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Mensonge et fraude: l'ex-ministre Cahuzac jugé pour son compte caché

Paris (AFP) – Près de quatre ans après un retentissant scandale s’est ouvert lundi le procès de l’ex-ministre du Budget Jérôme Cahuzac, jugé pour avoir possédé un compte à l’étranger et trompé pendant des années le fisc français.

Interrompue pendant quelques mois, l’audience a repris vers 13H30 devant le tribunal correctionnel de Paris. Le ministre déchu a cette fois échappé à la foule de micros et caméras qui le guettait. Il se tient droit, concentré, alors que sa « part d’ombre » va être livrée au public pendant deux semaines.

L’ancien champion de la rigueur budgétaire, 64 ans, comparaît pour fraude fiscale et blanchiment, ainsi que pour avoir « minoré » sa déclaration de patrimoine en entrant au gouvernement en 2012.

C’est le procès du mensonge, celui d’un homme aux multiples visages enferré dans ses secrets: Cahuzac, le ministre qui bataillait pour le redressement de l’Etat, pendant que « Birdie » avait un compte en Suisse et se faisait livrer du liquide dans la rue.

La démission de l’ancienne étoile montante socialiste, en mars 2013, puis ses aveux en avril, ont fait tanguer le gouvernement, écorné la « République exemplaire » voulue par François Hollande.

L’ONG Transparency International France a estimé lundi que « l’affaire Cahuzac aura constitué pour notre pays un électrochoc salutaire », avec la création en 2013 d’un parquet national financier et d’une Haute Autorité pour la transparence de la vie publique.

A l’ouverture du procès, le procureur Jean-Marc Toublanc a demandé la requalification des poursuites en retenant les « circonstances aggravantes de la fraude » pour « tenir compte de l’évolution de la loi » qui punit désormais plus sévèrement ce délit.

Cette modification, que la défense de Cahuzac a promis de combattre, ne change pas grand-chose pour l’ex-ministre, qui encourait déjà une peine maximale de sept ans de prison et un million d’euros d’amende pour l’ensemble des chefs de poursuite.

– « Guérilla » judiciaire –

 A ses côtés sur le banc des prévenus sont assis son ex-épouse Patricia Ménard et leurs anciens conseillers, le banquier suisse François Reyl et l’ex-avocat Philippe Houman. La discrète banque genevoise Reyl comparaît aussi, comme personne morale.

A l’ouverture du procès en février, les Cahuzac avaient tenté d’échapper aux poursuites pour fraude fiscale, dénonçant une « double peine » alors qu’ils avaient déjà accepté un redressement fiscal majoré de 2,3 millions d’euros.

Le président du tribunal a rappelé la décision du Conseil constitutionnel, qui a validé en juin le cumul des poursuites pénales et des sanctions administratives « dans les cas de fraudes les plus graves ».

La patronne du parquet financier Eliane Houlette – qui, fait rare, assiste le procureur au procès – a mené la charge contre les conseils des banquiers qui ont « multiplié les recours », ne visant à ses yeux qu’à retarder ou échapper au procès en transformant « le combat judiciaire en guérilla ».

L’après-midi a ensuite été consacrée au récit de cette incroyable affaire, qui débute en décembre 2012, quand le site d’information Mediapart révèle l’existence d’un compte caché, d’abord en Suisse puis à Singapour, de Jérôme Cahuzac. Le mois suivant, le parquet ouvre une enquête.

Celle-ci fait apparaître les mécanismes d’une fraude fiscale « obstinée », « sophistiquée » et « familiale ». Les déchirements personnels aussi, entre les époux Cahuzac.

A l’origine de cette entreprise, Jérôme Cahuzac, chirurgien de formation, et sa femme dermatologue qui ont tenu ensemble une florissante clinique d’implants capillaires.

Au début des années 90, l’argent coule à flot, entre les règlements des riches patients et les lucratives activités de conseil de Jérôme Cahuzac qui propose son expertise à des laboratoires pharmaceutiques.

Un premier compte est ouvert par un « ami » en 1992 à UBS, puis un autre au nom de Cahuzac lui-même l’année suivante. En 1998, tous les avoirs sont transférés chez Reyl.

Quand le secret bancaire suisse commence à se fissurer en 2009, les 600.000 euros que détient Jérôme Cahuzac prennent la route de Singapour, en faisant un détour par une société-écran panaméenne puis une autre aux Seychelles, un montage réalisé avec l’aide d’un intermédiaire à Dubaï.

Mme Cahuzac a choisi la Royal Bank of Scotland sur l’île de Man pour déposer des chèques de patients anglais, avant d’ouvrir son propre compte en Suisse, sur fond de brouille avec son époux.

Même les comptes de la mère de l’ex-ministre serviront à « blanchir » les chèques de clients de la clinique. L’argent a payé des vacances à l’Ile Maurice ou des appartements aux enfants à Londres.

L'ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, le 5 septembre 2016 au Palais de Justice de Paris. © AFP

© AFP PHILIPPE LOPEZ
L’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac, le 5 septembre 2016 au Palais de Justice de Paris

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