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L'Ukraine place ses troupes en alerte près de la Crimée

Kiev (AFP) – L’Ukraine a placé jeudi ses troupes en état alerte le long de la ligne de démarcation de la Crimée, à la suite d’un brusque regain de tensions avec la Russie qui a affirmé avoir déjoué des « attentats » fomentés selon elle par Kiev sur la péninsule annexée.

Plus de deux ans après le rattachement de ce territoire ukrainien à l’issue d’un référendum jugé illégal par les Occidentaux, les accusations russes ont poussé les deux pays à muscler leurs dispositifs militaires respectifs dans la zone, au risque de faire dérailler les efforts de résolution pacifique de la crise ukrainienne.

« J’ai ordonné à toutes les unités dans les régions situées au niveau de la frontière administrative avec la Crimée et le long de la ligne de front dans le Donbass (est de l’Ukraine) de se mettre en état d’alerte », a annoncé le président ukrainien Petro Porochenko sur Twitter, après une réunion avec des représentants des forces armées et du ministère ukrainien des Affaires étrangères.

Le chef d’Etat major Viktor Moujenko a aussitôt annoncé avoir renforcé les troupes dans la zone.

Quelques heures plus tôt, c’est Vladimir Poutine, qui après avoir accusé les autorités ukrainiennes d’être « passées à la terreur », réunissait son Conseil de Sécurité, avec les patrons des services de renseignement et une partie du gouvernement.

« Des mesures supplémentaires ont été discutées pour assurer la sécurité des citoyens et les infrastructures vitales de Crimée » et notamment des « mesures antiterroristes pour protéger la frontière terrestre », a précisé le Kremlin dans un communiqué.

Un responsable de l’Otan a déclaré que l’Alliance suivait « de près et avec inquiétude » la situation.

« Nous sommes rassurés par la condamnation résolue par l’Ukraine du terrorisme sous toutes ses formes », a déclaré à l’AFP ce responsable qui n’a pas souhaité être nommé, estimant que « la Russie n’a fourni aucune preuve tangible pour ses accusations contre l’Ukraine ».

– Mouvements de troupes –

Les services de renseignements du FSB accusent Kiev d’avoir préparé plusieurs incursions de « saboteurs-terroristes » qui se sont soldées par des affrontements armés et ont coûté la vie, selon Moscou, à un agent du FSB et un militaire russe.

Selon l’héritier du KGB soviétique, un premier groupe a été découvert près de la ville d’Armiansk en Crimée dans la nuit du 6 au 7 août, aboutissant à la saisie de 20 engins explosifs artisanaux. Deux autres groupes ont été interceptés la nuit suivante, alors qu’ils étaient appuyés par des tirs de l’armée ukrainienne, selon la même source.

Ces accusations, dont le Conseil de Sécurité de l’ONU doit discuter jeudi, ont aussitôt été rejetées par Kiev et mises en doute par les Etats-Unis et l’Otan.

L’armée ukrainienne a accusé Moscou de vouloir « justifier le redéploiement et les actes agressifs des militaires russes sur le territoire de la péninsule annexée ».

Interrogés par l’AFP, plusieurs Criméens vivant près de la frontière ukrainienne ont rapporté avoir constaté d’importants mouvements de véhicules militaires ces derniers jours dans la zone.

Les Etats-Unis, via leur ambassadeur en Ukraine Geoffrey Pyatt, ont indiqué n’avoir « rien vu corroborant les allégations russes » et accusé Moscou d’utiliser « fréquemment de fausses accusations pour détourner l’attention de ses actes illégaux ».

Dans un communiqué, le ministère russe des Affaires étrangères a répliqué que les soutiens occidentaux de Kiev feraient mieux de « faire preuve de bon sens » et de pousser les Ukrainiens à « mettre fin à leurs provocations incessantes ». Il a réaffirmé que la mort de militaires russes ne resterait pas « sans conséquences ».

– Processus de paix remis en cause? –

Un haut responsable au sein des services de sécurité a indiqué à l’AFP que l’Ukraine se préparait « à tout », jugeant « possible » une invasion russe. « C’est une escalade, bien sûr », a-t-il estimé.

Ces échanges constituent l’une des plus fortes montées de fièvre entre Moscou et Kiev, à couteaux tirés depuis l’arrivée au pouvoir de pro-occidentaux en Ukraine à la place du président prorusse Viktor Ianoukovitch, début 2014. 

Outre l’annexion de la Crimée, son départ a été suivi d’un conflit avec des séparatistes prorusses dans l’Est de l’Ukraine, appuyés selon Kiev et les Occidentaux par l’armée russe. Ce conflit a déjà fait plus de 9.500 morts. 

Mercredi, Vladimir Poutine a prévenu les Occidentaux: dans le contexte actuel, une nouvelle rencontre au format Normandie, c’est à dire avec M. Porochenko, le président français François Hollande et la chancelière allemande Angela Merkel, début septembre en marge du G20 en Chine n’avait « aucun sens ».

C’est par cette médiation qu’avaient été conclus en février 2015 les accords de Minsk, pour un règlement politique du conflit, qui n’ont abouti jusqu’à présent qu’à une baisse d’intensité des combats dans l’Est de l’Ukraine.

« La principale question maintenant est de savoir quel est l’avenir du processus de Minsk », s’est interrogé jeudi le journal indépendant russe Vedomosti. « La Russie va-t-elle y mettre fin ou demander de nouvelles concessions? »

Vladimir Poutine à Moscou, le 10 août 2016. © AFP

© POOL/AFP VASILY MAXIMOV
Vladimir Poutine à Moscou, le 10 août 2016

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