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L’oxygénothérapie à domicile, bouffée d’air pour les patients du Covid

Le Taaone n’est pas le seul à avoir connu une suractivité avec l’épidémie. Plus de 200 patients sortis de la filière Covid de l’hôpital se sont vu prescrire une oxygénothérapie pendant plusieurs semaines. Rencontre avec l’équipe de l’Apair-Apurad, une association qui met en place ces traitements à domicile.

La fatigue, le souffle court, des difficultés pour respirer « à chaque déplacement »…. « Franchement, je le souhaite à personne ». Lionel*, 48 ans, fait partie de ces Polynésiens qui « ne s’attendaient pas » à de tels symptômes du Covid. Quand il a été contaminé, en fin d’année dernière, il a rapidement dû être pris en charge au Taaone, où il a reçu une assistance respiratoire pendant 6 jours. Mais le traitement a été beaucoup plus long hors de l’hôpital. « On m’a prescrit de l’oxygénothérapie à domicile, ça a commencé dès le jour de ma sortie et ça a duré presque un mois, raconte-t-il. Heureusement ! Ça a vraiment fait une différence pour moi ».

Une activité « multipliée par huit » depuis septembre

Le cas de Lionel est loin d’être une exception. En 2020, plus de 200 victimes du Covid ont dû subir une « oxygénothérapie courte durée » (OCT). Des patients pris en charge par des prestataires comme l’Apair-Apurad. L’association, créée en 1997 et active dans tout le fenua, propose, en plus de ses centres de dialyse, des prestations de soin à domicile : insulinothérapie, nutrition entérale, traitement de l’apnée du sommeil… Et oxygénothérapie, une part de son activité qui a été « multipliée par huit »au cours de la vague épidémique au fenua. Les OCT à domicile, qui peuvent durer jusqu’à trois mois, sont pour la plupart prescrites à l’hôpital pour des patients « stabilisés » mais dont les poumons ont été atteints par le virus. Les pneumologues de ville prennent ensuite le relais pour suivre et éventuellement adapter ce traitement.

L’intervention de l’Apair commence dès les portes du Taaone, où les patients sont dotés de bonbonnes d’oxygène pour le transport et qui leur permettront, plus tard de se déplacer. À domicile, ce sont de petits concentrateurs d’oxygène électriques qui installés. De quoi leur assurer, à l’aide d’une « lunette » installée dans le nez et reliés par un tuyau à la machine, un apport complémentaire en oxygène, le temps que leurs poumons retrouvent toutes leur capacité. « On ne fait pas qu’installer, on doit bien leur expliquer comment fonctionne le traitement et les accompagner, explique Aurai, un des techniciens de l’association. On n’est pas toujours avec eux, mais on leur explique que le service technique est joignable 24h/24h, 7j/7j. C’est important de les rassurer là-dessus ».

La prise en charge ne s’arrête pas à la technique. Une infirmière est toujours présente dans les tournées de l’Apair. « Il faut s’assurer que tout se passe bien au domicile, surveiller régulièrement l’état clinique du patient et en faire part au médecin prescripteur ou au médecin traitant, explique Élodie, une des infirmières de l’association. Mais on doit aussi répondre aux questions des patients autour de l’oxygénothérapie : ce sont souvent des patients qui n’avaient pas particulièrement de problèmes de santé en amont et ils se retrouvent avec un traitement relativement lourd. Beaucoup de patients étaient inquiets de le garder sur le long terme ». Une interrogation légitime puisque plusieurs études ont montré que le Covid pouvait laisser des lésions pulmonaires au long terme dans ses formes sévères. Pour autant la vaste majorité des patients pris en charge par l’association sont désappareillés au bout de 2 à 6 semaines.

« Prêts » pour une deuxième vague

L’activité a « suivi la courbe épidémiologique » : au pic de novembre, l’association équipait plus de 15 nouveaux patients chaque semaine, contre 2 à 5 aujourd’hui. Une baisse de tension bienvenue. « Mais ça montre bien que le virus est toujours là », pointe Sophie-Marie, pharmacienne de l’Apair-Apurad et responsables des « bonnes pratiques de dispensation à domicile de l’oxygène à usage médical ». Pour suivre la cadence au plus fort de l’épidémie, l’association a dû investir plus de 10 millions de francs dans des concentrateurs d’oxygène et d’autres équipements liés aux OCT. Alors que la demande mondiale a explosé sur ce genre de matériel, « on a eu de la chance d’être approvisionné », note la professionnelle, qui se félicite en outre d’un « bon partenariat » avec Gazpac, qui alimente différentes structures de santé en obus d’oxygènes et en gaz médicaux. Comme tous les soignants, les équipes de l’Apair redoutent une nouvelle vague épidémique. Si c’était le cas, « on serait prêt, on a tout ce qu’il faut », assure la pharmacienne.

D’après la direction de la Santé, 117 Polynésiens étaient toujours sous oxygénothérapie à la mi-janvier. Une bonne partie sont des anciens patients de la filière Covid de l’hôpital. D’autres, une vingtaine à la même date, sont pris en charge par les centres de soins de réadaptation Ora-Ora, Te Tiare et Oréades, là encore pour des conséquences du Covid.

 

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