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Le Goncourt et le Renaudot font le choix des femmes

Paris (AFP) – La jeune romancière franco-marocaine Leïla Slimani a décroché jeudi le plus convoité des prix littéraires en obtenant dès le premier tour de scrutin et en moins de dix minutes de délibérations le prix Goncourt pour son roman « Chanson douce » (Gallimard).

Elle a obtenu six voix au premier tour contre deux voix pour Gaël Faye (« Petit pays », Grasset) et une voix chacun pour Catherine Cusset (« L’autre qu’on adorait », Gallimard) et Régis Jauffret (« Cannibales », Seuil).

 Le jury du Renaudot a choisi également d’honorer des femmes en attribuant son prix à la dramaturge Yasmina Reza pour son roman « Babylone » (Flammarion) et, côté essai, à la journaliste Aude Lancelin pour « Le nouveau monde » (Les liens qui libèrent).

Favorite des critiques, Leïla Slimani n’a eu aucun mal à convaincre les dix jurés du Goncourt. « Ça s’est passé comme une lettre à la poste », a résumé le président de l’académie, Bernard Pivot. « Elle n’a écrit que deux romans, mais elle en écrira d’autres. C’est une femme talentueuse ».

Les femmes sont peu nombreuses au palmarès du Goncourt. « C’est la 12e femme en 113 ans », a fait remarquer Françoise Chandernagor, une des trois femmes du jury, en notant qu’il restait « beaucoup de progrès » à accomplir.

Si tous les jurés se félicitaient de leur choix, le plus heureux et le plus ému était Tahar Ben Jelloun, Franco-Marocain, comme la nouvelle lauréate et lui-même lauréat du prix en 1987.

– « Grâce aux métèques » –

« Je suis ravi, si ravi, de passer le relais à une très bonne écrivaine. C’est formidable qu’en 30 ans, deux Marocains obtiennent le Goncourt », a dit le romancier. Leïla Slimani « a apporté à la langue française une nouvelle facette d’écriture. Autrement dit, la francophonie ça vit notamment grâce aux métèques ».

Quand Leïla Slimani, bravant la foule compacte rassemblée devant le restaurant Drouant, est arrivée dans la salle de délibérations du Goncourt, accompagné d’Antoine Gallimard, elle a naturellement salué tous les membres du jury mais a longuement étreint l’auteur de « La nuit sacrée », premier et seul Africain à avoir reçu avant elle le Goncourt.

La jeune femme a dédié son prix à ses parents qui « m’ont enseigné l’amour de la littérature et de la liberté ».

En seulement deux romans, la Franco-Marocaine, qui était également en lice pour le Renaudot, s’impose comme une nouvelle voix de la littérature n’hésitant pas à explorer des territoires sombres, de la nymphomanie dans son premier livre (« Dans le jardin de l’ogre », 2014) au coup de folie d’une nounou bien sous tout rapport dans ce deuxième roman.

Celui-ci se dévore comme un thriller mais peut aussi se lire comme un livre implacable sur les rapports de domination et la misère sociale dans la lignée des « Bonnes » de Jean Genet.

« C’est un livre sur le quotidien, un livre sur les femmes, la vie des femmes aujourd’hui, avec les tiraillements entre l’envie d’être un individu, une femme qui mène sa carrière mais aussi une mère et à quel point c’est difficile de mener toutes ces batailles de front », a résumé la romancière.

« Et j’ai essayé de raconter le destin d’une invisible, d’une déclassée, d’une femme de l’ombre, d’une de ces nounous sans qui notre société ne tiendrait pas parce qu’elles permettent aussi le travail des femmes donc je voulais raconter tout ça, ces destins féminins douloureux et tragiques ».

Le livre, succès de librairie, s’est déjà écoulé à 35.000 exemplaires. Le Goncourt demeure une aubaine pour les éditeurs. En moyenne, un livre primé se vend à plus de 345.000 exemplaires. Le lauréat se voit remettre un chèque symbolique de 10 euros. 

Distingué par le Renaudot, « Babylone » tient lui autant du roman noir (il est question d’un crime) que de l’analyse subtile de nos « vies minuscules », condamnées à l’oubli.

Malgré sa phobie de la foule, Yasmina Reza, lunettes noires sur le nez,  est allée saluer les membres du jury présidé par Patrick Besson avant de quitter rapidement les lieux.

« Pour moi, +Babylone+, c’est le monde des disparus, des émotions qu’on aurait pu vivre, de toute cette humanité derrière nous », expliquait récemment l’auteur français le plus joué dans le monde (en particulier avec sa pièce « Art »), au cours d’un entretien avec l’AFP.

L'auteure franco-marocaine Leïla Slimani (c), le 3 novembre 2016 au restaurant Le Drouant à Paris. © AFP

© AFP Martin BUREAU
L’auteure franco-marocaine Leïla Slimani (c), le 3 novembre 2016 au restaurant Le Drouant à Paris

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1 Commentaire

  1. simone grand
    4 novembre 2016 à 9h13 — Répondre

    Bizarre que celles qui clament au racisme anti-arabe n’applaudissent pas.

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