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Moody’s ne s’inquiète pas pour les finances de la Polynésie


Moody’s a procédé à un examen des capacités financières de la Polynésie française. Malgré la crise, sa note reste pour le moment inchangée, l’agence de notation relevant le soutien de l’État et saluant les efforts budgétaire
s réalisés par le passé. Les explications de l’économiste Vincent Dropsy. 

« Une bonne performance opérationnelle malgré l’impact de la crise des coronavirus ». Voilà le dernier commentaire de Moody’s sur le « profil de crédit » de la Polynésie. L’agence analyse régulièrement la santé financière du Pays pour informer les éventuels investisseurs ou bailleurs de fonds. La notation de la Polynésie remontée par trois fois, entre 2016 et 2018, pour atteindre « A3 », reste pour l’heure inchangée, la perspective fixée par les experts ayant déjà été déclassée de « positive » à « stable » en mai dernier. Cet « examen périodique » a davantage pour objet d’actualiser les données de l’agence sur la santé financière de la collectivité. « Même si l’épidémie de coronavirus et la récession économique mondiale qui l’accompagne pèsent sur les recettes fiscales du territoire, écrit-elle dans un communiqué, son profil de crédit est aussi supporté par l’engagement continu du gouvernement en faveur de la consolidation budgétaire, son niveau modéré d’endettement et sa gestion prudente de la dette ».

Le soutien de l’État rassure.

Pour Vincent Dropsy, maître de conférences en sciences économiques à l’UPF, le Pays récolte donc ici les fruits de ses efforts passés. « Après la crise de 2008, qui a duré environ 4 ans, le gouvernement de la Polynésie a fait un effort d’assainissement budgétaire relativement louable, qui a permis aujourd’hui de dégager des liquidités suffisantes pour permettre de réagir immédiatement à la crise sanitaire », et de dépenser d’ailleurs « une trentaine de milliards ».

L’État, dont les transferts représentent déjà 22 à 25% du PIB polynésien, a participé à cet effort en garantissant, en septembre dernier, un prêt de l’AFD de 28 milliards de francs au Pays. Paris et Papeete sont même en discussion pour un nouvel emprunt dans les mois à venir. Ce soutien dans la crise, qui prend aussi la forme de mesures ciblées (PGE, fonds de solidarité, réinjection de liquidités dans le système bancaire…) et qui reste insuffisant aux yeux de certains élus, est un élément « très rassurant » pour les investisseurs et les agences de notation, pointe Vincent Dropsy. Moody’s note tout de même une « probabilité modérée » d’un soutien exceptionnel de l’État français, lui même noté AA2, « dans l’hypothèse où la Polynésie française devrait faire face à une crise de liquidité ».

Si ces commentaires de Moody’s sont plutôt rassurants, l’agence reste visiblement sur ces gardes : « La fragilité économique du territoire et de ses indicateurs socio-démographiques contraignent le profil de crédit de la Polynésie française », relève-t-elle. Il faut dire que, d’après les données publiées dans le plan de relance, l’ISPF prévoit entre -12 et -20% de chute de PIB au fenua en 2020 et de -5 à -15% l’année suivante.

Investir pour relancer et pour réformer

La crise devrait durer plus longtemps en Polynésie qu’en France, où la Banque de France prévoit une croissance de -8% en 2020 et un « rebond » de 5% en 2021, confirme Vincent Dropsy. Après les mesures de sauvetage des entreprises et des emplois de cette année, il s’agit pour le Pays de garder un budget équilibré sans se priver de capacités d’investissement pour assurer la relance. « L’enjeu n’est pas seulement au court terme, c’est aussi un enjeu d’investissement dans le long terme, souligne l’enseignant-chercheur. Pour à la fois relancer l’économie et la diriger vers des rails de développement durable ».

Un besoin de réforme qui est aussi relevé par Moody’s : « La pérennité du financement de son système de sécurité sociale constitue également un enjeu clé pour sa qualité de crédit », écrit l’agence.

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