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L'Islande aux urnes pour tourner la page des "années fric"

Reykjavik (AFP) – Déterminés à tourner la page des « années fric », les Islandais sont appelés samedi aux urnes pour des législatives anticipées qui pourraient voir le parti Pirate d’inspiration libertaire et la gauche hisser leur drapeau sur le toit du Parlement.

Si, comme les sondages le laissent à penser, la coalition gouvernementale de droite sortante est battue, l’Islande aura connu le troisième virement de bord politique depuis 2009, les électeurs faisant depuis le pari de l’alternance.

Et la petite île volcanique isolée des confins de l’Arctique ne serait gouvernée par une majorité de centre-gauche que pour la seconde fois depuis la proclamation de la République en 1944, après la parenthèse sociaux-démocrates/Gauche-Verts de 2009-2013.

Les bureaux de vote ouvrent à 09H00 locales (09H00 GMT) et ferment à 22H00.

Les résultats seront connus dans la foulée mais le mode de scrutin à un tour ne permet pas de dégager de majorité et ce n’est qu’au terme de plus ou moins longues tractations que se dessinera le nouveau rapport de forces politique.

A ce jeu, les Pirates, donnés autour de 20% derrière le Parti de l’indépendance (droite sortante) mais devant le mouvement Gauche-Verts, pourraient, pour la première fois, avoir les cartes en main.

Emmenée par une militante de WikiLeaks, Birgitta Jonsdottir, cette formation est parvenue à sceller un accord pré-électoral avec trois partis de l’opposition de la gauche et du centre (Gauche-Verts, sociaux-démocrates et Avenir radieux) en vue de former une coalition de gouvernement.

« Ces partis peuvent très bien coopérer, ils ont beaucoup de points communs. Ce sera un choix gouvernemental tout à fait viable », a justifié la populaire présidente des Gauche-Verts, Katrin Jakobsdottir, possible future Première ministre.

Trois sondages publiés vendredi placent en tête le Parti de l’indépendance (entre 22,5 et 27%) qui bénéficie toujours du soutien d’une partie des milieux économiques, des patrons-pêcheurs et des eurosceptiques.

Suivent les « Piratar » (de 17,9 à 21,2%) et le mouvement Gauche-Verts (16,2 à 16,8%), selon les enquêtes de l’université de Reykjavik et des instituts MMR et Gallup.

– Sentiment ‘anti-establishment’ –

Traditionnellement, le président islandais confie au dirigeant du parti arrivé en tête le soin de négocier une coalition mais l’allié du Parti de l’indépendance, le Parti du progrès, est en déshérence à environ 10% des intentions de vote – il avait obtenu 24,4% des suffrages en 2013 -, et le chef d’État pourrait directement sonder l’alliance annoncée par les Pirates.

Cette alliance constitue en soi une rupture avec la pratique habituelle en Islande, où les partis avaient l’habitude de se présenter seuls sans dire explicitement avec qui ils comptaient gouverner.

Pour Birgir Armannsson, député du Parti de l’Indépendance qui, avec le Parti du progrès (centre-droit) gouvernait depuis 2013, la sanction des urnes ne fait à ses yeux aucun doute compte tenu du « sentiment anti-establishment » prévalant en Islande.

Ce rejet des partis traditionnels trouve ces origines dans la crise financière de 2008 doublée du scandale des Panama Papers qui a emporté en avril le Premier ministre Sigmundur David Gunnlaugsson (Parti du progrès), dont le nom figurait sur une liste de 600 Islandais titulaires d’un compte offshore.

Malgré sa démission et l’implication de plusieurs ministres dans ce scandale, le gouvernement de centre-droit s’était maintenu au prix d’un remaniement cosmétique et d’une promesse de convoquer des élections six mois avant la fin de la mandature au printemps 2017.

Car si l’Islande, île volcanique de 332.000 habitants, a renoué avec la prospérité (plus de 4% de croissance attendue cette année) grâce au tourisme et au redressement de son système financier, les Islandais, et surtout les plus jeunes, n’ont plus que méfiance envers leurs élites.

« Depuis la crise, l’Islande s’en est économiquement très bien sortie », remarque Olafur Hardarson, professeur de sciences politiques à l’Université d’Islande. « Mais du point vue politique, moral et social, elle reste à la traîne » et les électeurs exigent du changement.

Du changement, les Pirates en promettent: référendums d’initiative populaire, consultation des Islandais sur une reprise du processus d’adhésion à l’Union européenne, relèvement des impôts sur les grandes entreprises de pêche, transparence de la vie publique…

Si, comme les sondages le laissent à penser, la coalition gouvernementale de droite sortante est battue, l'Islande aura connu le troisième virement de bord politique depuis 2009, les électeurs faisant depuis le pari de l'alternance. © AFP

© AFP/Archives Thorvaldur Orn Krismundsson
Si, comme les sondages le laissent à penser, la coalition gouvernementale de droite sortante est battue, l’Islande aura connu le troisième virement de bord politique depuis 2009, les électeurs faisant depuis le pari de l’alternance

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