
Les secrétaires nationaux du SNPDEN-Unsa Olivier Beaufrère et Gilles Auteroche autour du secrétaire académique Jerôme Le Guillou
Aucun doute pour le SNPDEN-Unsa : les conditions de travail des proviseurs de lycée, principaux de collège et de leurs adjoints se dégradent au fenua. Pour interpeller les autorités, le syndicat du personnel de direction a fait venir une délégation nationale qui a été reçue ce lundi par Moetai Brotherson. Parmi les sujets abordés, la prise en charge par le Pays de la protection fonctionnelle de ces agents, qui serait suspendu à un arbitrage légal de l’État. D’autres sujets dont les heures à rallonge et l’autonomie des établissements doivent être abordés au ministère de l’Éducation ou au vice-rectorat.
À la demande du bureau local, le syndicat national majoritaire des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN-Unsa) a dépêché une délégation nationale sur le fenua pour les deux prochaines semaines. L’objectif est d’aborder avec les représentants du Pays et de l’État trois problématiques mises en lumière par une enquête réalisée entre décembre 2024 et janvier 2025 auprès des personnels de direction locaux. 84% de ces proviseurs de lycées, principaux de collèges et adjoints de Polynésie ont ainsi participé à la réflexion et répondu à un questionnaire précis sur leur quotidien et l’exercice de leur mission. Quatre sur cinq estiment que les conditions de travail se sont dégradées depuis un an, et de l’avis général, les missions et responsabilités vont en se complexifiant.
Ce livre blanc met en relief trois points centraux. Le dépassement généralisé des temps travail, d’abord. Environ la moitié des proviseurs et principaux déclarent travailler entre 45 et 60 heures par semaine (contre 43 heures maximum légalement), et près d’un tiers plus de 60 heures. Le SNPDEN-Unsa demande la création en Polynésie d’un compte épargne-temps déjà mis en place dans d’autres académies. Les chefs d’établissements demande aussi à améliorer « l’efficience du système éducatif local via l’autonomie des établissements », et compte pour ça sur une « charte des pratiques de pilotage », à négocier, avec les autorités de tutelle.
« Une décision qui tranche enfin sur qui paie quoi »
Mais c’est sur le sujet de la protection fonctionnelle que les échanges de ce lundi à la présidence, où étaient conviés les secrétaires nationaux du SNPDEN Olivier Beaufrère et Gilles Auteroche, ainsi que le secrétaire académique Jerôme Le Guillou, aussi proviseur du lycée Taiarapu Nui de Taravao, ont permis d’avancer. En cas de mise en cause de la responsabilité légale du chef d’établissement, ou dans les affaires d’agressions, l’État prend en charge, en métropole du moins, leur défense. En Polynésie, cette garantie est prise dans un conflit de compétence : certains personnel de direction ont dû, d’après l’antenne de l’Unsa, prendre en charge leur frais d’avocats dans certaines affaires, y compris quand ils se constituaient partie civile. La question a pourtant, d’après le syndicat, été réglée en 2024 par la justice, qui a désigné le Pays comme responsable de cette protection fonctionnelle.
« Le Pays est tout à fait d’accord pour délivrer la protection fonctionnelle au personnel de direction mais le président a souligné le fait qu’il était en attente de la décision du Haut-commissariat pour savoir si sur son budget, sur le budget du Pays, il pouvait financer cette protection fonctionnelle, explique Gilles Auteroche, secrétaire national du SNPDEN-Unsa à la sortie de la présidence. Et à ce jour le président a indiqué que la réponse n’était pas venue. Notre mission en tant que secrétaires nationaux sera de rapporter au ministère de l’Éducation nationale à Paris ces difficultés et l’idée c’est soit d’obtenir du haut-commissariat une réponse, soit carrément de consulter le conseil d’État à Paris pour qu’il y ait une décision qui tranche enfin sur qui paie quoi. »
Les ressources humaines au cœur des préoccupations
La délégation nationale du syndicat majoritaire SNPDEN-Unsa a aussi souhaité profiter de ce temps d’échange pour aborder les sujets de « ressources humaines » et d’exploitation des ressources intellectuelles à disposition du territoire. Olivier Beaufrère, secrétaire national, souligne l’importance de ce point pour le SNPDEN-Unsa : « Les personnels chefs d’établissements qui vont venir pour quatre ans sur le territoire peuvent avoir en plus de leur mission de chefs d’établissements des compétences particulières sur la gestion de crise, des ressources numériques, l’orientation des élèves… des conduites de projet. Et profiter de la richesse intellectuelle apportée pour ces personnels pour peut-être étendre, former, accompagner sur le territoire, dans une idée de construction durable. »
Gestion de crise, formation des cadres, préparation aux concours, valorisation de la voie professionnelle, orientation et affectation des élèves sont autant de point d’entrées identifiées pour ce volet par le SNPDEN-Unsa. Le sujet est transverse à la Polynésie Française et l’Hexagone, tout comme celui de la baisse démographique, dernier sujet abordé entre la délégation et le Président. À Paris, le ministre de l’Éducation national aurait déjà lancé un comité de réflexion sur le sujet, qui soulève des questions sur l’avenir des professeurs et du système éducatif, en France comme au fenua. D’après les deux représentants, cette baisse démographique serait déjà visible au niveau national sur le premier degré, visible sur les lycées dans deux à trois ans et sur l’enseignement supérieur dans six à sept ans avec une perte de 20% des effectifs scolaires dans les dix à quinze ans à venir.
Autant de sujet qui doivent aussi être abordés, cette semaine, avec le ministre de l’Éducation Ronny Teriipaia, et du côté du vice-rectorat.