EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

L’art du paraître ou la symphonie du creux – Edito 19/12/2017

Je lisais hier un article du magazine Les Inrockuptibles vraiment révélateur de notre époque. Il relevait en effet que « selon une étude réalisée en Inde, le « selfitis », alias l’addiction aux selfies, est un réel trouble comportemental ». Le degré de gravité est fonction du nombre de selfies que vous prenez, puis que vous postez chaque jour sur les réseaux sociaux. Il y a quelques mois j’avais consacré un édito à cette tendance qu’ont certains de considérer leur smartphone comme la version postmoderne du miroir de la reine maléfique dans Blanche Neige et les Sept Nains. Nous voici donc rentrés depuis un moment déjà dans l’ère où l’on mise tout sur le « paraître » plutôt que « l’être ». A ce petit jeu certains y perdent beaucoup. Ils auto-produisent une sorte de feuilleton dans le genre télé réalité dont ils sont la vedette, mais comme ces programmes on glorifie le « fake », c’est à dire le faux ou en tout cas le superficiel. Et je suis bien placé pour le savoir car j’ai failli me perdre en route en en produisant certains …

Et ça aussi c’est une tendance. Je suis encore bouche-bée de ce à quoi j’ai assisté dimanche soir sur France 2 où Laurent Delahousse interviewait de manière inédite notre Président de la République Emmanuel Macron. Les voilà debout tous les deux à déambuler de pièce en pièce dans l’Elysée en causant comme deux bons potes avec un niveau de connivence qui m’a mis mal à l’aise. A voir ce tour du propriétaire je m’attendais presque à une rupture de rythme qui pour le coup m’aurait fait applaudir des deux mains, où Emmanuel Macron se serait mis à prendre l’accent juif pied noir pour arriver à ses fins … « Laurent, t’as vu comme c’est beau ? La vérité mon bureau il te fait pas kiffer ? Quoi y’a trop de dorures ? Cinq sur toi ! Et alors qu’est-ce qui a tu veux voler ? J’ai pas assez bataillé pour en arriver là peut-être ?  Et attends tu as pas vu mon trône encore … ah bon on peut pas montrer les WC ? Tant pis. Et la cuisine on descend pas non plus ? Ah bon tu vas mettre lahchouma à la pauvre Brigitte alors qu’elle t’a préparée la Kemia ? Laïster Laurent. Bon alors quoi à combien je te le fais le palais ? ». Avouez que ça aurait été plus marrant que cette visite en mode Maison à vendre de Stéphane Plazza version « prise de tête ». A la limite Laurent Delahousse aurait fait la même chose dans la forme mais en posant des questions de bonhomme qui dérangent ce serait mieux passé.

Voilà donc l’enjeu, ne pas oublier que privilégier la forme au fond s’avère dans la grande majorité des cas une prise de risque dangereuse voire vouée à l’échec. Et ça les 30 personnes décédées cette année en prenant un selfie et qui ont oublié de faire marcher leur cerveau pour ne pas perdre la notion de l’espace et du temps l’ont appris à leurs dépens.

Article précedent

La révision du procès Pouvana'a saluée à l’unanimité

Article suivant

« Grand-père veut juste qu'on reconnaisse son innocence »

1 Commentaire

  1. David Ruffieux
    19 décembre 2017 à 23h42 — Répondre

    Aujourd’hui les héros ne sont plus ceux et celles qui se salissent les mains, se ruinent, et sacrifient leur santé et leur image pour des causes, non, ce sont les metteurs en scènes de leur propre vie qui savent utiliser brillamment les médias et réseaux reseaux. Nous sommes devenus leur public assidu, en espérant vainement leur ressembler.

Laisser un commentaire

PARTAGER

L’art du paraître ou la symphonie du creux – Edito 19/12/2017