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Loi travail: de violents affrontements éclipsent la contestation

Paris (AFP) – Affrontements entre casseurs et policiers, vitrines saccagées, au moins 29 policiers et 11 manifestants blessés, 42 personnes interpellées : une nouvelle fois, la mobilisation contre la loi travail, mardi à Paris en plein Euro de football, a été éclipsée par les violences.

Les heurts entre plusieurs centaines de personnes cagoulées et les forces de police ont commencé rapidement après le début du cortège parti de la place d’Italie et qui a rassemblé un million de personnes, selon les organisateurs, près de 80.000 selon la préfecture de police.

Selon un bilan provisoire de la préfecture de police (PP) de Paris, 29 policiers et 11 manifestants ont été blessés.

Par ailleurs, 42 personnes ont été interpellées, a annoncé la PP, qui a appelé sur Twitter les manifestants à se « désolidariser des casseurs pour faciliter l’intervention des forces de l’ordre ».

Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, a dénoncé les « postures », « propos » et « affiches » qui mettent en cause les forces de l’ordre, après les incidents de mardi et au lendemain du meurtre d’un policier et de sa compagne dans une attaque jihadiste.

Fait rare, la police a utilisé un canon à eau pour disperser la foule près du carrefour Duroc, non loin des Invalides. Quinze policiers ont été blessés à cette occasion. 

« On n’a jamais vu l’utilisation du canon à eau, c’est fou », s’étonnait un retraité. Aux CRS sur les côtés du cortège, un homme hurle « Gestapo! »

Sur les murs du boulevard des Invalides, des manifestants ont tagué « rêve générale », « gloire au peuple » , » la révolte gronde » ou « bande de collabos ».

Les policiers ont tiré des gaz lacrymogènes et chargé les manifestants qui leur lançaient des projectiles, des pierres arrachées des murs des immeubles ou des bâtons de bois, aux cris de « Paris, debout, soulève-toi ! », « CRS SS » ou encore « tout le monde déteste la police ». 

Vitrines de banques, de restaurants ou un centre d’imagerie médicale: les casseurs s’en sont pris à de nombreux commerces, parfois sous les huées d’une partie des manifestants.

Près de la station Duroc, des baies vitrées du ministère des Outre-Mer et de l’Hôpital Necker ont été brisées. L’Assistance publique – Hôpitaux de Paris a annoncé son intention de porter plainte.

Consternés, les manifestants constataient les dégâts et incriminaient la police qui « laisse faire » : « Mais pourquoi les flics n’ont pas empêché ça ? » demande une femme. 

Pour la première fois depuis trois mois, la manifestation était organisée à l’échelle nationale mais elle n’a pas empêché de nombreux rassemblements aussi en régions.

– rendez-vous El Khomri-Martinez vendredi –

Les syndicats contestataires, qui refusaient de voir cette journée comme « un baroud d’honneur », ont annoncé au total 1,3 million de participants aux différents cortèges.

« Les jeunes dans la galère, les vieux dans la misère, cette société-là on n’en veut pas », scandaient les manifestants à Lyon, où la préfecture a dénombré 3.800 participants, la CGT 10.000. Ils étaient 1.900 à Rennes selon la préfecture, 5.000 selon les syndicats, entre 6.000 et 30.000 à Toulouse, 5.000 à Marseille selon la police, tandis que les manifestants annonçaient pas moins de 140.000 participants.

Cette mobilisation à l’appel de l’intersyndicale (CGT, FSU, FO, Solidaires, Unef, UNL, Fidl) pour le retrait d’un texte jugé trop favorable aux entreprises et facteur de « régression sociale » pour les salariés, arrive en point d’orgue d’une série de grèves dans des secteurs clés comme les raffineries ou à la SNCF, qui s’étiolent. 

Mardi, des initiatives ont été organisées un peu partout, avec des barrages filtrants, la poursuite du blocage d’incinérateurs de déchets, une baisse de production dans le secteur de l’énergie.

Dans la capitale, la Tour Eiffel a été fermée en raison de la grève d’une partie du personnel.

Le gouvernement, qui n’entend pas céder, table désormais sur le coup de barre à droite que le Sénat devrait apporter au texte pour rassembler son camp et faire reculer la contestation.

Dans ce bras de fer, les lignes semblent pourtant bouger: le numéro un de la CGT et la ministre du Travail se reverront vendredi pour la première fois depuis début mars, pour « clarifier les choses et mettre sur la table les propositions de la CGT », explique-t-on au ministère.

Sans lien avec la loi travail, les pilotes d’Air France étaient toujours en grève mardi pour la dernière journée.

Des personnes cagoulées lancent des projectiles contre la police lors de la manifestation contre la loi travail à Paris, le 14 juin 2016. © AFP

© AFP ALAIN JOCARD
Des personnes cagoulées lancent des projectiles contre la police lors de la manifestation contre la loi travail à Paris, le 14 juin 2016

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