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La Russie rend hommage à son ambassadeur assassiné

Istanbul (AFP) – La Russie rend jeudi un hommage national à son ambassadeur assassiné en Turquie, un meurtre qu’Ankara attribue au réseau du prédicateur Fethullah Gülen alors que Moscou juge qu’il est trop tôt pour désigner les responsables.

Le corps de l’ambassadeur Andreï Karlov, rapatrié mardi en Russie, doit être inhumé après une cérémonie d’hommage à laquelle assistera notamment le président Vladimir Poutine, a indiqué le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé mercredi que le policier qui a abattu l’ambassadeur appartenait au mouvement du prédicateur Fethullah Gülen, qui vit en exil aux Etats-Unis.

Le réseau guléniste, à qui Ankara impute aussi le putsch avorté de la mi-juillet, a été mis en cause dès mardi soir, à peine 24 heures après l’assassinat, par le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, et M. Erdogan a enfoncé le clou mercredi.

« C’est un membre de l’organisation terroriste FETO, il n’y a pas besoin de dissimuler cela », a déclaré M. Erdogan lors d’une conférence de presse à Ankara, utilisant l’acronyme qui désigne le réseau de M. Gülen. 

Les éléments « le montrent », a-t-il affirmé, évoquant « l’endroit où il a été éduqué » et « ses relations ».

– ‘Une provocation’ –

Le spectaculaire assassinat est survenu en plein réchauffement des relations entre Ankara et Moscou qui ont parrainé une trêve ayant permis d’entamer l’évacuation de la partie est d’Alep tenue par les rebelles. Les deux pays ont dénoncé une « provocation » visant à saboter leur coopération.

Sous l’objectif des caméras, Mevlüt Mert Altintas, un policier turc âgé de 22 ans, a tué lundi de neuf balles l’ambassadeur Andreï Karlov, avant d’être lui-même abattu, après avoir lancé « Allah Akbar » et affirmé vouloir venger Alep.

Malgré ces déclarations qui semblent lier le meurtre à la situation en Syrie, où la Russie soutient militairement le pouvoir du président Bachar al-Assad, les enquêteurs turcs suivent, selon les médias, la piste du réseau de Fethullah Gülen, bête noire du président Erdogan qui l’accuse d’avoir ourdi le putsch manqué.

« Je suis obligé de dire encore une chose (…) Cette vile organisation existe encore dans les rangs de notre police, tout comme dans notre armée », a déclaré M. Erdogan.

Mais le porte-parole du Kremlin a souligné l’importance d' »attendre les résultats du travail du groupe d’enquête », ajoutant qu’il ne fallait « pas tirer de conclusions hâtives tant que l’enquête n’avait pas déterminé qui est derrière l’assassinat de notre ambassadeur ».

Fait inédit, la Turquie a accepté la participation aux investigations de 18 enquêteurs russes, dépêchés par Moscou et qui ont pris part, à Ankara, à l’autopsie du corps d’Andreï Karlov.

– ‘Des preuves solides’ –

« Il est vraisemblable que les Russes ne se satisferont pas d’explications comme +L’assassin de Karlov est un guléniste+ », remarquait mercredi Murat Yetkin, rédacteur en chef du quotidien turc Hürriyet. « Ils demanderont des preuves solides », ajoutait-il.

Selon les médias turcs, les enquêteurs ont trouvé des livres sur l’organisation guléniste lors de la perquisition du domicile de Mevlüt Mert Altintas, et passaient en revue les relations nouées par le policier.

Les autorités retenaient mercredi 11 personnes en garde à vue, dont plusieurs proches du tireur, qui servait depuis deux ans et demi dans les forces de police anti-émeutes à Ankara.

Selon un chroniqueur de Hürriyet, Abdulkadir Selvi, le jeune policier a été membre du dispositif de sécurité entourant le président Erdogan à huit reprises depuis le putsch manqué en juillet.

Outre le putsch avorté, dans lequel M. Gülen dément toute implication, le gouvernement turc présente souvent ce prédicateur comme la principale source des maux dont souffre le pays.

Après l’assassinat de l’ambassadeur, M. Gülen, dont Ankara réclame en vain l’extradition des Etats-Unis depuis le putsch raté, s’était dit « choqué et profondément attristé ». 

Mardi soir, M. Cavusoglu avait affirmé à son homologue américain John Kerry que « la Turquie et la Russie savent que derrière l’attaque (…) il y a FETO ».

« Nous devons laisser les enquêteurs faire leur travail », a déclaré le porte-parole du département d’Etat américain, John Kirby, soulignant la nécessité de suivre « les faits et les preuves » avant de « tirer des conclusions hâtives ».

Des fleurs déposées en hommage à Andreï Karlov, l'ambassadeur russe assassiné à Ankara, le 20 décembre 2016 au ministère des Affaires étrangères à Moscou. © AFP

© AFP Natalia KOLESNIKOVA
Des fleurs déposées en hommage à Andreï Karlov, l’ambassadeur russe assassiné à Ankara, le 20 décembre 2016 au ministère des Affaires étrangères à Moscou

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