EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

L’Eglise Protestante Maohi va-t-elle trop loin ? – Edito 08/08/2016

Si les religions sont des puits de culture et servent aussi de repères pour nombre d’individus, notamment dans une petite société comme la notre où l’on sait la place majeure qu’occupe la foi dans le quotidien des polynésiens, il est donc d’autant plus effarant de prendre connaissance du nouveau « dada » de l’Eglise protestante Maohi.

Lors de son synode organisé hier, celle-ci a donc annoncé sa volonté de porter plainte contre la France pour crime contre l’humanité. Elle se base sur les conséquences connues des essais nucléaires et, je cite, « celles que l’on ne connaît pas encore, pour les générations futures », fin de citation.

Lors du JT de nos confrères de TNTV on apprenait ainsi que le but de cette démarche tonitruante était, je cite encore, de « faire l’unité », de « permettre la liberté de conscience ». Alors, passé l’étonnement, vient l’effarement. Ainsi pour créer l’unité on part du postulat que trainer la France dans la fange en l’attaquant pour crime contre l’humanité au Tribunal Pénal International de La Haye est une bonne chose. Démontrer que son peuple veut voir sa nation condamnée pour quelque chose qu’elle aurait sciemment commis n’est pas un facteur d’unité. C’est au contraire une preuve flagrante de division.

Mais je n’ai pas mis longtemps à comprendre où était le ferment de cette surenchère médiatique. Lorsque j’ai entendu le Président de l’Eglise Protestante Maohi parler de la population de « Maohi Nui » et non pas de la Polynésie Française, j’ai compris. L’idéologie politique indépendantiste a donc manifestement complètement phagocyté l’idéal de paix, de réconciliation, de fraternité, d’amour, de pardon que cette religion est censée prôner. Comme si la communion de tous ces cerveaux lors d’un synode était incapable à un moment donné de se rendre compte que ce n’est peut-être pas à un mouvement religieux de mener un combat qui par nature divise, y compris au sein même de ses fidèles.

Les indépendantistes tendance Tavini en ne parvenant pas à convaincre suffisamment dans les urnes par le débat public et politique à la loyale, tenteraient-ils une percée dans les temples ? Le message entre deux prières s’ancrerait ainsi sans doute mieux dans l’inconscient collectif et finirait par passer pour un dogme. C’est juste dangereux.  La démarche entreprise est l’antithèse, la démonstration inverse de ce qu’ils prennent comme justification : faire prendre conscience. Oui car faire prendre conscience, c’est à mon sens contribuer à donner les clés à ses ouailles pour forger leur libre arbitre. Ce n’est pas monter au créneau en lieu et place des politiques et autres associations au risque de contribuer à l’émergence de nouvelles formes d’intégrisme polynésien et à désacraliser l’expression de notre foi.

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8 Commentaires

  1. 8 août 2016 à 13h11 — Répondre

    rien à ajouter, tout est dit !!!! bravo pour cette analyse juste et pertinente

  2. Vavitu Salmon
    8 août 2016 à 18h23 — Répondre

    Il faut plutot dire….Les dirigeants de l’Eglise Protestante vont-ils trop loin….ce petit groupe d’Ayatollahs qui se reelisent eux meme à la tete de cette Grande Eglise, qui est supposee precher la Parole de Dieu et non pas s’initier dans la politique diverse…
    Qu’ils portent plainte en leurs noms (et de leurs amis taviniistes) mais non pas au nom de notre Grande Eglise Protestante…
    Il est temps sans doute de faire le menage dans ce groupe dirigeant, et y placer de vrais hommes de Foi.

  3. Protestante
    8 août 2016 à 21h10 — Répondre

    Je suis d’accord .
    c vrai que le but de l’Eglise est de prêcher la bonne foi et non les conflits.

  4. CANCEDDA
    9 août 2016 à 8h13 — Répondre

    pourquoi ne pas parler des hôpitaux construits pendant ces essais,des écoles , des infrastructures routières ….du taux de mortalité infantile qui a baissé, des maladies vaincues comme la filariose, de l’accès facile aux soins , aux études supérieurs. Du fric facile qui a été déversé pendant deux décennies . Faisons le bilan en prenant la liste exacte du bien et du mal de ses essais . Allez donc visiter nos voisins du Pacifique qui nous regardent avec envie .Comme c’est facile de berner le peuple avec des discours basés sur la haine et les revendications. Justifiés ou pas, l’église est un sanctuaire de paix et de pardon . Un lieu de recueillement , de communion. À quand l’hostie dans les meetings ?
    Préoccupez vous de la consommation massive de Paka qui elle fera plus de dégâts dans les familles polynésiennes que les essais nucléaires .

  5. VATEA
    9 août 2016 à 8h59 — Répondre

    excellent et vrai … l’église au secours du soldat TEMARU !! lol … il a été Président de MAOHI NUI et n’a rien fait et se réveille 4 ans plus tard …. çà fait pitié

  6. TAIMANA
    10 août 2016 à 1h10 — Répondre

    Monsieur Taliercio,

    Il est important que je vous fasse de nouveau savoir que vous n’avez pas toutes les cartes en main:

    1/ La religion et la politique n’ont JAMAIS été séparées en Polynésie. Situation propre à la culture que nous partageons je suppose et qui a permis à la Polynésie de survivre en paix à la colonisation ainsi qu’aux autres drames qui l’ont touché. Notre vie politique est similaire en ce point à celle vécu aux Etats-Unis.

    2/ L’Eglise protestante a toujours été indépendantiste et défendu ses propres idées. Ceux qui surprennent cela sont étrangers et non sachant de l’histoire et de la culture en Polynésie.

    3/ Le désaccord avec « l’ensemble des cerveaux » présents à un synode ne justifient aucunement le mépris à l’égard d’une décision prise par des personnes qui arborent un palmarès intellectuel que vous et moi envions. Leur idée a la même consistance que la votre je pense.

    4/ De la même façon le terme « nation » étranger à tous concepts Maohi démontre votre impartialité et votre engagement politique dans un discours de plus en plus tendancieux dans le domaine politique.

    5/ L’expression « son peuple » est une erreur sémantique et sociologique. Un peuple n’appartient à personne. La notion de propriété sur le peuple est étranger au Polynésien. Le peuple est animé par sa propre volonté. Il me semble que dans une démocratie, le pouvoir est dans le peuple et non dans l’Etat.

    6/ L’attitude de l’Eglise Protestante divise sans aucun doute. Cependant fuir devant la question, prendre peur devant la réponse ou encore ne pas l’assumer, provoque-t-il l’unité? Aucun rapport de cause à effet. Cependant trouver une réponse ou s’efforcer à la trouver peut rassembler.

    7/ Refuser d’admettre la possibilité qu’un groupe (religieux, culturel ou autre) puisse de manière autonome s’opposer voire simplement exprimer son mécontentement face à une situation que la raison juge injuste (je parle de la réalité des conséquences nucléaires) révèle un complexe qui vous est propre.

    8/ Refuser de considérer complètement l’éventualité que l’Etat ait pu faillir et qu’il s’avère que cela puisse engendrer des conséquences dont fait parti l’attitude de l’Eglise protestante comme bien d’autres révèle un autre complexe qui vous est propre.

    9/ Rapprocher la prise d’opinion d’une personne ou plusieurs de l’opinion ou des agissements d’une autre personne ou plusieurs revient à adopter la crainte du complot que vous haïssez tant.

    10/ Pour cette dernière remarque il me faudra vous dire purement et simplement mon opinion sans toutefois sortir d’une certaine objectivité. Souhaitez la « désacralisation de notre foi » est plus que folie. D’abord parce qu’il s’agit d’un souhait qui ignore notre histoire (la religion a maintenu la paix en Polynésie jusqu’à aujourd’hui et encore aujourd’hui). Puis parce qu’il s’agit d’un souhait dangereux. Sans se tromper on peut admettre que votre inspiration baigne dans des préceptes de France continentale qui a depuis maintenant longtemps adopter la séparation de l’Eglise et de l’Etat pour des raisons qui sont propres à son histoire. Voilà encore une différence qu’il vous tarde de connaître depuis tout ce temps j’en suis sûr. Le Polynésien est profondément attaché à sa culture qui est indissociable de la religion. Supprimer la religion reviendrait à amputer l’un des piliers de notre culture, l’un des piliers qui nous a maintenu en paix jusqu’ici.

    PS: Je tiens à préciser que je fais là le travail qui vous permettrait de trouver nuance dans vos propos. Courage, peut-être que l’une de vos interventions politiques pourra comporter moins d’erreurs.

    • 10 août 2016 à 7h36 — Répondre

      Heureux de susciter à mon tour le débat. Je respecte votre point de vue. Nous n’avons tout simplement pas le même. Par contre vous n’avez pas compris la fin de mon édito. Loin de vouloir désacraliser la foi je disais que l’attitude de l’EPM allait dans ce sens… Laissez moi le bénéfice du doute je vous prie, je ne suis pas un nigot et je sais bien à qui j’ai à faire. Mon constat étant que ce mouvement religieux est vérolé par la rancoeur et est le bras spirituel d’une idéologie politique et je vous confirme que je le déplore et qu’il me plaît de le dénoncer. Par ailleurs j’ai grandi dans ce pays et les concepts de séparation des pouvoirs font chez moi plus appel au bon sens commun afin que le message religieux prenne de la hauteur sur le fonctionnement de la société civile plutôt qu’à la volonté de recopier un modèle continental. Votre propos savant prendrait lui aussi plus de panache s’il n’était pas exprimé avec une telle condescendance. Excusez l’ignorant que je suis, lol. Bonne journée.

  7. TAIMANA
    12 août 2016 à 0h54 — Répondre

    Monsieur Taliercio,

    Il est vrai que mon dernier propos n’était pas des plus juste et je m’en excuse. Pardonnez aussi la condescendance que j’hérite par défaut d’une fougue pouvant se déverser dans une passion que nous partageons, notre Fenua. Nos divergences sont d’une évidence flagrante. Cela s’explique par une volonté de bien faire et s’inscrit dans une volonté de confrontation des idées qui (je l’avoue encore une fois) peut me prendre au ventre. Votre clémence vis-à-vis de ce dernier détail me ravi et me laisse à penser que les informations présentées dans le reste de mon commentaire vous ont paru assez pertinentes pour ne pas souligner de fausse note.

    Encore une fois, continuez à nous faire réfléchir. C’est pour cette raison que l’expression de votre point de vue est une chance et un impératif.

    Merci,

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