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Moetai Brotherson interviewe ses ministres

Le président du Pays a inauguré lundi soir sous le titre « Entre nous » une série d’entretiens filmés et diffusés sur les réseaux sociaux, dans lesquels il dialogue avec un de ses ministres pour expliquer les choix et l’action du gouvernement. Premier à s’y coller, le ministre de l’Économie et des Finances Warren Dexter, qui a glissé des messages en direction du patronat et de la fonction publique : il « passera en force » s’il le faut sur la réforme de la TDL et la modération des marges, et il n’est pas question de réduire la voilure de l’administration.  

On n’est jamais si bien servi que par soi-même. C’est ce que s’est visiblement dit le président du Pays en décidant d’interviewer ses ministres un à un, une demi-heure durant, autour de la table d’échecs du jardin de la présidence, tandis que le coq en résidence chante en arrière-plan. Et en diffusant l’entretien sur les réseaux sociaux, là où se concentrent les plus fervents admirateurs comme les critiques les plus acerbes.

Warren Dexter, ministre de l’Économie et des Finances, a essuyé les plâtres dans une vidéo publiée lundi soir, avec pour toile de fond la lutte contre la vie chère. Sans troubler l’ambiance lénifiante, et « sans faire de démagogie » (spoiler : il en a fait quand même un peu), il a fait passer quelques messages au patronat. Le premier est une sorte de calumet de la paix, une admission des vertus et des difficultés de l’entreprenariat que ces deux anciens consultants disent comprendre. Mais qui aime bien châtie bien, puisque le ministre considère que parmi les jeunes entrepreneurs qui se plaignent de ne pas être suffisamment aidés, « il y en a pas mal qui ne persévèrent pas. »

La TDL doit être réformée et « la production locale va s’adapter »

Le second message est plus ferme. Warren Dexter mène le toilettage de la Taxe pour le développement local (TDL) dont le « gros morceau » est de « trouver les bons taux pour les produits », admet-il. « On va encore dire que je m’acharne », dit-il avant de prendre l’exemple de la bière locale, qui détient 90% des parts de marché. « Ça n’a aucun sens », dit le ministre, pour qui diminuer la TDL sur la bière, aujourd’hui à 82%, encouragerait la concurrence et « la production locale va s’adapter » en baissant ses prix. Pas question non plus de protéger des familles entières de produits, mais seulement les références précises qui sont fabriquées localement. Il indique qu’il propose aux producteurs locaux des « diminutions graduelles » de leur taux de protection, et d’observer « comment se comporte le marché » avant d’aller plus loin.

« Je vais être obligé de passer en force »

La concertation sur les PPN et les marges bat son plein avec les importateurs et les distributeurs, et les deux hommes réitèrent leur intention de faire bénéficier seulement les plus petits revenus de l’effort fiscal du Pays sur les PPN, « c’est une question de justice sociale. » Il s’agit donc de réduire la liste, et d’éviter les effets pervers des marges bloquées des PPN, dont le nombre a grandi au fil des ans, et qui ont conduit les commerçants à compenser en augmentant leurs marges sur les autres produits, contribuant ainsi à la cherté de la vie. « Ça doit être assez sportif à gérer », dit le président à propos de la recherche de ces accords de modération. « Comme tu dis », répond le ministre. « Les pourparlers piétinent un petit peu, dit-il, parce qu’ils n’arrivent pas à trouver un terrain d’entente entre eux (…). J’ai envie de dire qu’au bout d’un moment je vais être obligé de passer en force pour trouver un compromis entre eux tous, parce que sinon on ne va pas y arriver. »

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Concernant « l’autre sujet qui fâche », la hausse de TVA sur les produits sucrés, là aussi le message est clair : pas question de revenir dessus, disent les deux hommes qui assument l’effet inflationniste, d’abord parce que c’est un « symbole » en matière de santé publique, mais aussi parce que le rendement attendu, de l’ordre de deux milliards par an, est le montant nécessaire à la CPS « sur la prise en charge des maladies comme le diabète ».

« Améliorer mais pas forcément réduire le service public »

Relancé par un Moetai Brotherson en mode Laurent Delahousse, le ministre de l’Économie explique ensuite pourquoi il ne faut pas trop réduire la fiscalité : parce que les services publics doivent être financés, y compris la masse salariale de 35 milliards de l’administration : « Est-ce qu’on est prêt à réduire l’action publique ? Je pose la question. Il y a un besoin d’amélioration du service public, mais pas forcément de réduction. » Traduction : impossible de dégraisser le mammouth, sans doute parce qu’on ne peut pas fâcher tout le monde en même temps, il faut donc le mettre au travail.

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La suite de cette série pédagogique au prochain numéro, d’ici environ une semaine. Ce sera au tour de Vannina Crolas, la ministre du Travail et de la Fonction publique. La présidence indique aussi envisager de réaliser l’exercice en reo tahiti.