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A fano tià, « l’indépendance avec des valeurs qui répondent à la population d’aujourd’hui »


Objet de rumeurs depuis plusieurs mois, annoncé voilà dix jours par Moetai Brotherson, le « deuxième groupe indépendantiste » de l’assemblée a été officiellement créé ce mardi. A fano tià, présidé par Tematai Le Gayic, rassemble les 14 démissionnaires du groupe Tavini, et devrait en compter un quinzième avant l’ouverture de la session administrative ce jeudi. Un groupe, et un « parti politique », précise Allen Salmon, seul membre du collectif à avoir communiqué ce mardi, et qui « remercie Moetai Brotherson pour son accueil » dans cette formation qui oppose son « progressisme » face à la « radicalité » de Tony Géros. Hinamoeura Morgant-Cross, radiée du Tavini en novembre, et qui reste non-inscrite, raille, elle, sur les réseaux, des élus « manipulés » ou qui « sautent » du bateau Tavini à deux ans des territoriales.

Le groupe, déjà enregistré sur le site de l’assemblée, rassemble aujourd’hui, outre son président Tematai Le Gayic, Odette Homai, Frangélica Bourgeois-Tarahu, Tahia Brown, Steve Chailloux, Mike Cowan, Béatrice Flores-Le Gayic, Thilda Garbutt-Harehoe,  Marielle Kohumoetini, Tematai Le Gayic, Pauline Niva, Allen Salmon, Edwin Shiro-Abe Peu, Pierre Terou et Elise Vanaa. Tous avaient signé, vendredi, une lettre de démission adressée au président du groupe Tavini et du parti Oscar Temaru, ainsi qu’à Tony Géros. Devrait s’ajouter, avant la séance inaugurale de la session administrative, ce jeudi 9 avril, Félix Tetua, représentant Tavini des Tuamotu, qui doit encore déposer physiquement sa lettre de démission au bureau de l’assemblée. Soit 15 représentants élus sur les listes bleu ciel en 2023, qui se disent » attachés aux engagements issus du programme porté » lors de ces territoriales, mais qui estiment que « les conditions d’un engagement collectif pleinement serein et cohérent ne sont plus réunies ». Le groupe Tavini gardera donc, avec 22 représentants, une majorité relative, mais pas absolue parmi les 57 élus de Tarahoi. Le groupe Tapura compte toujours 16 élus.

« Je remercie Moetai Brotherson pour son accueil »

Ce mardi, plusieurs réunions avaient lieu à Tarahoi entre élus pour parler de la répartition des sièges en commission, qui devrait être le premier sujet d’affrontement entre ces deux nouveaux groupes, jeudi. Les membres de A fano Tia, pas plus d’ailleurs que ceux du groupe Tavini, n’ont pas voulu prendre la parole ce mardi, et se réservent pour une présentation officielle du groupe qui doit avoir lieu ce mercredi, à la veille de la reprise des débats. Un élu démissionnaire, Allen Salmon, a toutefois tenu à apporter des précisions sur son choix de rejoindre le groupe, dans un communiqué adressé à la population de Paea. Sa présence dans la liste des démissionnaires avait étonné la semaine dernière : militant de longue date du Tavini, il est réputé très proche de Tony Géros, dont il était un des adjoints dans la dernière mandature à Paea, et figurait en troisième position sur la liste aux dernières municipales. Il siège donc, jusqu’à présent, à ses côtés au sein du conseil nouvellement installé.

Dans son communiqué, le représentant s’adresse aux électeurs de Paea, expliquant vouloir « défendre » sa commune à l’assemblée, et « au-delà, l’ensemble de notre population polynésienne, avec une parole libre, cohérente et constructive ». Il ne fait toutefois pas de référence au président de l’assemblée, ou à leur défaite dans la commune de la côte Ouest. Il explique seulement que sa décision de quitter le groupe Tavini n’est « ni un geste de rupture, ni un reniement », ni même une « opposition de fond » à l’égard d’Oscar Temaru pour qui son « respect demeure intact ». Allen Salmon parle plutôt d’une « différence d’approche, une volonté de porter une voie plus progressive, plus inclusive, et davantage adaptée au rythme de notre population ». Joint par téléphone, le représentant et conseiller municipal de Paea, parle aussi de « clarifier les choses ». « C’est le nom même de notre parti : A fano tià, c’est dire ce qui est vrai, c’est tout simplement ça ».

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Si les membres de A fano tià ne sont pour l’instant pas exclus du Tavini, Allen Salmon parle de la constitution d’un « parti politique » A fano tià en plus du groupe à l’assemblée. Le membre du bureau de l’assemblée, président sortant de la commission des institutions estime qu’il est « trop tard », pour espérer, comme Oscar Temaru semblait encore le faire ces derniers jours, une « réconciliation » au sein du mouvement indépendantiste, précisant que la rupture est consommée, entre autres sur la question de l’accès à l’indépendance par référendum ou par « déclaration unilatérale ». Il précise surtout que c’est bien le président du Pays qui lui a présenté cette démarche et l’a « accueilli » dans la structure naissante. « Je remercie Moetai Brotherson pour son accueil et la confiance qu’il m’accorde », écrit-il dans son communiqué, avant de préciser au téléphone avoir participé, ces derniers jours, à une réunion convoquée par Tony Géros, et à une autre avec le chef du gouvernement. C’est à l’issue de ces rencontres qu’il a « fait son choix » entre les deux dirigeants qu’il considère être les représentants des idées « radicales » et « progressistes » :

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« Comme le bateau est en train de couler (…), on saute et on monte un parti ? »

Seuls quatre membres de l’assemblée continueront, le 9 avril, à siéger en non-inscrits : Nicole Sanquer et Nuihau Laurey, de A here ia Porinetia, Teave Chaumette, élue avec Ahip, mais qui s’en est écartée et a été exclue du parti pendant les municipales, et Hinamoeura Morgant-Cross, radiée du Tavini en novembre, et qui n’a pas rejoint A fano tià. Dans un vidéo publiée sur sa page ce mardi, la représentante est d’ailleurs revenue, après une sortie d’Oscar Temaru qui prétendait sur Polynésie la 1ere qu’elle avait « quitté elle-même » le groupe, sur les conditions de cette radiation. Elle note que ni les 15 démissionnaires, ni Moetai Brotherson, qui a « appelé des élus pour leur demander de quitter le groupe », n’ont à ce jour été exclus du Tavini, parti où « les règles ne s’appliquent pas à tout le monde ».  Hinamoeura Morgant-Cross s’étonne au passage de voir certains élus de A fano tià dénoncer aujourd’hui les différences de discours sur l’indépendance et le mode de fonctionnement du Tavini.  « Tout ça c’était su depuis 2023, depuis 2023 il y a des problèmes, et vous n’avez jamais rien dit. Et comme par hasard, comme ça sent le roussi, comme le bateau est en train de couler, qu’on sent que dans deux ans on a envie de garder son siège, qu’est ce qu’on fait ? On saute et on monte un parti ? », interroge-t-elle, en visant « ceux qui ont monté ce parti », le président Moetai Brotherson, « qui est là derrière avec ses manigances », et expliquant que d’autres, au sein du nouveau groupe sont « totalement manipulés ».

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