EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

L’art … de critiquer – Edito 22/05/2017

Ce week-end on apprenait qu’une toile de Jean-Michel Basquiat s’était vendue pour 110 millions de dollars, soit environ 11 milliards de francs pacifiques. C’est un collectionneur japonais qui a décidé de surenchérir et de rendre cette vente historique. C’est en effet la première fois que l’œuvre d’un artiste né après 1945 est adjugée à un tel tarif.

Le tableau vendu 110 millions de dollars représente une tête noire sur un fond coloré dont le bleu prend le dessus. Si j’avais eu cette somme à disposition, je ne l’aurais pas acheté, parce qu’il ne me plait pas. Mais Basquiat s’il était encore vivant s’en foutrait royalement, car ce tableau il ne l’a pas fait pour moi. C’est une vision de son esprit, l’expression personnelle de son art. Accoucher d’une toile c’est pour un artiste peintre se déposséder de quelque chose soit dans l’optique de le transmettre, de le partager, ou juste parce que ça lui fait plaisir. Puisque selon l’adage bien connu tous les goûts sont dans la nature, il y aura bien quelqu’un chez qui ça fera tilt malgré tous ceux qui l’auront regardé de travers en tentant d’interpréter comme ça leur plait à eux la supposée démarche artistique qui ne leur parle pas. Et là c’est bien ce qui s’est passé, quelqu’un a lâché très gros.

Nous avons tous notre sensibilité, et jusqu’à se retrouver confronté à l’œuvre qui saura nous faire frémir car elle parlera à notre « moi » profond comme rien d’autre n’aura su le faire auparavant, nous devrions dans l’absolu faire preuve de davantage de modestie lorsque l’on se retrouve nez à nez avec quelque chose qui ne nous produit pas cet effet. Un artiste peintre expose en ce moment à Tahiti, et il communique sur les réseaux sociaux en mettant notamment en avant une de ses toiles qui représente Emmanuel Macron grimé en guerrier maohi. Que n’a-t-il pas fait là ? Comment a-t-il pu oser ? Pour qui il se prend ? J’ai lu des gens lui jeter l’anathème parce que « oh mon Dieu » il avait eu l’infamie de peindre en artiste libre une de ses vues de l’esprit. Qui a-t-il sali ? Quelle culture a-t-il souillée ? Personne, et aucune. Mais des bien-pensants à la peau bien pâle qui se veulent plus polynésiens que les polynésiens ont dans un élan de démagogie dégoulinant vomi sur l’artiste. Comme si à lui seul il était devenu par son supposé méfait le responsable de toutes les frustrations d’un décalage entre un idéal identitaire qu’on se rêve en secret mais qu’il ne faudrait surtout pas représenter au nom d’une fausse pudeur, et une réalité alternative dont il a absolument et légitimement le droit d’en dépeindre l’esprit à sa manière.

Pour que vive l’art, dans toutes ses expressions, y compris les plus polémiques et qui ont toutes un symbolisme qu’il faut simplement prendre le temps de chercher sans fainéantise, il est important de partir du principe qu’on ne possède sans doute pas le monopole du bon goût. Ainsi, un jour quelqu’un sera prêt à payer parce que lui il aura su le trouver.

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