EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

L’émergence d’un « nationalisme îlien » – Edito 04/05/2020

Il semble bien que l’isolement des autres iles et archipels par rapport à Tahiti et Moorea ait donné naissance là-bas à une forme aiguë de psychose aux relents nationalistes. Car on le sait, la peur conduit à tous les extrêmes, même les esprits auparavant les plus rationnels ne sont pas à l’abri de vaciller s’ils font face à un péril qui les dépasse. Alors quand il s’agit d’une population des plus humbles et qu’en plus leurs élus locaux se font un malin plaisir à les infantiliser en jouant les bons pères ou bonnes mères du peuple, les travers deviennent flagrants.

Les réseaux sociaux en font au quotidien une démonstration malaisante, la crainte de se faire infecter par le hotu painu, l’étranger, dégouline sur des dizaines de posts et de commentaires nauséabonds. On pensait la Polynésie une et indivisible, solidaire, qui le sourire en coin partage la campagne de pub officielle de distanciation du Ministère du Tourisme qui préconise donc de laisser 6 cocos ou 12 tupas entre individus. Pour dédramatiser le contexte, déjà, on mise sur cette naïveté assumée avec humour à ne surtout pas confondre avec une communication formatée pour des débiles, non il faudrait vraiment avoir l’esprit tordu pour s’imaginer ça … Enfin.

Bref donc non en fait tout n’est pas rose et loin de là car est en train de mûrir petit à petit outre leur farouche attachement à leur actuel isolement qui les préserverait de l’infection, des velléités d’isolationnisme. Des populations qui selon plusieurs témoignages recueillis ne seraient pas loin d’être entretenues par des leaders locaux dans l’idée qu’on pourrait très bien faire sans le pouvoir central de la capitale voire même sans l’influence de l’État. Certains n’hésitent pas à tomber dans la délation et ne s’en cachent pas. D’autres enfoncent plus de portes ouvertes qu’autre chose et se renforcent dans leur statut de potentat local dans lequel ils se complaisent. Avec la crise qui de fait les a placés en première ligne, la main sur le cœur et l’autre qui bat la mesure, ils orchestrent en fait ce qui pour eux est une opportune et inédite campagne de deuxième tour des municipales.

Mais il ne faut pas s’y tromper, « l’étranger » comme on aurait pu le croire n’est pas que le touriste ou le popa’a muté, mais toute personne y compris de sang polynésien qui n’est pas actuellement sur l’île où elle souhaiterait se rendre. Ce sont donc bien de multiples petites poches d’une sorte de nationalisme îlien qui sont en train de germer et de faire des petits.

Aussi les autorités de l’État et du Territoire seraient-elles bien avisées de ne pas laisser pourrir et de plancher en urgence sur une communication de crise pour les archipels sur le sens profond du « vivre ensemble ». Car avouez que ce serait navrant que la distanciation sociale recommandée aujourd’hui qui repose sur la base de 6 cocos soit imposée là-bas demain par 6 coupecoupes.

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