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Migrants: la police grecque évacue le camp d'Idomeni dans le calme

Idomeni (Grèce) (AFP) – La police grecque avait évacué mardi à la mi-journée, dans le calme et à l’écart des médias, un millier de migrants du camp d’Idomeni à la frontière avec la Macédoine, un site devenu le symbole du verrouillage migratoire de l’UE. 

Près de 700 policiers assistés par un hélicoptère participaient à l’opération qui vise, à terme, l’évacuation totale des quelque 8.400 personnes qui s’y entassaient encore lundi, vivotant depuis des mois dans des conditions sordides, régulièrement dénoncées par les organisations humanitaires.  

Selon les autorités et des ONG sur place, l’opération, entamée peu après le lever du soleil, se déroulait sans tensions. De Genève, le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’ONU a aussi jugé que « la situation évoluait dans le calme », rappelant son opposition à « l’usage de la force pour le transfert de personnes ». 

« Tant que le déplacement des gens d’Idomeni est fait en accord avec les normes (…) nous n’avons pas d’inquiétudes particulières », a commenté son porte-parole, Adrian Edwards. 

A la mi-journée, 1.110 personnes avaient quitté les lieux à bord de 23 bus, selon la police. Le gouvernement grec a estimé qu’il faudra une semaine pour vider totalement le site. 

Seule autorisée à filmer, la télévision publique grecque ERT1 a diffusé des images montrant, au milieu des tentes éparpillées dans des champs, des files de migrants au pieds d’autocars, certains saluant la caméra, encadrés par de nombreux policiers. 

Beaucoup des partants, dont nombre de familles avec enfants, avaient entassé leurs affaires dans des sacs poubelles, d’autres dans des poussettes. Un groupe d’enfants patientait devant une tente, d’autres, dont un jeune garçon valide dans un fauteuil roulant, jouaient. 

A la mi-journée, les premiers bulldozers avaient commencé à dégager les installations. 

« L’opération est très bien organisée, sans tensions », a expliqué à l’AFP une représentante sur place de l’ONG Médecins sans frontières, Vicky Markolefa. 

« Les policiers informent les gens qu’un transfert est en cours, et les hauts parleurs du camp diffusent le même message en arabe et anglais », a-t-elle ajouté, préoccupée par le fait que « les gens ne sont peut être pas bien informés de leurs destinations ». 

« Notre autre problème est qu’il va être difficile d’assurer la distribution de nourriture » avec le peu de personnel humanitaire autorisé à rester par la police, a-t-elle ajouté.

– Appels des ONG à un accueil digne –

A l’exception d’ERT1 et de l’agence de presse nationale ANA, les médias étaient interdits d’accès, maintenus à trois kilomètres des lieux par un barrage policier. 

« Dans ce genre d’opérations, partout dans le monde, des mesures d’encadrement sont prises », a justifié le porte-parole du service de coordination de la crise migratoire, Giorgos Kyritsis. 

Deux journalistes au moins ont réussi à rester dans le camp, mais l’un d’eux, du magazine allemand Bild a été finalement chassé, selon une source policière. 

« Toujours pas de violence », a tweeté en début d’après-midi Sophia Maier, une journaliste allemande qui a précisé avoir revêtu robe longue et foulard pour se fondre dans les campeurs. 

Les partants sont acheminés vers sept anciennes usines aménagées et deux camps de tentes situés près de Thessalonique, la métropole proche du nord de la Grèce, a précisé M. Kyritsis. 

Ajournée plusieurs fois, l’opération a finalement été lancée par les autorités grecques après l’ouverture de plus de 6.000 places d’accueil dans ces sites.

Plusieurs ONG, dont International Rescue Committee, ont appelé Athènes à y garantir des séjours dans la dignité, en particulier pour les nombreux enfants, et l’accès aux procédures d’asile et de relocalisation dans l’UE. 

Idomeni était devenu une nasse pour des milliers de réfugiés et migrants –surtout des Syriens, Irakiens, Afghans, Iraniens et Maghrébins– après la fermeture en mars de la route des Balkans empruntée jusqu’alors pour gagner l’Europe du Nord. 

Cet enlisement alimentait une grogne croissante des agriculteurs locaux, des tensions avec la Macédoine voisine, des incidents répétés entre exilés et policiers et les protestations des exportateurs contre le blocage fréquent par des migrants du trafic ferroviaire entre la Grèce et le nord de l’Europe. 

Le gouvernement grec de gauche avait jusque là temporisé, officiellement opposé au recours à la force policière pour encadrer les flux de réfugiés et migrants fuyant guerres et misère. 

Les transferts du camp s’étaient toutefois déjà accélérés ces derniers 15 jours, avec le départ de plus de 2.500 personnes. 

La Commission européenne « a salué » lundi à Bruxelles « toute initiative des autorités grecques » pour vider le camp. 

Un réfugié transporte ses affaires lors de l'évacuation du camp d'Idomeni à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, le 24 mai 2016. © AFP

© POOL/AFP Yannis KOLESIDIS
Un réfugié transporte ses affaires lors de l’évacuation du camp d’Idomeni à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, le 24 mai 2016

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