EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

La viralité de la déraison – Edito 30/01/2020

On sent quand même que ça ne tient pas à grand-chose. C’est à se demander si au final ce n’est pas une caractéristique de notre espèce de péter un câble à la moindre occasion, d’être susceptible de sombrer dans la plus anarchique des paniques dès les premiers signes de tension supérieure à la moyenne.

Parce que bon, je veux bien qu’au nom du principe de précaution, on aille s’acheter des masques en pharmacie, mais qu’on en vienne à regarder de travers tous les chinois qui passent, même les locaux, et qu’en métropole ils en soient réduits à ne plus fréquenter les restos asiatiques, y’a un souci. Et que dire de ceux qui se mettent à poser des questions assez pathétiques sur les réseaux sociaux ? Du genre « et si un chinois a toussé dans mon colis Aliexpress avant de me l’envoyer, est-ce que je peux être contaminé ». (bruit de toux) Et là t’es en train de flipper, tu penses que tu peux tomber malade rien qu’en m’ayant entendu éructer à la radio ? Ca fait vraiment mal au crâne à force.

Je disais que ça ne tenait pas à grand-chose car on sent les graines de la panique généralisée potentielle prêtent à germer. Le réflexe de faire des réserves de nourriture et d’eau n’est pas loin, et celui de défendre sa vie à tout prix pas si éloigné que ça non plus. Pour ne pas risquer d’attraper une grippe proportionnellement moins mortifère que la grippe saisonnière en France, j’en vois certains qui sont prêts à tous les extrêmes.

Je suis un absolu convaincu et depuis longtemps du potentiel réel de la théorie de l’ensauvagement des populations. Quand toute rationalité quitte subitement le cerveau humain, quand dans un état de panique total on en revient au rang de bête pour laquelle l’usage de la violence sans limite devient l’unique recours pour assurer sa survie : c’est la civilisation qui s’effondre.

Pour se donner une chance de survie donc, l’humain, totalement décomplexé, à tout instant peut se renier en tant qu’espèce dotée d’intelligence et de conscience. Il va piller les ressources disponibles – de nos jours ça en revient à faire des razzias dans les supermarchés pour stocker – et il va se méfier de tout et de tout le monde et fomentera des plans pour que d’autres ne le privent pas de ce dont il pourrait avoir besoin. Alors survivre oui, mais survivre dans un monde à la Mad Max, on a rêvé mieux.

Notre capacité à éprouver de l’empathie et de la bienveillance, à rester rationnels face au danger en pensant à soi mais aussi aux autres est mise à mal régulièrement et ce, depuis toujours. Toutefois nous n’avons jamais eu à ce point dans toute l’histoire de l’humanité les moyens technologiques pour que notre déraison devienne virale et sonne le glas pour tout le genre humain.

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