ACTUS LOCALESSECTEUR PRIMAIRE Loi pesticides : un séminaire en avril face aux inquiétudes des agriculteurs Lucie Ceccarelli 2026-03-06 06 Mar 2026 Lucie Ceccarelli ©DAG La loi du Pays visant à mieux encadrer la commercialisation et l’utilisation des pesticides, étudiée jeudi dernier en commission de l’agriculture à l’Assemblée, inquiète le Syndicat des agriculteurs de Polynésie. Ce dernier, créé il y a un mois face à « l’urgence de la situation », mobilise actuellement ses troupes afin de dénoncer un texte « complexe et sévère », qui va « mettre en péril » la filière, et dont il demande la suspension. Le ministère de l’Agriculture prévoit d’organiser en avril un séminaire afin d’échanger sur ce projet de loi avant qu’il ne soit examiné par l’Assemblée. Alors que le projet de loi du Pays sur les pesticides a été étudié jeudi dernier en commission de l’agriculture à l’Assemblée, le Syndicat des agriculteurs de Polynésie (SAP) alerte contre « un texte irréalisable, juridiquement fragile et économiquement dangereux, qui risque d’achever un secteur déjà exsangue ». « Pour avoir des chiffres, 92 % de la production locale est utilisée en autosuffisance. Or, c’est sur ces 92 % qu’est établie la loi sur les pesticides, détaille Kalani Teixeira, vice-président par intérim du SAP. En une décennie, il y a eu 21,6 % de diminution en termes d’exploitations. Ensuite, il n’y a que 10 % des besoins agricoles qui sont produits ici, en Polynésie, face aux importations. Et en une décennie, la production vivrière a diminué de 46 % ». Cette loi du Pays « va nuire et mettre en péril les agriculteurs » « À cela vient s’ajouter la loi du Pays qui va alourdir la partie administrative et accoler un système de sanctions pénales très lourdes. Même si elle a une vision pieuse de l’agriculture biologique, elle va créer un produit à effet inverse. Elle va nuire et mettre en péril les agriculteurs qui sont aujourd’hui démunis sous la pression de tous les facteurs cités auparavant. C’est pour ça qu’on a demandé que la loi sur les pesticides soit interrompue et peut-être repoussée dans un colloque. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/KALANI-1.wav Une requête que le Pays a entendue. Si le projet de loi est toujours dans les tuyaux, plusieurs rencontres avec les professionnels sont prévues ces prochains mois afin d’y apporter des précisions complémentaires. Un colloque sur l’agriculture est envisagé pour juin à l’Assemblée, tandis qu’un séminaire consacré plus spécifiquement aux pesticides est prévu par le ministère au mois d’avril, après les échéances municipales, afin « d’apporter des éléments d’explications aux professionnels », fait savoir le ministère de l’Agriculture, qui n’exclut pas d’apporter des modifications au texte « en fonction des échanges ». Un « dispositif inapplicable et disproportionné », selon le SAP Le projet de loi du Pays sur les pesticides, qui a obtenu en octobre dernier un avis favorable du Cesec, « vise à corriger les difficultés identifiées depuis plus de dix ans par les professionnels et les services publics », explique le Pays dans un communiqué. Il a notamment vocation à « simplifier certaines démarches administratives » quant à l’obtention de produits, selon leurs risques, pour favoriser « l’usage de solutions plus sûres pour tous ». Il prévoit également « un accompagnement renforcé des utilisateurs, notamment par la mise en place de formations adaptées pour les personnes utilisant des produits de catégorie professionnelle ». En face, le SAP juge le « dispositif inapplicable et disproportionné », car il instaure « un régime d’agrément et de certification complexe ainsi que des obligations de formations lourdes, couplées à des sanctions pénales sévères ». Le tout jeune syndicat, créé il y a près d’un mois et interrogé par Tahiti Infos la semaine dernière, propose de « co-construire avec le gouvernement » un « programme structuré de formation ». Un séminaire territorial consacré aux pesticides organisé en avril Kalani Teixeira dit travailler « d’arrache-pied avec tous les agriculteurs » en ce sens. « Honnêtement, on n’est pas vraiment prêts pour pouvoir affronter de telles situations, mais vu l’urgence, on s’est réunis, on a commencé à parler, et aujourd’hui, ça porte ses fruits, parce qu’il y a de plus en plus d’agriculteurs, originaires des Marquises, de Tupua’i et des îles Sous-le-Vent, qui sont en attente. On voit qu’ils sont démunis face à tous ces projets. » https://www.radio1.pf/cms/wp-content/uploads/2026/03/KALANI-2.wav Ces problématiques seront donc débattues lors du séminaire territorial consacré aux pesticides que le Pays souhaite organiser en avril. Un séminaire qui doit réunir « élus, agriculteurs conventionnels, raisonnées et biologiques, utilisateurs de biocides, associations de consommateurs, services publics et organismes scientifiques », précise le Pays dans son communiqué. Le but affiché étant « de partager un état des lieux objectif et scientifiquement fondé » sur les usages des pesticides au fenua, leurs bénéfices mais aussi leurs risques.