EMISSIONSL'édito d'Alexandre TaliercioPodcasts

Les nouveaux bourreaux de la démocratie – Edito 15/09/2020

J’avoue que je ne savais pas qu’elle existait mais il s’avère que ce 15 septembre a été décrétée « Journée internationale de la démocratie » par l’ONU depuis 1997. Cela fait quelques années déjà qu’au fil de certains de mes billets il m’est trop régulièrement donnée l’occasion de constater les limites d’un système qui sur le papier était pourtant censé nous réjouir, nous le peuple. En incarnant le pouvoir, que dans une République comme la nôtre nous confions à des représentants que nous élisons, le modèle vertueux d’une société où aucun individu ou parti politique n’était susceptible de décider seul sans notre mandat, était censé nous procurer une sérénité constructive.

Bien entendu les fondations chancellent quand des élus prennent un vote en leur faveur pour un blanc-seing et se rendent coupables d’abus de pouvoir ou autres malversations. Toutefois, à force, j’en viens à me demander si le principal obstacle au fonctionnement idéal de la démocratie n’était pas devenu la propre attitude du peuple. Les clivages entre courants d’opinions sont tellement en train de s’approfondir, la violence des joutes intellectuelles, ou moins que ça, croit exponentiellement car elle est devenue l’apanage quotidien des relais d’opinions notamment numériques.

D’aucuns s’accordent à dire que plus on avance, plus nos démocraties vont devenir ingouvernables tant même le pouvoir confié pourtant par une majorité et exprimé par un suffrage universel n’emporte même plus le respect a minima que c’est censé inspirer. Il y a néanmoins tout un monde de nuances manifestement inexplorées avant que de ne s’estimer relégué à être un mouton de Panurge et s’en insurger avec perte et fracas en permanence.

Les dégâts collatéraux de ce qui finit par s’apparenter à un climat insurrectionnel qui tourne en boucle et s’amplifie ont une portée bien inquiétante. En sombrant à la première occasion dans l’irrationnel, le conspirationnisme, ou à laisser éclater colère, délation et dénigrement dès qu’on sent poindre la moindre frustration on devient les artisans de ce qui s’apparente en fait à une régression démocratique. Pourquoi ? Parce que l’on pave un véritable pont d’or aux courants extrêmes qui dans le meilleur des cas finiront par confisquer le pouvoir au peuple, et dans la pire configuration on aura permis l’avènement de l’anarchie.

Aussi, puisque nous avons encore notre mot à dire pour qu’il puisse compter, peut-être est-il temps de se rendre compte qu’abuser de la liberté c’est dévoyer l’esprit de la démocratie. Comme pour un logiciel qui ne saurait se satisfaire d’être immuable à travers le temps, une mise à jour s’avère nécessaire pour braver les bugs avant qu’ils ne conduisent à un crash du système.

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Journal de 12:00, le 15/09/2020

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