
L’Arbre de l’homme fait partie de l’œuvre foisonnante d’un grand auteur australien, Patrick White. Tous les romans de cet écrivain australien, mort en 1990, le seul Océanien à avoir reçu le Prix Nobel de littérature, étaient traduits chez Gallimard, sauf celui-ci. L’éditeur d’Au Vent des îles Christian Robert et l’auteur et traducteur David Fauquemberg ont fait le pari de proposer ce « monument » de près de 600 pages en français et c’est un grand succès. Le magazine Télérama souligne même qu’Au Vent des îles « a réparé l’oubli » des éditions Gallimard.
C’est un roman inédit que les éditions Au Vent des îles ont publié il y a quelques semaines : L’Arbre de l’homme est la première traduction en français de The Tree of man de l’Australien Patrick White. Tous les livres de cet auteur, Prix Nobel de littérature, parus entre 1939 jusqu’à son décès en 1990, ont été traduits en français aux éditions Gallimard. Tous sauf un : The Tree of Man paru en 1955.
Un texte que l’auteur et traducteur David Fauquemberg, dont un roman a été publié chez Au Vent des îles, connaissait bien. Il l’avait découvert par hasard il y a déjà plusieurs années alors qu’il vivait en Australie. « Ce livre m’a attiré, non seulement pour sa très belle couverture, mais aussi parce que le titre est magnifique : The Tree of Man, l’arbre de l’homme littéralement. De Patrick White, que je ne connaissais pas du tout parce qu’il est très peu connu en France, même aujourd’hui. Il a été traduit dans les années 60-70, mais il n’est pas étudié du tout à l’université ni à l’école. Il est très peu connu. Et donc, j’ai pris ce livre, je suis rentré chez moi, j’ai commencé à le lire. Et là, ça a été un choc vraiment énorme pour moi, émotionnel, littéraire. C’est comme si ce livre avait été écrit pour moi. Et j’ai été complètement scotché en lisant ce texte, alors que mon anglais n’était pas très bon à l’époque. »
À l’époque, David Fauquemberg a un anglais plutôt scolaire. Il découvre un texte d’une grande finesse littéraire et il mettra du temps pour en comprendre toutes les nuances, mais il est emporté par son histoire. Une histoire très simple : Stan et Amy Parker se marient, construisent leur maison dans un petit village du bush australien, font des enfants et affrontent les épreuves de la vie.
Traduire 600 pages : « trop compliqué »
Patrick White s’attache à trouver l’extraordinaire dans l’ordinaire. Cette poésie des moments du quotidien, des pensées qui nous traversent, des épreuves de la vie, des amis qui vont et viennent, d’une communauté qui se serre les coudes, bouleverse David Fauquemberg. Il va alors lire tout ce qu’il trouve sur Patrick White et découvre que The Tree of Man n’est pas traduit en français contrairement au reste de son œuvre. Les années passent et il garde ce livre dans un coin de sa tête, trouvant dommage que les lecteurs francophones ne puissent y avoir accès et réfléchissant à sa traduction. Mais il imagine que 600 pages à traduire, c’est compliqué pour lui et compliqué pour un éditeur.
C’est lors d’une soirée que Christian Robert, fondateur et gérant d’Au Vent des îles, lui pose une question : quel livre voudrait-il traduire ? La réponse fuse : The Tree of Man. L’éditeur a confiance et le lendemain il rappelle David Fauquemberg pour lui dire qu’il est d’accord pour publier ce livre en français. Il s’est renseigné et il a obtenu les droits du roman.
« Un gros investissement pour l’éditeur »
La traduction de The Tree of Man a demandé une année entière de travail. Un vrai « défi » pour David Fauquemberg, qui a, depuis le temps, bien progressé en anglais jusqu’à devenir un traducteur reconnu dans le métier, mais qui considère toujours The Tree of Man comme le chef d’œuvre du Prix Nobel australien et un véritable « monument ».
C’est donc aujourd’hui une grande satisfaction de le voir sur les présentoirs des librairies sous le titre L’Arbre de l’homme. Un roman salué par la presse française et même encensé par la critique. Le magazine culturel spécialisé Télérama parle d’une « œuvre majeure » et d’une « saga visionnaire ». « Pareille révélation littéraire procure une joie rare », est-il écrit. Télérama qui se demande comment les éditions Gallimard ont pu traduire Patrick White en laissant un tel texte de côté, et qui considère que Au Vent des îles « a réparé l’oubli ». Une question qui reste sans réponse du côté du traducteur ou de l’éditeur. Christian Robert est lui, ravi, d’avoir osé le faire : « C’est un gros investissement pour l’éditeur, puisque qu’on finance la traduction, la fabrication des livres, et c’est un gros livre, il fait 572 pages, il y a 1,2 million de signes à traduire, donc ce sont des sommes qui sont très importantes. Mais le choix me paraissait évident, d’abord parce que Patrick White est le seul prix Nobel océanien. Il se trouve qu’il est australien, c’était en 1973. L’Arbre de l’homme est sorti il n’y a pas longtemps, mais vu déjà l’emballement, à la fois de la presse et des libraires, on peut espérer que le pari n’était pas insensé. »
Et d’ailleurs « les commandes affluent », explique Christian Robert, qui envisage déjà un deuxième tirage.