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L'amélioration du marché de travail marque une pause

Paris (AFP) – Un nuage passe dans le ciel de la reprise: après deux mois de baisse, le chômage est reparti en légère hausse en mai, une dégradation que le gouvernement attribue notamment aux grèves contre la loi travail et aux inondations.

Fin mai, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité (catégorie A) s’est établi à 3,52 millions de personnes en métropole, soit 9.200 (+0,3%) de plus qu’en avril, a annoncé vendredi le ministère du Travail. La hausse est plus marquée (+0,6%) en incluant l’Outre-mer et les demandeurs exerçant une activité (catégories B et C), pour un total de 5,73 millions.

Selon le ministère du Travail, interrogé par l’AFP, « les mouvements de grève (contre la loi travail notamment, NDLR) ont nécessairement eu un impact sur l’activité », au même titre que « l’effet inondation », même si leurs méfaits sur l’emploi « ne sont pas chiffrés ».

Le Medef est encore plus direct, jugeant que « la timide reprise a été entravée par les blocages ».

Quant à FO, l’un des fers de lance des grèves et manifestations, il dénonce « une précarisation (qui) s’installe avec toujours plus de contrats courts », une situation que « le projet de loi travail va accentuer ».

Cette publication intervient après deux mois consécutifs de baisse du chômage, ce qui constituait une série inédite depuis début 2011. L’indicateur de Pôle emploi reste toutefois en baisse durant trois mois (-70.700, -2,0%) et en un an (-34.400, -1,0%).

Pour l’économiste Mathieu Plane (OFCE), la hausse de mai n’est qu’une « petite correction assez minime, qui ne remet pas en cause la baisse significative enclenchée » depuis le début de l’année.

Ces chiffres étaient prévisibles, certains observateurs redoutant un « effet de bascule » après un mois d’avril marqué par une « hausse inhabituellement forte » (+25%) des sorties pour défaut d’actualisation. A la fin de chaque mois, les demandeurs d’emploi sont tenus de déclarer leur situation à Pôle emploi, sous peine d’être radiés d’office.

– Nombreuses entrées en formation –

Dans le détail, l’amélioration de la situation des jeunes (moins de 25 ans) a connu un coup d’arrêt, avec 4.400 chômeurs supplémentaires (+0,9%). Mais la tendance reste bonne: -7,6% en un an.

Quant aux seniors (plus de 50 ans), leur horizon s’éclaircit pour le troisième mois consécutif (-0,1% en mai, -1,3% en trois mois), mais leur situation reste dégradée en un an (+4,2%). Selon Myriam El Khomri, les baisses récentes témoignent « d’une amélioration en profondeur de la situation sur le marché du travail ».

Même constat pour le chômage de longue durée, qui perd de nouveau du terrain (-0,6% en un mois, -1,3% en trois mois) après avoir augmenté constamment depuis 2008.

Mais le mois de mai a aussi été marqué par une forte hausse des entrées en formation. « On voit les premiers effets du plan de 500.000 formations » supplémentaires pour les chômeurs, lancé en début d’année, et « ça va s’amplifier », anticipe Mathieu Plane. « Cela minimise un peu la hausse » de mai, ajoute-t-il.

En entrant en formation, les demandeurs d’emploi passent dans la catégorie D des listes de Pôle emploi ; celle-ci a augmenté de 13.800 personnes (+4,9%) le mois dernier et s’est établie à un niveau jamais atteint depuis que Pôle emploi répertorie ces demandeurs d’emploi.

Lors du lancement du plan 500.000, beaucoup dénonçaient une tentative de faire baisser artificiellement le chômage, alors que le président conditionne sa candidature en 2017 à une baisse « crédible » du chômage.

Illustration: selon les dernières prévisions de l’Insee, le taux de chômage, aujourd’hui établi à 9,9% en métropole, devrait descendre jusqu’à 9,5% fin 2016, mais un quart de cette baisse (0,1 point) résulterait du plan 500.000.

L’Institut donne tout de même des raisons d’espérer une reprise « réelle » sur le front de l’emploi, tablant sur 139.000 créations nettes d’emplois privés en 2016, à la faveur d’une accélération de la croissance (1,6% prévu en 2016).

Mais « la vraie incertitude, maintenant, c’est le +Brexit+. Cela peut créer de l’attentisme du côté des entreprises, jouer un peu sur l’investissement », estime M. Plane. Selon lui, le Brexit « est un peu le saut dans l’inconnu ».

Le logo d'une agence  Pole Emploi à Montpellier, dans le sud de la France le 27 avril 2016. © AFP

© AFP/Archives PASCAL GUYOT
Le logo d’une agence Pole Emploi à Montpellier, dans le sud de la France le 27 avril 2016

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