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Monténégro: le parti du Premier ministre en tête de législatives marquées par un "complot"

Podgorica (Monténégro) (AFP) – Le parti du Premier ministre Milo Djukanovic a pris la tête des législatives au Monténégro qui se sont déroulées dimanche dans un contexte tendu, les autorités ayant affirmé avoir déjoué un mystérieux complot de Serbes visant à l’écarter du pouvoir.

Selon des résultats partiels en milieu de soirée après dépouillement de 80% des votes, le parti des démocrates socialistes (DPS) de Djukanovic, l’inusable homme fort du pays, ex-partenaire politique de Slobodan Milosevic devenu allié des Occidentaux, remporterait un peu plus de 40% des sièges, le double de la formation prorusse du Front démocratique (FD). 

Une avance toutefois insuffisante pour gouverner et imposer seul l’adhésion à l’Otan qui suscite les vives critiques des prorusses et divise profondément l’opinion de ce pays majoritairement orthodoxe. 

Ajoutant du suspense et de la tension au scrutin, 20 Serbes ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche dans ce petit pays balkanique de 640.000 habitants, dirigé depuis un quart de siècle par le pro-occidental Milo Djukanovic, qui est à 54 ans, le plus ancien dirigeant européen au pouvoir.   

Dès l’annonce du coup de filet, Andrija Mandic, chef du Front démocratique, le parti prorusse qui arriverait deuxième avec environ 20% des suffrages, a dénoncé une opération de « propagande grossière ». 

A Belgrade, le Premier ministre serbe Aleksandar Vucic a eu du mal à dissimuler ses doutes, jugeant « curieux que cela se produise aujourd’hui ». « Pour le reste, il vaut mieux que je me morde la langue trois fois et que je me taise », a déclaré le responsable serbe.

Belgrade et Podgorica entretiennent des relations en dents de scie depuis que le Monténégro a reconnu l’indépendance du Kosovo en 2008. L’adhésion à l’Otan est une autre pomme de discorde avec Belgrade, allié traditionnel de Moscou dans la région.

– Messageries coupées –

Juste après avoir voté dans une école de Podgorica, Milo Djukanovic n’a pas dit un mot sur les arrestations, se disant convaincu que son pays allait continuer « d’avancer vers ses objectifs européen et euro-atlantique, avec dynamisme et stabilité ». Il devait reprendre la parole dans la nuit.

En fin de soirée, aucun incident n’avait été relevé à Podgorica où le calme régnait. L’Intérieur tout comme les autorités religieuses orthodoxes et le Front démocratique prorusse, avaient demandé aux Monténégrins de ne pas descendre dans la rue. Des barrières avaient été installées dès le matin près du Parlement, où de violentes manifestations avaient eu lieu sur la question de l’Otan en 2015.

Les applications de messagerie mobiles WhatsApp et Viber ont été coupées à la demande des autorités dans le cadre de l’enquête sur le complot présumé. Elles ont été rétablies environ une heure plus tard après des pressions de l’opposition qui dénonçait une censure.

– « Atmosphère de coup d’Etat » –

Selon la police et la justice monténégrines, les complotistes présumés auraient projeté de se munir d’armes et de mener des « attaques » contre la foule attendant les résultats devant le Parlement. Ils auraient également projeté de s’emparer du Premier ministre, de prendre le contrôle du parlement et de « proclamer la victoire de certains partis politiques », selon le parquet de Podgorica qui n’a pas dit de quel parti il pouvait s’agir. Aucune arme n’a été montrée à la presse. 

Identifié comme Bratislav Dikic par les médias monténégrins et serbes, le chef du groupe, Bratislav Dikic, serait un général de gendarmerie serbe retraité, né en 1970, actif dans une association de défense des droits des vétérans. Le 4 mars, il avait pris la parole lors d’un meeting hostile à l’Otan, à Nis, dans le sud de la Serbie, selon des images diffusées par les médias serbes. 

Les détracteurs de Milo Djukanovic l’accusent d’autoritarisme. Pour eux, il se sert de ces enjeux diplomatiques pour détourner l’attention des problèmes intérieurs, corruption ou difficultés économiques: « C’est comme cela que nous nous sommes retrouvés coincés avec lui 27 ans durant », relevait avant le scrutin Ljubo Filipovic, ancien adjoint au maire de la ville côtière de Budva.

Nedljelko Rudovic, un responsable de la coalition d’opposition Kljuc, a estimé dimanche soir que ce scrutin « ne peut pas être qualifié de libre ». « Une atmosphère de coup d’Etat a été créée et a influencé la libre expression de l’opinion des Monténégrins », selon ce responsable du mouvement pro-Européen mais qui exige un référendum sur l’Otan. 

Arrestations par la police monténégrine, le 16 octobre 2016 à Podgorica . © AFP

© AFP SAVO PRELEVIC
Arrestations par la police monténégrine, le 16 octobre 2016 à Podgorica

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