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Mesures sanitaires : le gouvernement dit trois fois « non » aux syndicats

©Presidence

Grises mines chez les représentants des syndicats de salariés et de la CPME, qui participaient ce mardi soir à une rencontre avec les membres de l’exécutif. Le Pays et l’État ont rejeté en bloc leurs propositions, sur les masques, le décalage de la rentrée scolaire ou la remise en place de la quatorzaine. La confiance semble rompue entre les autorités et ce large collectif de partenaires sociaux. « Si on ne nous écoute pas, ça va bouillir », prévient un syndicaliste.

« On tourne en rond », « on perd notre temps », « on se fait endormir »... Plusieurs leaders syndicaux ont quitté la salle du gouvernement avant la fin des discussions, ce mercredi en début de soirée. La veille, une bonne partie des organisations syndicales du pays, au premier rang desquels la CSTP-FO, la CSIP, Otahi ou O Oe To Oe Rima, ainsi que la CPME côté patronat, avaient interpellé le gouvernement par courrier sur l’inquiétante reprise de l’épidémie de Covid-19 au fenua. Reçus par le haut-commissaire Dominique Sorain et le président Édouard Fritch entouré de plusieurs de ses ministres, le collectif – dont le syndicat A Tia I Mua ne fait pas partie et dont le Medef a fait en sorte de se démarquer – entendait obtenir des réponses à ses interrogations sur la gestion de crise. Et surtout faire avancer ses propositions, déjà formulées par courrier.

Des propositions qu’Édouard Fritch et Dominique Sorain ne semblaient pas avoir retenues, lors de leur allocution commune d’hier. La position n’a pas changé. « Pas question » de reporter la rentrée, déjà bien entamée avec 80% de présence en classe aujourd’hui, « impossible » de généraliser le port du masque dans tout l’espace public ou dans toutes les écoles, « pas raisonnable » de remettre en place une quatorzaine… “Ça n’était pas une négociation : ils avaient des propositions, on a apporté des réponses, explique le président. C’est nous qui dirigeons le Pays, on peut ne pas être d’accord avec eux ».

Parmi les premiers à claquer la porte, Cyril Legayic, qui ne cache pas sa frustration : « Ils nous réexpliquent ce qu’ils ont mis en place, ils trouvent ça super, ironise le chef de file de la CSIP. On risque d’atteindre les 100 cas et il faut continuer à ouvrir les frontières (…) encore pire, on condamne les Polynésiens, alors que ce sont des ressortissants métropolitains qui viennent foutre ici la merde ». 

« Il faut apprendre à vivre avec ce virus »

La ligne de fracture est donc marquée. D’un côté des partenaires sociaux qui regrettent la reprise des vols internationaux et l’ouverture du Pays aux rotations de fonctionnaires. Ils estiment que c’est le contrôle des arrivants qui doit être renforcé, craignant que la reprise de l’épidémie n’envoie « de plus en plus de monde à l’hôpital » et paralyse de nouveau le fenua. De l’autre des autorités persuadées que la fermeture, même partielle des portes – par exemple avec une quarantaine – fait courir le pays à la catastrophe économique et sociale. Le protocole sanitaire actuel, qui a prouvé qu’il était loin d’être infaillible a le mérite, à leurs yeux, de permettre les échanges, notamment touristiques. « On savait qu’il y avait un risque, et on l’a dit et répété », insiste Édouard Fritch, quand d’autres responsables jugent depuis longtemps « évident » l’importation régulière de nouveaux cas. Dans cette optique, c’est donc l’application plus stricte des gestes barrières et une vigilance sanitaire permanente qui permettra d’éviter une flambée de l’épidémie, qui est pour l’instant très loin de saturer les hôpitaux. « Il faut apprendre à vivre avec ce virus », insiste le président du gouvernement.

Deux lignes opposées et des tensions qui montent. Si la CPME n’a pas souhaité commenter la réunion, les syndicalistes oscillaient eux, entre dépit et colère : « Si on ne nous écoute pas, ça va bouillir », présage à la sortie de la présidence un représentant de O Oe To Oe Rima. « Pour l’instant c’est le carré des cas confirmés qui grimpe, si c’est celui des décès, ça va mal se passer », promet un autre.

 

77 contre « 100 à 120 »  : bataille de chiffres sur le nombre cas

Autre conséquence de cette montée de tensions : la confiance qui se dégrade. Cette mercredi, la direction de la santé annonçait 77 cas recensés plus tôt dans la matinée. Le collectif des partenaires sociaux, disant tenir ses informations « d’employés de l’Institut Malardé », estime que les chiffres sont déjà plus élevés. « 77 cas, ça date de dimanche, on est déjà à 100 ou 120 », assurent plusieurs responsables. « Ils cherchent à lisser les chiffres pour éviter la panique », clame le président de la CPS Patrick Galenon, relayé par beaucoup d’autres. Comme Jaros Otcenasek, du syndicat des pêcheurs professionnels de Polynésie, qui estime que le gouvernement « cherche à noyer le poisson ».

Les chiffres des syndicats n’ont « aucun fondement », répond avec force Édouard Fritch, qui accuse certains responsables de « faire de la politique ». « Nous avons toujours été transparent », assure-t-il.

À entendre le président, le nombre de cas n’est toutefois pas stabilisé et les clusters « ne sont pas encore complètement contrôlés » : « le foyer du Piment Rouge, à lui seul, a nécessité un millier de test », explique l’élu. L’enquête porterait désormais sur « deux autres boites où on a fait la fête » et où le virus se serait échangé. Les équipes du bureau de veille sanitaire et de l’Institut Malardé « qui ont travaille d’arrache-pied tout le week-end » ont encore du pain sur la planche.

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2 Commentaires

  1. 13 août 2020 à 5h26 — Répondre

    Les syndicats ont pour rôle principal de contester, pas toujours avec raison, mais dans cette affaire je leur donne raison sur la relève des fonctionnaires pour lesquels ils avaient demandé à ce que cette relève soit reportée à l’année prochaine, demande rejetée par le gouvernement. C’était peut-être une bonne idée de reporter afin de laisser s’estomper cette épidémie. Maintenant on ne peut nier la responsabilité des nouveaux arrivants irresponsables qui, sans attendre d’être testés dans les limites imposées, se sont trouvés embarqués dans une bringue au « Piment rouge » sans aucune précaution.

  2. Bresson Louis
    13 août 2020 à 8h58 — Répondre

    Il est question de verbaliser les personnes qui ne respectent pas les gestes barrières, mais les personnes arrivant de Métropole qui se sont rendues dans des soirées sans attendre le résultat de leur test de contrôle à l’arrivée, et ont transmis le virus à des résidents polynésiens vont-elles être sanctionnées? Leur comportement irresponsable est bien plus grave.

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