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Les dangers d’une info qui va bien trop vite – Edito 18/11/2020

Le très médiatique médecin Michel Cymes, à la tête de plusieurs émissions sur France Télévisions était lundi soir invité dans « Quotidien » sur TMC. Comme des légions de lecteurs ou de téléspectateurs j’associais inconsciemment son nom au terme de « grippette ». A en croire non seulement les grands médias mais aussi des milliers d’internautes qui s’en étaient fait l’écho pendant des semaines, c’était l’adjectif dont ce docteur était censé avoir affublé la Covid-19 aux premières heures de la pandémie. En amorce de son interview, l’animateur Yann Barthes a rediffusé la séquence en question et patatras, le pot-aux-roses était découvert. C’était l’occasion de se rendre compte qu’en fait Michel Cymes n’avait jamais qualifié ainsi le nouveau coronavirus, c’est même l’inverse puisqu’il disait très précisément, je cite « aujourd’hui on répète, ce n’est pas une grippette, ce n’est pas une rhume, c’est une forme de grippe qui est un peu plus cognée que la grippe mais ça reste une maladie virale comme on en a tous les ans », fin de citation.

Et pourtant le célèbre Taote en a donc pris plein la figure au point de devoir faire profil bas jusqu’à tout récemment. Nous avons là une illustration bien lugubre de la société de l’immédiateté de l’information dans laquelle nous évoluons. Celle où sans que les vérifications a minima soient effectuées, pour créer le buzz, les médias dits « mainstreams », prennent pour argent comptant ce qu’un confrère a publié et s’engouffrent dans la brèche jusqu’à monter en épingle quelque chose qui repose sur du vent. Si le personnage n’avait pas à ce point les épaules, d’autres qui auraient vécu la même situation de devenir injustement du jour au lendemain le mouton noir de service, auraient pu … se foutre en l’air.

Alors ensuite on peut toujours se lamenter sur la propension qu’a le complotisme à occuper le devant de la scène, avec les risques sérieux que cela implique au sujet de la pérennité et de la solidité de notre pacte citoyen, mais encore faut-il s’astreindre à une rigueur qui ne lui permette pas d’enfler, et surtout à de la modestie.

Je vous ai pris cet exemple plutôt gentillet aujourd’hui, mais il n’est malheureusement pas isolé. Le risque, pour les chaînes d’infos notamment, en se laissant happer par l’artificiel besoin de remplir une antenne et d’exister coûte que coûte, c’est de participer à saper les derniers remparts contre la désinformation. Soit l’absolu antithèse justifiant de leur existence. L’actuel niveau inédit de défiance et de méfiance du public devrait plutôt enjoindre les professionnels à une remise en question sur la forme et le fond des contenus proposés. Davantage de pédagogie serait la bienvenue pour aider à combler les lacunes car c’est bien souvent un manque d’instruction qui fait dérailler les mécanismes de la pensée. Et si c’était l’Establishment qui permettait à l’idiocratie de s’installer et aux « covidiots » de proliférer ?

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