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Le Pays relance l’idée d’une clinique à Punaauia


Le gouvernement avait donné rendez-vous aux élus de Punaauia et aux libéraux de santé, ce matin, à Outumaoro. Un des lots du Village tahitien en mal de projet touristique pourrait finalement être destiné à la construction d’un pôle de santé privé. Cliniques et politiques avancent avec prudence : plusieurs projets avaient échoué par le passé, et rien n’indique pour l’heure que les finances de la protection sociale pourront suivre. 

Un peu plus de 28 000 mètres carrés à la limite entre Punaauia et Faa’a, avec accès direct à la RDO et une vue dégagée sur le lagon. En contrebas, côté sud, un autre grand terrain nu, celui du futur centre de congrès et de spectacles. À quelques pas, côté mer, les 25 hectares qui attendent toujours les hôtels du Village tahitien. Ce « lot n°6 », situé sur lieu dit « Kosovo », à l’emplacement de l’ancien drive-in, fait partie intégrante du projet touristique. Mais ce matin, c’est pour discuter d’une possible réorientation de ce précieux foncier qu’une partie du gouvernement s’était réuni. « On est à la croisée des chemins » insiste le vice-président Teva Rohfritsch. Les appels à projets, fructueux sur la plupart des lots du bord de mer, n’ont « pas trouvé d’issue probante » pour ce terrain-là. « Le champ des possibles se rouvre : soit on relance un appel à projet touristique, soit on ouvre le sujet santé », pose le responsable, qui pilote, avec Grand Projets de Polynésie (G2P, ex-TNAD), le Village tahitien.

À Punaauia, en tout cas, le « sujet santé » a toujours été sur la table. L’ancien tavana Rony Tumahai avait fait un de ses combats que de doter la commune de la côte ouest d’un pôle de santé. Annoncé dès 2014, le projet Mana Ora, un établissement de 129 lits porté par Cardella et qui devait s’élever derrière la mairie, semble faire partie du passé. À l’origine de cet échec : les complications administratives, les mésententes avec la clinique Paofai, la conception du projet dont le fonctionnement s’annonçait coûteux pour la CPS… « Et le manque de volonté politique du Pays », souffle-t-on du côté des professionnels.

En rouge, le lot numéro 6, en contrebas de la résidence Palm Springs. ©Te Fenua

Rééquilibrage Est – Ouest

« Force est de constater que le projet n’a pas abouti », pointe le nouveau maire Simplicio Lissant, qui compte bien sur le « lot n°6 » pour faire rebondir l’idée. « Pas seulement pour les habitants de Punaauia, mais pour toute la côte Ouest, insiste-t-il. De Papara à Faa’a, on a la moitié de la population polynésienne. C’est énorme ». Le développement du Village tahitien serait, selon lui, un argument supplémentaire : il faut « saisir l’occasion » de ces trois hectares pour ériger un équipement sanitaire.

Pourtant rien n’est fait, loin de là. « Aujourd’hui, on lance un appel à manifestation d’intérêt aux investisseurs privés », explique le ministre de la Santé Jacques Raynal. Ce n’est qu’après ces consultations que le conseil des ministres et G2P réorienteront ou non la vocation de ce terrain. Et si l’idée d’un « rééquilibrage » de l’offre de santé entre les deux côtes de Tahiti est tentante, c’est surtout du côté économique que devra porter l’analyse. Car si c’est le privé qui financerait une nouvelle clinique, c’est bien la CPS et ses cotisants qui en supporteront l’essentiel des coûts de fonctionnement. Pour le ministre, l’idée d’un pôle privé unique permettrait aux cliniques actuelles, dont les locaux serait atteints d’une « obsolescence progressive », de se moderniser. Et donc d’attirer plus de patients vers leurs services, qui « en termes d’hospitalisation, coûtent moins cher que le secteur public ».

Un pôle privé unique, c’est d’ailleurs l’idée gravée dans le marbre du schéma d’organisation sanitaire 2016 – 2021. Mais une expertise menée par un cabinet privé l’année dernière à la demande du Pays préconisait plutôt le choix d’un site à proximité du CHPF. « Une des options du rapport consistait à ne créer qu’un seul pôle, mais divisé en deux sites dont l’un à Punaauia », précise tout de même Jacques Raynal.

Les finances de la CPS, sujet bloquant

Les yeux sont donc tournés vers les responsables des cliniques, présents ce matin, mais qui réservent leur commentaire à plus tard. Bien sûr, l’idée de pouvoir profiter d’un tel foncier, qui serait mis à disposition par le Pays, est saluée. Comme la volonté des élus de « faire bouger les choses ». Mais les professionnels rappellent régulièrement que les expériences de réunion des acteurs libéraux au sein d’un pôle moderne, plus attirant pour les patients, se soldent presque systématiquement par une hausse des dépenses de santé. Pas question, donc d’investir sans visibilité en la matière. Or les finances de la CPS, déjà tendues avant la crise du Covid, offrent aujourd’hui un horizon chargé.

La création de cette clinique reste donc « un sujet sensible et qui mérite beaucoup de réflexion », prévient Édouard Fritch. Le président confirme tout de même que le terrain a été « gelé ». Comme d’ailleurs, le foncier de l’ancien hôpital de Mamao, lui aussi étudié pour accueillir tout ou partie de ce pôle privé. L’élu ne le cache pas : la mairie de Papeete compte bien, elle aussi, défendre ses intérêts – et ses redevances – dans ce dossier.

Le Village tahitien doit faire face à l’après-Covid

À quand une décision des autorités sur le « lot n°6 » ? « Si possible avant novembre, répond Teva Rohfritsch. Il ne faut pas trop attendre parce que c’est aussi déterminant pour les investisseurs privés du bas » du Village tahitien. La crise du Covid-19 pourrait en effet renforcer l’intérêt du projet de clinique : « Personne n’a de boule de cristal, mais on nous annonce que peut-être tous les 10 ans on pourrait faire face à ce genre d’épidémies, rappelle le vice-président, qui est aussi à la tête du conseil d’administration de G2P. Très clairement, pour les investisseurs, avoir une infrastructure de santé juste au dessus, ça a un intérêt ».

Là n’est pas la seule conséquence de la crise sanitaire sur le Village tahitien, dont le jury s’est réuni hier. Comme le pointe Teva Rohfritsch, les 6 lots d’hébergements concernés par l’appel à projets avaient reçu des propositions, mais un des soumissionnaires, déjà propriétaire d’hôtels au fenua, a préféré se retirer, vu le contexte économique. Reste donc 4 groupes d’investisseurs, souvent intéressés par plusieurs lots. Des auditions doivent être menées dans les semaines à venir, avant que le jury ne révèle ses choix en novembre. « Peut-être que lors de ces propositions finales, certains auront revu  leur projet à la baisse » estime le ministre.

À noter que, du fait de ce retrait, le lot n°1, 36 800 mètres carrés en bord de plage au plus près de la pointe Tata’a ne fait plus l’objet d’aucune proposition d’investisseurs. Un nouvel appel d’offre pourrait être lancé.

 

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