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Le Forum des îles du Pacifique, à quoi ça sert ?

Né en 1971 « de la frustration des petits États insulaires de ne pouvoir aborder les questions politiques à la CPS, la Communauté du Pacifique », selon la chercheuse Nathalie Mrgudovic, le Forum des îles du Pacifique, qui s’est tenu toute la semaine à Apia, aux Samoa, est l’organisation « politique » régionale du Pacifique. Joue-t-il son rôle aujourd’hui ? À quoi sert-il ? Décryptage.

On se demande parfois pourquoi il y a autant d’organisations régionales dans le Pacifique. Il faut savoir qu’on ne parle pas des mêmes choses, et surtout pas de la même manière, au sein de la Communauté du Pacifique (CPS) et au sein du Forum des îles du Pacifique. Pour schématiser, la CPS s’occupe du développement scientifique et technique, quand le Forum est une organisation politique.

Il y a aujourd’hui 18 membres au Forum des îles du Pacifique : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, les Îles Cook, les États fédérés de Micronésie, les Fidji, Kiribati, Nauru, Palau, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, les Îles Marshall, les Salomon, les Tonga, Samoa, le Vanuatu, Niue, Tuvalu. Mais aussi, depuis l’an dernier, la Polynésie française et la Nouvelle-Calédonie. Certains territoires ont aussi le statut d’observateur, comme Wallis et Futuna, et on retrouve enfin des organisations comme les Nations unies et le Commonwealth.

Chaque année, ces membres se retrouvent pour un sommet, où l’on discute souvent des mêmes thèmes. Depuis quelques années, il est beaucoup question de la lutte contre le changement climatique. Mais s’agissant d’une organisation politique, le sujet se traduit surtout par une lutte cordiale entre les petits États insulaires et l’Australie. Les pays micronésiens, notamment, tentent d’obtenir de Canberra qu’elle consente des efforts supplémentaires pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Sans succès, pour le moment. Il faut dire que l’Australie est le principal bailleur de fonds de la région, avec la Nouvelle-Zélande, ce qui lui confère évidemment un poids politique majeur.

Fidji a aussi « son » Forum

C’est d’ailleurs ce qui pose problème à Frank Bainimarama, le Premier ministre fidjien. Il est arrivé au pouvoir par la force, en 2006. Un coup d’État qui lui a valu d’être sanctionné par ses voisins et d’être privé de Forum pendant quelques années. Depuis, des élections démocratiques ont eu lieu et Fidji a été admis à faire son retour au sein de l’organisation. Sauf qu’entre-temps, Frank Bainimarama s’est organisé et est allé chercher des soutiens ailleurs. En 2012, il a créé « son » Forum concurrent : le Forum du Développement des Îles du Pacifique.

On ne peut pas dire que son organisation ait beaucoup de succès, mais Frank Bainimarama s’en tient à sa ligne de conduite. Il ne reviendra pas siéger au sein du Forum des îles du Pacifique tant que l’Australie et la Nouvelle-Zélande y siègeront. Il considère que les deux grands de la région écrasent les petits États insulaires et les empêchent de parler de leurs problèmes de manière indépendante.

Les enjeux du Forum des îles du Pacifique

Chaque année, lors du sommet du Forum des îles du Pacifique, les Etats évoquent notamment le nucléaire, la pêche et les travailleurs saisonniers du Pacifique. On y évoque également les enjeux sécuritaires et notamment la protection des zones économiques exclusives (ZEE) des pays de la région.

Comme l’a fait remarquer Nathalie Mrgudovic au cours du colloque L’Océanie convoitée : « malgré les nombreuses critiques faites au découpage de la région en trois zones considérées comme artificielles, la Mélanésie, la Micronésie et la Polynésie, les populations océaniennes se sont appropriées ces délimitations coloniales, en créant des groupes porteurs de leurs identités respectives ».

En Polynésie, on parle évidemment du Groupe des dirigeants polynésiens, mais la sous-organisation régionale la plus influente est le Groupe mélanésien Fer de Lance. Ses membres, dont le FLNKS calédonien, portent, au sein du Forum, le combat des indépendantistes de Papouasie occidentale qui est aujourd’hui une province indonésienne.

Chaque sommet est donc l’occasion de faire le point sur ces sujets politiques. Même si on peut reprocher au secrétariat du Forum d’être très discret le reste de l’année. On l’a vu, par exemple, ces dernières années avec les nombreuses dérives antidémocratiques constatées à Nauru, dont le Forum n’a pas voulu se mêler.

Un Forum 2018 particulier à Nauru

C’est justement dans l’île de Nauru qu’aura lieu le prochain sommet du Forum, qui s’annonce intéressant. L’île héberge un centre de rétention pour le compte de l’Australie et n’apprécie pas beaucoup les visiteurs. Le gouvernement a même mis en place un visa spécial pour les journalistes. Déposer une demande coûte pas moins de 8 000 dollars, sans certitude que la demande soit acceptée. Pourtant, le président de Nauru, Baron Waqa, a assuré qu’il allait supprimer ces frais de visa pour le prochain sommet du Forum.

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