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Les infirmiers en grève pour exprimer le malaise des soignants

Paris (AFP) – « On n’est pas des machines, on est des êtres humains » : les infirmiers, en mal de reconnaissance, mais aussi les aides-soignants et autres personnels hospitaliers, sont appelés à se mobiliser mardi contre la dégradation de leurs conditions de travail et la rigueur budgétaire affectant la santé.

Grève nationale, rassemblements partout en France… Les fédérations FO, CGT, SUD et CFTC de la fonction publique hospitalière, mais aussi, fait rare, une vingtaine d’organisations infirmières salariées, libérales ou étudiantes, ont choisi la même date pour tirer la sonnette d’alarme. Un rassemblement unitaire inédit depuis 28 ans, selon les organisations.

Difficile cependant de mesurer l’ampleur de la colère, les personnels de santé pouvant être assignés pour garantir la continuité des soins.

A Paris, le cortège composé de plus d’un millier de manifestants et coupé en deux entre intersyndicale et organisations professionnelles, s’est ébranlé dans le matinée de la gare Montparnasse pour rejoindre le ministère de la Santé. L’intersyndicale devait être reçue à midi par la direction générale de l’offre de soins.

« Infirmiers méprisés, patients en danger », scandaient les manifestants vêtus de blouses blanches ou bleues, masques sur le visage et calot sur la tête. « Les sous-effectifs c’est pas automatique » pouvait-on lire sur une pancarte, tandis qu’une longue banderole en tête de cortège titrait: « #Soigne-toi et tais-toi ».

« Les conditions de travail se dégradent, la charge s’alourdit, nous n’avons pas de reconnaissance salariale et de plus en plus de tâches nous sont déléguées », dénonce Coline Mayjonad, 23 ans, infirmière dans un établissement privé à but non lucratif parisien.

« On n’est pas dans une entreprise qui fabrique des boulons, on est sur de l’humain. Or les agents n’ont plus le temps de discuter avec les malades alors que cela pourrait leur permettre d’aller mieux et contribuer à leur guérison. Il n’y a plus de place pour le patient », déplore Chantal Berthélémy, infirmière à l’hôpital d’Epernay (Marne), en grève mardi.

« Etranglement budgétaire », manque de personnels, augmentation de l’activité, cadences infernales… Les griefs sont nombreux.

Les réformes de ces quinze dernières années, comme l’instauration de la tarification à l’activité pour financer les hôpitaux « à l’acte », ont déstabilisé les personnels, principale variable d’ajustement en période de restrictions budgétaires.

« L’absentéisme monte parce qu’on a épuisé les équipes, on rappelle les personnels sur leur temps de repos, les départs en retraite ne sont pas remplacés », dénonce  la présidente de la Coordination nationale infirmière (CNI) Nathalie Depoire.

« Quand les infirmiers qui soignent les gens commencent à se suicider, il faut vraiment se poser des questions », renchérit Lila, infirmière anesthésiste de 52 ans, en référence aux suicides de plusieurs soignants, dont au moins cinq infirmiers cet été.

– ‘Qualité et sécurité des soins’ –

Dans ce contexte, l’intersyndicale FO-CGT-SUD continue de réclamer l' »abandon » du plan d’économies de « 3,5 milliards d’euros » sur trois ans d’ici à 2017, « l’arrêt des fermetures de lits » ou encore l' »abrogation de la loi santé » et de ses groupements hospitaliers de territoire (GHT), qui font craindre des restructurations. 

De leur côté, les 17 organisations infirmières souhaitent mettre en avant leur profession, exercée par plus de 600.000 personnes en France et pourtant « méprisée » par les pouvoirs publics, selon le collectif. 

Valorisation des salaires en adéquation avec les compétences ou la pénibilité du travail, inclusion des infirmières dans les discussions sur le système de santé ou encore meilleurs droits sociaux pour les étudiants font partie des doléances. 

Avec « 1,2 million de personnes âgées et malades chroniques » à leur charge, les infirmiers libéraux ont une place « légitime » dans l’organisation des soins, souligne Philippe Tisserand, de la Fédération nationale des infirmiers (FNI), prônant un statut d' »infirmière référente » sur le modèle du médecin traitant.

Interrogée sur RTL, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a redit lundi soir qu’elle présenterait « d’ici la fin du mois ou au début du mois de décembre au plus tard (…) une stratégie pour améliorer les conditions de travail, pour entendre la souffrance ou le mal-être lorsqu’ils sont là » chez les soignants.

Et la ministre de rappeler que « depuis 2012, l’hôpital c’est 10 milliards d’euros de plus ».

Des personnels médicaux, infirmiers, docteurs, étudiants manifestent contre la loi Santé, le 15 mars 2016 à Paris. © AFP

© AFP/Archives JOEL SAGET
Des personnels médicaux, infirmiers, docteurs, étudiants manifestent contre la loi Santé, le 15 mars 2016 à Paris

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