EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Le rideau risque de se fermer sur les écrans de ciné – Edito 27/04/2021

En France il y a une version particulièrement dure de ce que l’on appelle la chronologie des médias. Cela se traduit par des délais relativement importants entre la sortie d’une œuvre audiovisuelle au cinéma, avant qu’elle ne se retrouve sur des plateformes payantes puis enfin à la télévision en clair. L’épidémie de Covid-19 est venue rabattre les cartes. Il était déjà prévu que ces délais soient raccourcis afin de dynamiser une filière qui faisait figure d’exception culturelle à la française y compris au sein de l’Union Européenne, mais là cela va encore plus loin que tout ce que l’on pouvait s’imaginer.

La fermeture des salles de cinéma, victimes collatérales sévères des mesures barrières pour éviter la propagation de l’épidémie, enjoint les autorités à accepter la sortie directe sur des portails audiovisuels de films qui auraient dû faire les beaux jours d’exploitants de salles. C’est tout à fait exceptionnel, et il a fort à parier que dès qu’il sera à nouveau possible de se faire une toile, le grand écran redevienne le passage obligé pour découvrir une œuvre en première exclusivité. Enfin, s’il en reste …

Mais d’ici là, ce sont des milliers de chefs d’entreprises à travers le monde, le plus souvent des passionnés, qui à force de tirer la langue, en désespoir de cause, finissent par jeter l’éponge, baissent le rideau faute de pouvoir accueillir des spectateurs. Même les grands groupes comme Gaumont ou UGC en Métropole, AMC aux Etats-Unis, sont au bord du gouffre. L’explosion du marché de la vidéo à la demande par abonnement, qui compte des milliers de clients y compris au Fenua, enjoint les plus fortunés à y investir plutôt que de réinjecter de l’argent dans des boîtes victimes d’un business model qui dépend trop de la possibilité pour un être humain de s’y déplacer physiquement pour le faire fonctionner.

Tout le monde n’a pas les moyens de se faire un home cinema sous son toit. Même en ne visant que du matériel moyen de gamme, qui a de l’allure quant au rendu général, cela implique non seulement de s’y connaître mais d’avoir le budget en conséquence. Et quoi qu’il en soit, on ne va pas se mentir, les sensations ressenties lorsque l’on regarde un blockbuster sur un écran de 17 mètres de diagonale ne sont pas comparables quand on visionne le même film sur une télé quelle que soit sa qualité. On perd énormément de la dimension « spectacle ». Les « drive-in », populaires des années 50 jusqu’aux années 80, ont déjà été sacrifiés au pilori de la modernité, on craint que ce soit en train d’arriver pour son grand frère le ciné.

Le 7ème art est-il à ce point la 5ème roue du carrosse qu’on le laisse inexorablement sombrer à 6 pieds sous terre ?

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