EMISSIONSL'édito d'Alexandre Taliercio

L’ère des médias qui condamnent avant les juges … – Edito 05/02/2017

« Ça fait drôle quand même de voir des militants du parti républicain applaudir quelqu’un payé des milliers d’euros par mois à ne rien faire, une assistée plus qu’une assistante » fin de citation. Je viens de répéter les mots prononcés à propos de Pénélope Fillon par Laurent Ruquier au début de la dernière édition de son talk-show hebdomadaire « On n’est pas couché » diffusé sur France 2.

Afin que vous compreniez la portée de mon analyse à suivre je me dois de vous dire, sans rentrer davantage dans le détail, que je ne suis ni un militant ni même un sympathisant des Républicains et de leur candidat issu de la primaire François Fillon.  Et bien entendu je ne suis surtout pas non plus un partisan de ceux qui voudraient profiter d’un système particulièrement permissif où il serait possible d’employer fictivement ses proches, j’en exècre même le principe.

Aussi, pour faire un bon mot, pour exister et occuper l’espace médiatique, pour faire le buzz afin de réaliser d’éventuelles meilleures audiences, peut-on à ce point se dédouaner du principe fondamental en Droit français qu’est la présomption d’innocence ? Comme le célèbre avocat Maître Dupont-Moretti se l’est demandé sur le plateau de cette émission : qui parmi les journalistes a vu les sacs de documents remis à la justice pour justifier de la véracité de son emploi ? Personne. Aucune mise en examen n’a encore été engagée et encore moins un procès et donc de décision de justice. Pourtant, sur le service public national télévisé, dans une émission phare présentée par une figure du petit écran on s’en affranchit sans aucune vergogne.  Et j’en ai la conviction nous avons là l’illustration d’un véritable problème de société. Les médias soulèvent opportunément, trop opportunément, des lièvres comme par hasard au moment où les personnes sont les plus vulnérables. Puis très rapidement d’autres prennent le relais, se font juges et arbitres et condamnent les intéressés avant même que les autorités ne se soient prononcées. C’est un peu facile de se donner bonne conscience en rappelant ce qu’est la présomption d’innocence une fois qu’on a cloué l’intéressée au pilori.

S’il est de bon ton de remettre perpétuellement en question la déontologie en politique, peut-être est-il le moment de s’intéresser à la déontologie de certains journalistes et médias qui s’enfoncent dans une dérive. Le contre-pouvoir qu’est censée incarner la presse dans ses fondamentaux se transforme de plus en plus souvent en pouvoir. Celui de transformer en l’espace d’un seul article la présomption d’innocence en présomption de culpabilité.  Ces errements ont conduit à ce qu’à notre époque la simple mise en accusation d’une personne de notoriété publique ou d’influence lui confère d’emblée une culpabilité a priori.  Ce n’est pas le signe d’une démocratie qui fonctionne sainement. Et cela ne sert à rien de se lamenter comme le fait Laurent Ruquier de la potentielle montée du Front National dans les intentions de vote lorsque de tels scandales éclatent et que l’on est soi-même un artisan de son pourrissement dans l’inconscient collectif. Même sous le prétexte bien pratique de l’humour c’est à double tranchant de s’adonner au mariage de l’accusation à l’inquisition.

N.D.L.R. : cet édito a été écrit et enregistré dimanche en début de soirée, plusieurs heures avant la conférence de presse donnée par François Fillon lundi 5h du matin, heure de Tahiti.

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