
Le président de la Fédération tahitienne de natation ne comprend pas la décision du ministre des Sports Kainuu Temauri de renoncer aux bassins démontables qui devaient être installés à Mamao et de proposer le site de Tipaerui pour les épreuves de Tahiti 2027. Pour Michel Sommers, le planning du chantier était tenable et l’organisation d’une telle compétition à la piscine municipale de Papeete, délabrée, n’est pas « sensée ni réalisable ». Côté politique, le Tapura parle d’un « fiasco », d’une « humiliation pour la Polynésie », et dénonce trois ans « d’hésitations » et de « blocages idéologiques » qui ont mené dans l’impasse ».
Le président de la Fédération tahitienne de natation ne comprend pas la décision du ministre des Sports de renoncer aux bassins temporaires à Mamao pour les épreuves de natation pour aller sur le site de Tipaerui. Kainuu Temaurii expliquait jeudi soir sur le plateau de TNTV puis au micro de Radio 1, que cette décision était liée au dernier « rétroplanning » présenté par les responsables du chantier à 2,6 milliards de francs, qui prévoyait une livraison des infrastructures à la « veille des Jeux », sans marge de sécurité et avec beaucoup « d’aléas » envisageables. Le ministre parlait ainsi d’un choix de responsabilité, pour ne pas risquer de « jeter à la poubelle » l’investissement du Pays et de l’État, cofinanceur à hauteur de 1,1 milliard de francs, et se retrouver sans option viable pour l’organisation de ces épreuves en 2027. Michel Sommers, qui est aussi trésorier du Comité Olympique et trésorier adjoint du Comité organisateur des Jeux, assure pourtant que le calendrier du chantier – la dernière version dont il a eu communication, en tout cas – prévoyait une livraison des infrastructures était prévu pour « fin avril, début mai » 2027, à temps pour les Jeux du Pacifique prévus du 24 juillet au 7 août.
« C’est étonnant, les sources divergent et on n’a pas le même niveau d’information, déplore-t-il au lendemain de l’annonce. Et même si le timing était, on va dire, serré, on est en capacité, je pense, pour une telle infrastructure, à vraiment retrousser ses manches et de dire qu’on fait tout pour y arriver. Là, je sais que toutes les entreprises locales, toutes les administrations sont capables de se mettre en mode attaque pour qu’on puisse livrer les Jeux. Et c’est une information qu’on a eue du maître d’œuvre qui dit qu’à ce jour, il n’y a aucun écart de délai. Il n’y a pas de risque pour l’instant. »
Tipaerui pour les Jeux ? « Pas réalisable »
Le repli sur Tipaerui, en tout cas, lui laisse beaucoup de doutes : « Le ministère nous dit que nous aurons un bassin sur Tipaerui pour les jeux dans 15 mois. Et sur la base d’une feuille blanche. » Il juge cette décision d’utiliser la piscine municipale de Papeete, construite pour les jeux de 71, rénovée pour ceux de 95, mais qui s’est beaucoup délabrée depuis, « irréfléchie » et « pas basée sur des choses qui sont sensées et réalisables ».
Selon Michel Sommers, le ministre a évoqué auprès des partenaires du Pays l’idée de proposer des épreuves dans un bassin de 25 mètres plutôt que 50, une idée que Kainuu Temauri n’a pas évoqué publiquement pour le moment. « Là ça change radicalement. Est-ce qu’ils veulent rajouter un bassin à l’intérieur, aux normes ? Est-ce qu’ils veulent refaire les murs sur 25 mètres ? Est-ce qu’ils veulent couper en deux le bassin ? Parce qu’il faut le couper en deux sinon tu ne peux pas utiliser le deuxième bassin comme bassin de récupération. Je n’ai aucune idée du plan », qui parait quoiqu’il arrive trop « compliqué » techniquement. Michel Sommers pointe aussi que « la Fédération internationale a validé la candidature avec un bassin de 50 mètres. À partir du moment où c’est inscrit dans le calendrier international, il est quasiment impossible pour la Fédération Internationale de dire on passe d’un 50 à un 25 mètres. » Enfin, le responsable pointe que des travaux priveraient les nageurs, pendant de longs mois, du seul bassin de 50 mètres du fenua. Et des travaux, il en faudra quoiqu’il arrive : à Tipaerui, « Les plots, les murs ne sont pas droits, il y a toute la machinerie, les pompes, les vestiaires, les gradins. Et on part d’une feuille blanche… »
Tapura : un « fiasco », une « humiliation pour la Polynésie »
Le Tapura a également réagi, parlant d’un « fiasco », d’une « humiliation pour la Polynésie », et dénonce « trois ans d’hésitation qui ont mené dans l’impasse ». Trois ans pendant lesquels le gouvernement Brotherson est accusé d’avoir déconstruit de manière systématique les décisions de la mandature Fritch, par « blocage idéologique » ou par « incompétence ». « Les Jeux du Pacifique 2027 devaient être une vitrine pour notre pays. Ils sont en train de devenir le symbole d’un pouvoir hésitant, désorganisé et incapable de tenir ses engagements, écrit le parti autonomiste. Ce n’est pas seulement un problème d’organisation, c’est un problème de gouvernance. »