alep (Syrie) (AFP) – La Russie, alliée du régime de Damas, a martelé vendredi que l’offensive syrienne ne cesserait à Alep qu’après le départ de tous les rebelles, qui sont assiégés dans leur dernier carré avec des dizaines de milliers de civils sous un déluge de feu. 

Alors que les civils continuent de payer un très lourd tribut dans cette guerre, l’ONU a affirmé que des groupes rebelles et jihadistes empêchaient des habitants de quitter la zone des combats à Alep, allant jusqu’à tirer sur ceux qui fuient. Elle s’est aussi dite préoccupée par des informations sur la disparition de centaines d’hommes s’étant réfugiés dans les zones contrôlées par le régime.

Malgré la suspension de leurs raids aériens dévastateurs, les troupes du régime bombardaient intensément les quelques quartiers encore aux mains des rebelles dans la partie orientale d’Alep, la deuxième ville du pays et principal front de la guerre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) et un correspondant de l’AFP.   

L’armée du président Bachar al-Assad a réussi à s’emparer de 85% des quartiers rebelles depuis le début de son offensive aérienne et terrestre le 15 novembre pour reprendre l’ensemble de la cité. Fort de ces succès, M. Assad a exclu une trêve et estimé qu’une victoire à Alep serait une étape cruciale pour la fin du conflit. 

Mais jeudi, à la surprise générale, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov annonçait « l’interruption des opérations de combat » à Alep pour évacuer quelque 8.000 civils, avant de lancer que l’offensive se poursuivrait jusqu’au retrait de tous les rebelles.

« Après la pause humanitaire, (les frappes) ont repris et continueront tant que des bandits seront à Alep », a-t-il déclaré à Hambourg en Allemagne, utilisant le mot bandit pour faire référence aux insurgés.

– ‘Civils empêchés de fuir’ –

A Moscou le ministère de la Défense a affirmé que « 10.724 personnes, dont 4.015 enfants, ont quitté ces dernières 24 heures les quartiers encore contrôlés par les rebelles d’Alep-Est. Et 30 rebelles ont déposé les armes (…) ». Il n’était pas possible de vérifier ces chiffres sur place. 

Malgré l’exode de dizaines de milliers de civils devant l’avancée fulgurante des forces progouvernementales, un grand nombre restent assiégés dans moins d’une dizaine de quartiers rebelles. Occidentaux et organisations internationales n’ont de cesse de dénoncer une situation humanitaire catastrophique et de réclamer un cessez-le-feu.

Selon le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, Rupert Colville, « certains civils qui tentent de s’enfuir (d’Alep-Est) sont apparemment bloqués par des groupes armés de l’opposition, notamment le front Fateh al-Cham », ex-Front al-Nosra. 

Il a aussi souligné que l’ONU, « bien qu’il soit difficile de vérifier les faits dans une situation changeante et dangereuse, (a) entendu des allégations très inquiétantes selon lesquelles des centaines d’hommes auraient disparu après être passés dans les zones contrôlées par le gouvernement » à Alep.

Les Casques Blancs, ces secouristes opérant dans les secteurs rebelles, ont lancé de leur côté un appel désespéré aux organisations internationales pour qu’ils leur assurent un passage sûr. « Si nos volontaires ne sont pas évacués, ils risquent la torture ou l’exécution dans les centres de détention du régime ».

Selon le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane, l’annonce russe d’un arrêt des opérations de combat était « purement médiatique ». « Mais sur le terrain, les bombardements continuent car le régime ne veut pas donner de répit aux rebelles ou aux civils ».

Après une légère baisse jeudi soir, « les violents tirs d’artillerie ont repris vendredi sur plusieurs quartiers assiégés (d’Alep-Est) et de violents combats se déroulaient, notamment à Boustane al-Qasr », un des derniers quartiers importants encore aux mains des insurgés, a-t-il précisé.

– Tractations diplomatiques –

Les bombardements ont été intenses toute la nuit, a également rapporté un journaliste de l’AFP à Alep-Est.

Pour les observateurs, la chute d’Alep semble inéluctable et les rebelles sont sur le point de perdre leur plus important bastion en Syrie. Une telle perte constituerait un tournant dans cette guerre qui a fait depuis mars 2011 plus de 300.000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population syrienne.

Les tractations diplomatiques se sont poursuivies même si la communauté internationale semble incapable de peser sur la situation.

M. Lavrov, dont le pays est engagé militairement en Syrie auprès du régime depuis septembre 2015, a annoncé des discussions militaires et diplomatiques russo-américaines sur Alep samedi à Genève, après des échanges avec son homologue américain John Kerry cette semaine.

A New York, l’Assemblée générale de l’ONU doit voter vendredi sur un projet de résolution -non contraignante- demandant un cessez-le-feu immédiat en Syrie et un accès pour les convois humanitaires.

Depuis le début de l’offensive à Alep, près de 410 civils ont été tués dont 45 enfants à Alep-Est, selon l’OSDH. Au moins 105 civils, dont 35 enfants, l’ont été à Alep-Ouest resté sous contrôle gouvernemental.

Des civils ayant fui les les violences, le 8 décembre 2016 à Maysaloun un secteur d'Alep-Est. © AFP

© AFP Youssef KARWASHAN
Des civils ayant fui les les violences, le 8 décembre 2016 à Maysaloun un secteur d’Alep-Est

Article précedent

Pollution: pas de circulation alternée samedi à Lyon

Article suivant

Le Japon a lancé un engin de nettoyage des déchets de l'espace

Aucun Commentaire

Laisser un commentaire


Dernières vidéos

PARTAGER

La Russie intraitable sur le départ des rebelles d'Alep