Radio1 Tahiti

La stratégie Indo-Pacifique de la France à l’épreuve de la Nouvelle-Calédonie

Exercice RIMPAC 2024/ Min.Armées

Profitant de l’accalmie qui fait suite à la signature de l’Accord de Bougival, la France a publié le 18 juillet l’actualisation de sa stratégie Indo-Pacifique, promise depuis de longs mois. La France continue de se voir comme une « puissance d’équilibre » dans la région, et mise autant sur des moyens militaires somme toute limités que sur la construction de nombreux partenariats pour convaincre de la force du multilatéralisme et de son attachement à la démocratie. Sa capacité à accompagner la Nouvelle-Calédonie dans la recherche de solutions institutionnelles et économiques, et à y maintenir une présence, sera très importante pour la crédibilité de cette construction géopolitique.

Quatre grands axes composent la stratégie française de l’Indo-Pacifique actualisée. Le premier est « le renforcement de ses collectivités ultramarines ». Dépenses de défense, accent mis sur la cybersécurité, soutien aux organisations régionales sont les instruments de ce renforcement. Des collectivites ultramarines « qui sont à la fois les principaux acteurs et bénéficiaires de cette stratégie indopacifique » – une affirmation encore discutable pour leurs populations ; on se souvient que les collectivités d’Outre-mer n’avaient pas vraiment été associées à l’élaboration de cette stratégie en 2017-2018. Elles ne sont guères citées dans ce nouveau document, hormis pour pointer leur intégration dans des instances et des programmes régionaux.  On peut noter que dans ce tableau le président polynésien Moetai Brotherson joue un rôle non négligeable, en se présentant comme l’ambassadeur de la préservation des océans, le pourfendeur de l’exploitation des ressources minières sous-marines, et une sorte d' »insider » sur le développement des capacités numériques dans la région.

Deuxième axe, la « consolidation des partenariats de souveraineté » sur plusieurs plans :  dans la sécurité et la défense (exercices militaires conjoints, appui à la formation des forces armées de la région, coopération humanitaire), dans l’économie et la transition énergétique (où les entreprises françaises sont mises en avant), et dans le climat et la santé (grâce aux financements fléchés de l’AFD, et la défense des accords internationaux.

Troisième axe, le « soutien au multilatéralisme », l’occasion d’affirmer « la centralité de l’ASEAN » (L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est) dans laquelle la France ambitionne un siège de « partenaire de dialogue ».

Quatrième axe, « l’appui à la stratégie européenne dans la zone« , par son rôle dans les divers partenariats que la France dit vouloir renforcer, citant notamment le travail sur les routes maritimes critiques, sur la sécurité des ports et sur les accords commerciaux.

« Alliée, mais non alignée »

La France revendique un « positionnement unique ». Depuis 2017 Emmanuel Macron n’a cessé de mettre en garde contre les « nouveaux impérialismes », mobilisant la thématique de la « troisième voie » face aux Etats-Unis et à la Chine. Ce discours n’a pas toujours été bien perçu dans la région, notamment par les pays membres du Forum des îles du Pacifique très engagés dans le projet des Routes de la soie, ni même par l’Australie. La méfiance envers l’héritage nucléaire de la France persiste également dans la région Pacifique.

Lors de sa tournée en Asie du Sud-Est en mai dernier, le Président de la République a présenté la France comme un partenaire « fiable », respectueux des souverainetés, qui représente la stabilité face non seulement aux appétits commerciaux et militaires chinois, mais aussi face à la politique extérieure brouillonne des États-Unis qui inquiète de grands pays comme le Japon ou la Corée du Sud. « Alliée, mais non alignée », comme elle se décrit dans la dernière mouture de sa stratégie indopacifique, la France, qui se fait aussi l’ambassadrice de l’Union européenne, sera peut-être perçue différemment dans ce nouveau contexte.

Mais pour que ce narratif gagne en crédibilité, la capacité de la France à sortir la Nouvelle-Calédonie de l’impasse sera scrutée, car sans le Caillou l’Indo-Pacifique français serait indiscutablement amoindri. Il lui faudra parvenir à créer un nouveau mode d’association politique avec la Nouvelle-Calédonie, à accompagner économiquement ce territoire où le modèle du nickel a échoué, et à y maintenir une présence stratégique, pour démontrer ce pragmatisme dont elle se réclame.

 

.