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Législatives au Maroc: les islamistes dénoncent des "abus"

Rabat (AFP) – Les Marocains ont voté vendredi pour élire leurs députés dans un scrutin serré et au résultat imprédictible, où les islamistes qui tentent de conserver la majorité se sont inquiétés de tentatives de fraudes.

Alors que le taux de participation, traditionnellement faible, est l’un des enjeux de ce scrutin, la fréquentation des bureaux de vote a été plutôt limitée.

A 17H00 locales (16H00 GMT), la participation variait de 25% à 38% selon les régions, a indiqué le ministère de l’Intérieur. Les bureaux de vote ont fermé dans la foulée à 19H00.

Peu après, le Parti justice et développement (PJD), à la tête du gouvernement de coalition depuis 2011, a demandé « l’intervention urgente » de ce même ministère pour faire cesser les « abus » qui ont entaché le scrutin, selon cette formation.

Ces tentatives de fraudes par des « agents d’autorité » (des fonctionnaires de l’Intérieur, ndlr) visent à « orienter le vote des électeurs vers un parti en particulier », a affirmé le PJD, en référence au Parti authenticité et modernité (PAM, libéraux), leur principal rival pour ce scrutin.

Les législatives s’annonçaient comme un face-à-face serré entre le PAM, fondé en 2008 par un proche conseiller du roi et dirigé aujourd’hui par Ilyas el-Omari, et le PJD, avec à sa tête l’actuel Premier ministre Abdelilah Benkirane.

Les semaines d’avant le scrutin ont été marquées par un climat de défiance et de tensions. Tout en se gardant bien de prendre de front le palais royal, le PJD a accusé de façon récurrente l’Intérieur, puissant ministère régalien avec un technocrate à sa tête, de partialité et d’agissements en sous-main pour favoriser la victoire du PAM.

Le ministère de l’Intérieur s’était lui engagé à organiser un scrutin « transparent », conformément aux « directives » du roi Mohammed VI. Tout au long de la journée, il a publié des communiqués faisant état d’incidents mineurs, ou d’accusations mettant en cause des « agents d’autorité » dans différents bureaux, accusations qu’il a rejetées pour la plupart.

Un petit parti allié du PJD, le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS), a comptabilisé pour sa part « une dizaine d’infractions », selon son secrétaire général, Nabil Benabdellah.

De son côté, le PAM a indiqué avoir « soumis une cinquantaine de plaintes auprès des autorités spécialisées », visant notamment le PJD dans la région de Tanger (nord).

Près de 16 millions d’électeurs étaient appelés à voter pour élire leurs 395 députés, dans 92 circonscriptions et selon un système de liste à la proportionnelle. En 2007 et 2011, l’abstention avait été très élevée (63% et 55%).

– Longue soirée électorale –

De premiers résultats sont attendus dans la soirée, et le ministre de l’Intérieur Mohamed Hassad doit s’exprimer à minuit. A Rabat, les QG des différents partis se préparaient à une longue soirée électorale.

En l’absence de tout sondage, interdit depuis des semaines, il était très difficile de se faire une idée des tendances vendredi soir. « Personne, mais vraiment personne n’est en mesure de dire ou de prévoir (…) les résultats de ce soir », soulignait le chercheur Abdellah Tourabi, cité par le Huffington Post, voyant cependant le PJD comme « favori ».

Le PJD avait remporté une victoire historique en novembre 2011, quelques mois après une révision constitutionnelle menée par le roi pour calmer le « mouvement du 20 février », né dans le sillage du Printemps arabe.

Le PJD reste aujourd’hui la seule formation islamiste encore à la tête d’un gouvernement dans un pays de la région.

Le parti islamiste entend décrocher un deuxième mandat pour « continuer la réforme », avec en arrière-plan son habituel « référentiel » islamique, face au PAM qui se pose en « moderniste » et défenseur de la condition féminine.

Sur la trentaine de partis en lice, huit ont une audience véritablement nationale et peuvent espérer obtenir un groupe parlementaire, dont la Fédération de la gauche démocratique (FGD) et le parti Istiqlal, parti historique de la lutte pour l’indépendance.

PAM et PJD ont d’ores et déjà exclu toute alliance commune dans un futur gouvernement, alors que beaucoup d’observateurs pointent les possibles difficultés pour former la future majorité, avec un système à la proportionnelle qui favorise la fragmentation des partis. 

Selon la Constitution, le roi nomme le Premier ministre au sein du parti arrivé en tête des élections.

Dépouillement des bulletins de vote, le 7 octobre 2016 à Rabat, au Maroc
. © AFP

© AFP FADEL SENNA
Dépouillement des bulletins de vote, le 7 octobre 2016 à Rabat, au Maroc

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